Elections

Maroc : Hammad El Kabbaj, candidat salafiste controversé du PJD à Marrakech

Anti-Daesh, anti-violence, le cheikh Hammad El Kabbaj n'en est pas moins adepte d'une vision rigoriste de l'islam. © Capture YouTube

Quelques jours après l'éclatement du scandale sexuel impliquant deux responsables de son aile religieuse, le Parti justice et développement (PJD) s'est choisi un prédicateur ultra-conservateur pour diriger sa liste électorale aux législatives du 7 octobre. Quel message veut-il véhiculer?

En désignant un candidat ultra-conservateur aux élections législatives du 7 octobre, plus précisément à la tête de sa liste pour la circonscription de Marrakech-Gueliz, le Parti justice et développement (PJD, au pouvoir) a jeté un pavé dans la marre. Le 26 août, les Marocains étaient surpris d’apprendre la candidature d’un prédicateur salafiste dans une ville considérée comme le socle du tourisme au Maroc. « Le PJD veut imposer des candidats qui contribueront à instaurer la peur au sein des esprits en considérant toute personne opposée à leur pensée comme étant un mécréant », tonne l’association « Touche pas à mon enfant », qui défend les droits des mineurs, dans un communiqué.

Ancien membre de l’association « Prédication et Coran », une ONG portant une vision ultra-conservatrice de la société, Hammad El Kabbaj a longtemps côtoyé son fondateur Mohamed Al Maghraoui. En 2008, ce dernier fait parler de lui en émettant une fatwa autorisant le mariage des fillettes de 9 ans. « Quel pourrait être l’apport de cette personne (Mohamed El Kabbaj) dans l’institution législative si ce n’est militer pour des aberrations comme le mariage des petites filles !», s’indigne l’association.

Un salafiste convaincu

Né en 1977 dans la ville ocre, il s’est intéressé aux études religieuses depuis son jeune âge. A l’âge de 16 ans, atteint d’une paralysie suite à un accident, il est obligé d’interrompre ses études et continue son apprentissage en autodidacte.

Dans le monde clos de la prédication, El Kabbaj est une figure connue. Auteur prolifique d’ouvrages portant sur les dogmes de l’islam et les sujets de société, il intervient souvent dans les conférences organisées par le Mouvement de l’unification et de la réforme (MUR), aile religieuse du PJD. En 2015, il prête main forte à ce parti au moment des élections communales allant jusqu’à appeler les électeurs de Marrakech à voter pour lui car « un tel vote est un devoir au regard de la religion ».

« Mohamed El Kabbaj n’est pas un salafiste wahhabiste. Il se considère comme le disciple de Mohamed Belarbi El Alaoui, un des leaders nationalistes du pays, mais surtout un des ténors du salafisme marocain », précise un membre du PJD. Et d’ajouter : « Le salafisme marocain n’est pas celui du Mashreq. Il reconnaît les fondamentaux du pays et bannit la violence ». De fait, le cheikh marocain est anti-Daesh, le groupe terroriste dont il ne cesse de dénoncer la barbarie.

Tiens bon sœur Fatima !

Comme beaucoup de prédicateurs marocains, Hammad El Kabbaj tient un blog où il donne son point de vue sur l’actualité, ainsi qu’une page Facebook qui compte 31 700 fans.

Le 25 août, il prend position en faveur du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, fondateur du parti islamiste au pouvoir, auteur d’une répression sévère contre ses détracteurs depuis le coup d’État avorté du 15 juillet. « Puisse Dieu vous bénir ! Vous avez hissé haut les recommandations d’Allah. Vous avez glorifié votre peuple! », l’encense-t-il sur sa page Facebook.

Le 24 août, quelques jours après le déclenchement du scandale sexuel des deux responsables du MUR, Omar Benhammad et Fatima Nejjar, il monte au créneau. « Malgré les comploteurs, ta réputation demeurera intacte sœur Fatima, défiant tes adversaires, donnant des leçons de rectitude et de chasteté. Notre mère à tous, Aicha, épouse du prophète Paix soit sur Lui, avait été la cible, elle aussi, des porte-paroles de la débauche qui voulaient salir sa réputation ». Sur son blog, il n’hésite pas à développer la thèse « d’une filature orchestrée par la police marocaine pour abattre ses deux collègues ».

Réponse du berger à la bergère

En choisissant un salafiste à la tête d’une circonscription électorale sensible, juste après l’éclatement de ce scandale, le PJD voulait-il rendre la monnaie à ceux qui ont arrêté ses deux prédicateurs vedettes ? Espérait-il calmer ses bases au sein du MUR, outrées par cette atteinte à leur honneur ? « N’exagérons rien ! Hammad El Kabbaj compte un grand nombre d’adeptes à Marrakech. Au lieu de le vilipender, nous devons l’encourager à encadrer politiquement cette frange de la population pour éviter qu’elle ne parte à la dérive », se défend un membre du PJD.

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