Politique

Centrafrique : capture de Dominic Ongwen, Washington doit-il récompenser la Séléka ?

Washington s’était engagé à donner 5 millions de dollars à qui permettrait la capture du numéro deux de l’Armée de résistance du Seigneur. Un pactole que réclament les rebelles de l’ex-Séléka…

Mis à jour le 22 janvier 2015 à 08:21

Peut-on récompenser les rebelles de l’ex-Séléka, l’ancienne coalition qui a fait tomber François Bozizé ? Depuis l’arrestation de Dominic Ongwen dans le nord-est de la Centrafrique, le 5 janvier, c’est le dilemme auquel Washington est confronté. Car la tête du numéro deux de la sanguinaire Armée de résistance du Seigneur (LRA), la rébellion ougandaise de Joseph Kony, était mise à prix : les États-Unis avaient promis 5 millions de dollars (environ 4,3 millions d’euros) à qui permettrait sa capture. Les Séléka, qui affirment avoir remis Ongwen aux forces spéciales américaines, espèrent empocher le pactole.

Au-delà de l’enjeu financier – "Les Séléka ont d’autres moyens de financement", estime un diplomate européen à Bangui -, il s’agirait d’une reconnaissance symbolique de la part des États-Unis. Car sur la scène internationale, les anciens rebelles auraient bien besoin de redorer leur blason : sous le coup de sanctions des Nations unies pour les exactions commises en Centrafrique, ils affrontent encore régulièrement les soldats français de l’opération Sangaris.

Encore des exactions

En novembre 2013, l’ex-président Michel Djotodia, de la Séléka, avait affirmé pouvoir obtenir la reddition de Joseph Kony – ce dont doutaient certains experts. C’était à la veille de l’intervention française qui allait démanteler la rébellion centrafricaine. Grâce à leur contribution à la capture d’Ongwen, les ex-rebelles pensaient donc enfin gagner la reconnaissance dont ils rêvaient, ce qui explique sans doute leur impatience. "Non seulement les Américains ne nous ont pas donné l’argent, mais ils n’ont pas reconnu ce que nous avons fait sur le terrain", s’est énervé Mounir Ahamat, commandant en second de la région de Sam-Ouandja, sur les ondes de la BBC, le 9 janvier.

Depuis, les États-Unis ne démentent ni ne confirment le versement d’une récompense. "Pour des raisons de sécurité, nous ne révélons pas publiquement si des paiements du Programme de récompense pour les crimes de guerre sont effectués", explique Rodney Ford, le porte-parole du bureau des affaires africaines du département d’État. Pour Washington, démentir tout paiement serait prendre le risque de se priver de précieuses collaborations ultérieures. Car même si les redditions au sein de la LRA n’ont jamais été si nombreuses qu’en 2014, ces miliciens en guenilles commettent encore des exactions : ils auraient enlevé près de 300 personnes en Centrafrique, selon l’ONG The Resolve LRA Crisis Initiative.

Coup de main involontaire ?

Washington est aussi resté avare de détails sur les circonstances exactes de l’arrestation. "Des membres du Commandement des États-Unis pour l’Afrique ont récupéré Dominic Ongwen des mains d’un groupe se disant affilié à la Séléka", déclare, laconique, le major James Brindle, du département de la Défense. Selon une source à La Haye, où siège la Cour pénale internationale (CPI), les Séléka n’auraient en réalité pas réussi à identifier Ongwen eux-mêmes : ce dernier se serait fait passer pour un musulman du nom de Moussa Ali pour s’introduire en leur sein, avant que des taupes n’informent les Américains. Ceux-ci l’ont récupéré le 5 janvier dans la région diamantifère de Sam-Ouandja, où se croisent de nombreux groupes rebelles. C’est seulement après l’opération que les Séléka ont découvert son nom… et sa valeur. Leur coup de main serait donc involontaire.

Bien que les États-Unis ne soient pas signataires du traité de Rome instituant la CPI et que l’Ouganda ait récemment sévèrement critiqué cette institution, les deux pays se sont mis d’accord pour qu’Ongwen soit transféré à La Haye. S’il a visiblement fait défection à la LRA, savait-il qu’il serait transféré à la CPI ? Enlevé à l’âge de 10 ans par les hommes de Kony avant de devenir à son tour bourreau, il a passé sa vie dans la brousse et ignore sans doute tout des rouages de la justice internationale.