Société

Miss Bim Bim au Burkina : cachez ces fesses que je ne saurais voir

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L'œil de Glez. © Glez / J.A.

Quand le nouveau régime burkinabè interdit "Miss Bim Bim", ce concours du plus gros postérieur, il ne fait pas de la fesse un sujet tabou. Il essaie peut-être, au contraire, de rendre gloire à cet attribut privilégié des canons de beauté ouest-africain.

Si le Burkina Faso est connu comme un pays prude – en témoignent ses clips sages et ses feuilletons pudiques – il n’a jamais promu le fessier féminin au rang de tabou. La tradition n’a-t-elle pas légué à l’ethnie mossi la danse de kigba dont le point d’orgue est le choc titanesque des postérieurs ? La fesse a pourtant été brimée, la semaine dernière, au pays des Femmes intègres.

En effet, la ministre burkinabè de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille a jugé opportun d’annuler la troisième édition du concours « Miss Bim Bim », prévu vendredi 26 août et destiné à primer la candidate au plus gros postérieur. C’est sur suggestion d’internautes outrés que Laure Zongo a censuré la compétition pour « éviter de dégrader l’image de la femme ».

Elle avait au préalable reçu le promoteur de la manifestation polémique, l’artiste musicien Firmin Bazié, dit Agozo, qui a tout de même pu se produire le soir indiqué, sans débauche de popotins, mais avec un buzz bienveillant… Quelle mouche a donc piqué la ministre, dans ce pays où l’on valorise les silhouettes callipyges et où il est davantage conseillé de « cultiver ses courbes » que de surveiller sa ligne ?

Est-ce le concept de classement qui paraît indécent, à Ouagadougou, alors que des concours similaires à celui de Miss Bim Bim se tiennent dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest ? Le phénomène des reines de beauté n’a pourtant pas épargné le pays des hommes intègres et c’est dès le début des années 1990 que l’homme de radio Moustapha Laabli Thiombiano lançait l’élection de Miss Burkina, avant que d’autres ne promeuvent « Miss université », « Miss Salon international de l’artisanat » ou encore « Miss junior intelligence »…

Les critiques contre ce genre de compétitions se résument essentiellement à deux arguments qui, justement, apportent de l’eau au moulin du nouveau concours de miss XXL. Primo, les tenues arborées aux défilés sont souvent trop légères, contrairement à celles des candidates de Miss Bim Bim qui devaient se présenter, semble-t-il, en style traditionnel. Secundo, ces compétitions « copiées collées » des chaînes de télé occidentales valorisent des canons de beauté filiforme qui font injure, lorsqu’ils sont exclusifs, à la générosité des silhouettes africaines prisées dans la vie réelle.

C’est peut-être le ton de la manifestation censurée qui a inspiré méfiance à Laure Zongo.

D’ailleurs, il y a plus d’une décennie, c’est une femme, Joséphine Fatou Djiguimdé, qui initia « Miss Poog-bedré » dont un critère de présélection était un poids minimum de 90 kilos. Depuis, en parlant de ce concours, les autorités morales et politiques évoquent davantage l’authenticité qu’un quelconque caractère dégradant.

Alors ? Nouveau régime, nouvelles mœurs ? C’est peut-être le ton de la manifestation censurée qui a inspiré méfiance à Laure Zongo. Alors que « Miss Poog-bedré » s’inscrit dans une communication peu tapageuse, « Miss Bim Bim” emprunte, dès son affiche, à l’outrance de la culture « Booty Shake » (les femmes y sont « de fesses » et non de face). Son support musical laisse pressentir une trivialité que l’on ne peut s’empêcher de comparer à la grossièreté polémique du titre « Coller la petite » de Franko.

Serait-ce un dialogue de sourds ? Quand l’artiste Firmin Bazié entend recentrer la promotion de la beauté sur la réalité des rondeurs burkinabè, dénonçant le diktat des Miss occidentales, la ministre Laure Zongo entend la recadrer dans le style élégant de la féminité burkinabè, dénonçant le diktat des danseuses de musique urbaines américaines.

Quand l’un dit « les silhouettes, oui, mais pas celle de Miss France », l’autre dit « les fesses, oui, mais pas celles de Nicki Minaj ». Quand l’un honnit les mannequins réduits à des squelettes, l’autre proscrit les corps réduits à des croupes.
Faites boules à terre, mesdames de la politique et messieurs de la Culture. Ne dégainez pas les pistolets car, au Faso, les « pistolets » désignent la générosité symétrique des hanches qui donne l’impression qu’à l’instar de Lucky Luke, vos vêtements cachent deux armes à feu…

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