Politique économique

Congo-Brazzaville : remettre l’État au centre du village

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 05 septembre 2016 à 10h36
Brazzaville, capitale de la République du Congo, novembre 2015.

Brazzaville, capitale de la République du Congo, novembre 2015. © DR

Mercredi 4 mai 2016. À l’ouverture du premier Conseil des ministres de son nouveau gouvernement, à la suite de sa réélection six semaines plus tôt, Denis Sassou Nguesso distribue lui-même à ses collaborateurs un petit opuscule. Titre : « Textes relatifs au régime disciplinaire des agents de la fonction publique ». Recommandation : « Appliquez-les, sans états d’âme ; j’y veillerai. »

Suit un long monologue, au cours duquel le président annonce qu’il entend remettre l’autorité de l’État au centre du village, redonner au gouvernement – au sein duquel, précise-t-il, « il n’y a plus ni petits ministres ni superministres » – le rang qui est le sien, placer l’intérêt général au-dessus des intérêts individuels et lutter pied à pied contre ces « antivaleurs » que sont la corruption, le népotisme, la gabegie, l’arrogance, l’impunité et le peu d’appétence au travail.

Jointe à la nomination d’un Premier ministre technocrate, Clément Mouamba, qui fraya longtemps dans les rangs de l’opposition, cette feuille de route de rupture est certes une réponse politique aux frustrations exprimées par nombre de Congolais lors de la campagne électorale – une sorte de « je vous ai compris ! » –, mais aussi et sans doute avant tout une réponse aux urgences économiques de l’heure.

Sortir du tout-pétrole et diversifier l’économie ne se décrète pas. C’est une affaire de volonté politique, de changement de comportement et un vrai bouleversement culturel. Exemple : la priorité redonnée à l’agriculture. Dans les années 1980, l’autosuffisance alimentaire était l’antienne favorite de Sassou I, lui-même gentleman-farmer dans son fief d’Oyo. La conférence nationale, le multipartisme et son lot de clientélisme, l’ultrapolitisation des années 1990, la guerre civile, les nécessités de la reconstruction puis la priorité accordée aux infrastructures ont remis le dieu pétrole au centre du jeu. Le « syndrome hollandais » a joué à plein, et l’agriculture en a été la principale victime, d’autant que le travail de la terre n’est guère valorisé dans un pays où la mentalité de fonctionnaire et l’exode rural sont toujours très prégnants. Mêmes handicaps pour cette autre exit option de l’addiction au pétrole qu’est le tourisme, remis sur le devant de la scène par le chef de l’État. Les obstacles sont ici autant structurels (tout ou presque est à faire) que culturels : grands habitués du dénigrement et de l’autodénigrement, les Congolais doivent apprendre à aimer leur propre pays pour « vendre » la destination Congo.

S’il fallait une preuve que le pétrole est beaucoup plus qu’une matière première, le Congo la fournit amplement. La baisse durable des cours du baril implique de faire table rase d’un certain passé et d’un mode de gouvernance désormais obsolète de la part d’un pouvoir contraint aux exigences de l’État modeste. Elle implique aussi la nécessité, pour l’opposition, de se couler dans un moule démocratique et républicain, ce qui est loin d’être toujours le cas. Elle implique enfin, pour tous les Congolais, de retrouver les vertus de la valeur travail. Le temps où l’on regardait, mains dans les poches, les ouvriers chinois s’activer de l’aube au crépuscule sous le soleil équatorial est révolu.

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