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Le stade de Malabo (15250 places) accueillera neuf des trente-deux matchs du tournoi. © Vincent Fournier/J.A.

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Claude Le Roy : « Le Congo, à nouveau au top »

Mis à jour le 12 janvier 2015 à 16:20
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Avant que je signe mon contrat à l’ambassade du Congo, en novembre 2013, certains de mes amis ne comprenaient pas pourquoi je souhaitais devenir le sélectionneur des Diables rouges. On me disait que cette équipe n’avait plus participé à une phase finale de CAN depuis 2000, qu’elle n’intéressait plus grand monde, que le chantier était énorme… Mais même si je savais qu’il s’agirait sans doute de mon plus gros challenge en Afrique (en Afrique, Claude Le Roy, 66 ans, a entraîné le Cameroun, le Sénégal, la RD Congo et le Ghana), j’avais envie de le relever. Car c’est au Congo que j’ai découvert l’Afrique.

C’était en 1971, alors que je jouais en France, à l’AC Ajaccio. À cette époque, il n’était pas rare que les équipes françaises se rendent sur le continent pour une tournée. Cette année-là, le Congo préparait la phase finale de la CAN 1972, qui allait se disputer au Cameroun – où d’ailleurs il gagnera la compétition. Nous avions disputé plusieurs matchs contre les Diables rouges et l’un des joueurs de la sélection était Jean-Michel Mbono, aujourd’hui président de la fédération congolaise.

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J’avais compris, lors de ce voyage, que le Congo était un pays de football. Bien sûr, il n’est ni très grand ni très peuplé et ne dispose donc pas d’un gros réservoir de joueurs. Mais l’Uruguay est aussi un petit pays, et cela ne l’empêche pas d’avoir une sélection très compétitive depuis des décennies.

Cela fait quelques années que l’équipe nationale congolaise ne suscite plus d’intérêt. Quand j’ai signé, l’un des principaux objectifs fixés était la qualification de l’équipe. J’ai répondu que ce serait très compliqué, mais pas irréalisable. Je connais bien l’Afrique et, donc, ses réalités. Il faut savoir s’adapter et avoir certaines exigences. J’ai alors expliqué au ministre des Sports, Léon Opimba, ce dont j’avais besoin afin que nous puissions réussir.

Tout est une question de détails, mais les détails sont très importants. Par exemple, nous devions disposer d’un staff médical étoffé, avec la présence d’un ostéopathe lors des matchs de la sélection et un bon matériel paramédical. Être très attentifs à la qualité de la literie dans les hôtels, car le sommeil, chez un sportif de haut niveau, est essentiel. Faire en sorte que les joueurs disposent de bons équipements, qu’ils s’entraînent et voyagent avec des tenues qui ne soient pas dépareillées. Qu’on voyage dans de bonnes conditions, que la diététique ne soit pas négligée…

J’ai obtenu tout cela de la part du ministre, qui a très bien compris que la culture de l’urgence ne menait à rien. Il faut travailler sur la durée, prendre de bonnes habitudes et les conserver. Ces dernières années, le Congo avait perdu ce niveau d’exigence, puisque la sélection n’obtenait plus de résultats.

Quand j’étais sélectionneur de la RDC voisine, j’ai souvent pointé du doigt ce manque d’anticipation. Faire les choses à la dernière minute, ce n’est pas satisfaisant. Si ces derniers mois j’ai pu attirer des joueurs binationaux comme Thievy Bifouma, né en France, qui a plusieurs fois oeuvré pour les sélections françaises de jeunes et peut donc espérer porter un jour le maillot des Bleus, c’est parce que je leur ai présenté un projet solide. Avec Thievy, par exemple, il a fallu négocier longtemps. Je lui ai expliqué qu’il aurait peut-être la chance de disputer la CAN et que cette compétition, pour un Africain, était quelque chose d’unique. Il a accepté, comme quelques autres.

Cette qualification nous fait gagner du temps. Mais il faut voir plus loin, penser déjà à la CAN 2017. J’ai envie que le Congo se réinstalle sur le toit de l’Afrique. Son retour en phase finale est une première étape.

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