Diplomatie

Laurent Fabius ira à Rabat pour tenter de résoudre la crise diplomatique franco-marocaine

Laurent Fabius (g) et Salaheddine Mezouar, le 14 novembre 2013 à Rabat. © AFP

Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a déclaré jeudi qu'il se rendrait "prochainement" à Rabat. Objectif : tenter d'apaiser les relations franco-marocaines, au plus mal depuis l'irruption de policiers à la résidence de l'ambassadeur du royaume dans l'Hexagone, en février 2014.

"Je compte me rendre prochainement personnellement dans ce pays, qui, je le répète, est l’ami de la France", a déclaré jeudi le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, devant les sénateurs de son pays. Cette visite officielle au Maroc sera une première pour le chef de la diplomatie française depuis la crise diplomatique qui a éclaté entre les deux pays suite à la "gifle de Neuilly."

Cet imbroglio juridico-politique a conduit au blocage de toute coopération judiciaires et partant, de toute coopération sécuritaire et antiterroriste entre les deux pays étant donné que c’est Abdellatif El Hammouchi, directeur de la sécurité intérieure marocaine, qui était visé par une convocation d’un juge d’instruction français dans une affaire de torture, laquelle fut portée par sept policiers français en dehors de tout canal diplomatique à la résidence de l’ambassadeur Chakib Benmoussa, à Neuilly-sur-Seine, le 20 février 2014, provoquant la fureur de Rabat.

Après cette indélicatesse, la brouille s’est envenimée avec d’autres dépôts de plainte en France, ainsi qu’une série d’impairs diplomatiques, dont une fouille policière inopinée de ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, à l’aéroport parisien de Roissy en mars, ou une saillie ironique contre le Maroc prêtée à un diplomate français à propos du Sahara Occidental, cause sacrée dans le royaume.

Rééquilibrage diplomatique

"François Hollande a voulu rééquilibrer les relations vers l’Algérie, et les Marocains l’ont très mal pris. Pour eux, la France est passée du côté de l’Algérie", décrypte l’historien spécialiste du Maghreb Pierre Vermeren. Laurent Fabius a cependant affirmé que les deux pays "avancent" ensemble pour "trouver des solutions". Mais il faut bien aujourd’hui se rendre à l’évidence : Fabius se rend à Rabat un peu comme autrefois Henri IV à Canossa, contraint et forcé. Si la comparaison est un peu forte, il n’en reste pas moins que la coopération marocaine est (re)devenue pour Paris, dans le contexte d’attentats que connaît l’Hexagone, aussi précieuse qu’indispensable.

Laurent Fabius lui-même a souligné jeudi "la nécessité absolue" de rétablir la coopération judiciaire entre les deux pays. En clair : il n’est pas constructif de prétexter l’indépendance de la justice pour continuer à snober une susceptibilité marocaine certes exacerbée quand il s’agit des relations avec l’ancienne puissance coloniale.

Deux raisons majeures ont provoqué ce changement de l’attitude française qui devient désormais moins condescendante vis à vis de son partenaire marocain. D’abord les attentats des 7 et 8 janvier qui ont fait 17 morts à Paris, avec un niveau de menace terroriste très élevé dans plusieurs pays européens comme le montre l’opération menée le 15 janvier en Belgique – pays à forte immigration marocaine comme la France. Les trois pays ont chacun des centaines, voire des milliers de ressortissants tentés par le jihadisme ou enrôlés au sein du groupe État islamique (EI), en Syrie et en Irak.

"Le temps de la tutelle" française est révolu

Ensuite, l’interview publiée par Jeune Afrique de Salaheddine Mezouar, réalisée juste avant les attentats de Paris, a provoqué par sa franchise un sursaut de la diplomatie française. "Quand on prétend à une relation d’exception, encore faut-il que la responsabilité en soit partagée : il convient de la préserver et de l’alimenter. Oui, le facteur confiance est fondamental, disait Mezouar. Quand cette confiance est ébranlée, il y a problème. Soyons clairs : notre sentiment est qu’il n’y a pas chez notre partenaire français de volonté politique réelle de faire obstacle aux manipulations antimarocaines émanant de milieux connus pour leur hostilité à notre encontre. C’est cette absence d’engagement et de détermination, cette frilosité, cette sorte de porosité constatée au coeur même du pouvoir vis-à-vis des pressions de certains lobbies qui portent atteinte à la sérénité de notre relation. (…) On ne peut pas souligner, comme l’ont dit le président Hollande et le Premier ministre Valls, que le Maroc est un pays modèle au Maghreb, un pays ouvert et démocratique, et l’une des clés essentielles de la sécurité et de la stabilité dans l’espace afro-méditerranéen, tout en fermant les yeux sur les agissements de ceux qui rêvent de le déstabiliser. C’est illogique, et cela va à l’encontre des intérêts bien compris de la France", avait-il déclaré, soulignant par ailleurs que "le temps de la tutelle" française était révolu.

Mezouar était certes présent dimanche 11 janvier à l’Elysée avec les dirigeants du monde entier venus à Paris pour manifester leur solidarité à la France endeuillée par les attentats. Mais la délégation marocaine a refusé au dernier moment de se joindre à la marche dans la capitale, pour protester contre les "caricatures blasphématoires du prophète" comme celles de Charlie Hebdo, présentes selon elle dans le défilé d’hommage aux victimes.

(Avec AFP)

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