Santé

Paludisme : « La technologie et l’innovation jouent un rôle-clé »

Par

Jakaya Kikwete est fondateur de l'ALMA (African Leaders Malaria Alliance) et ancien président de la Tanzanie.

Le paludisme est un parasite transmis par l'anophèle femelle.

Le paludisme est un parasite transmis par l'anophèle femelle. © James Gathany / AP / SIPA

« La technologie et l’innovation jouent un rôle-clé dans la lutte contre le paludisme. Des outils de surveillance, ainsi que la modélisation et les données cartographiques du paludisme nous aident à mieux comprendre la maladie et à la combattre », estime l’ancien président de Tanzanie dans une tribune à « Jeune Afrique ».

« Quand j’étais enfant, mon frère est mort du paludisme. S’il avait contracté la maladie aujourd’hui, il serait probablement encore en vie. Cette histoire est celle de millions d’africains. C’est quelque chose que nos enfants ne doivent pas vivre. Nous avons fait des progrès extraordinaires, mais nous ne pouvons pas nous arrêter maintenant. L’éradication du paludisme en Afrique est en vue », indique-t-il.

  • Recul du paludisme

Des progrès considérables ont été faits au cours des quinze dernières années dans la lutte contre le paludisme. Depuis 2000, une diminution de 60 % du taux de mortalité dû au paludisme a permis de sauver environ 6,2 millions de vies. Dans le même temps, le taux de mortalité dû au paludisme a chuté de 66 % sur le continent africain pour l’ensemble des catégories d’âge et de 71 % chez les enfants de moins de 5 ans. Grâce à une modélisation, l’Organisation Mondiale de la Santé, a fait savoir que la République unie de Tanzanie a réduit les cas de paludisme de 50 à 75% entre 2000 et 2015. Oui, nous progressons énormément.

  • Les effets d’un traitement efficace

Quand j’étais Président de Tanzanie, on m’a informé que dans une province du pays, 70 % des enfants manquaient l’école à cause du paludisme. J’ai envoyé mon Ministre de la Santé sur place pour vérifier cela, et j’ai été surpris quand il est revenu me dire : “Oui, c’est bien vrai. Il y a une épidémie de paludisme d’une envergure inimaginable.” J’ai alors contacté l’ambassadeur des États-Unis en Tanzanie, les membres de l’Initiative contre le paludisme du Président et d’autres partenaires, et ensemble, nous avons envoyé une équipe de médecins qui ont installé un campement dans cette province pour venir à bout du problème. Nous avons eu recours à trois grands types d’interventions : les polythérapies à base d’artémisinine pour traiter efficacement le paludisme, la distribution de moustiquaires imprégnées durablement d’insecticide, et les pulvérisations d’insecticide à effet rémanent à l’intérieur des lieux d’habitation. L’année suivante, la fréquentation de l’école atteignait les 90 %.

Quand j’étais enfant, mon frère est mort du paludisme. S’il avait contracté la maladie aujourd’hui, il serait probablement encore en vie.

  • L’importance d’une action concertée à l’échelle du continent

Si vous traitez efficacement le paludisme dans un pays mais pas dans le pays voisin, vous pourrez contrôler la maladie, mais les parasites reviendront depuis le pays voisin. J’ai discuté de cela avec Ray Chambers, l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies en charge du paludisme à New York, et en septembre 2009 à l’Assemblée générale des Nations unies, huit chefs d’État africains m’ont rejoint pour lancer l’ALMA. Aujourd’hui, nous en avons 49. L’ALMA se concentre sur l’élimination du paludisme en Afrique d’ici 2030. L’ALMA se réunit maintenant deux fois par an lors des sommets de l’Union africaine et s’appuie sur les cartes de score de l’ALMA pour suivre les progrès et mener des actions. Chaque fois que l’ALMA se réunit, les dirigeants voient des cartes de scores actualisées pour leur pays. Quand il y a trop de rouge sur leur carte de score, ils se rendent compte qu’il leur reste du travail à faire. Cela les aide à maintenir leur engagement. Ce genre d’interventions a contribué à l’accélération des progrès remarquables que nous avons pu voir au cours des dix dernières années. Avec l’ALMA, nous démontrons que lorsque nous avons des chefs d’État et de gouvernement impliqués et que nous guidons le processus, nous obtenons des résultats.

  • Consensus des chefs d’État africains

Quand vous allez dans les hôpitaux, beaucoup de lits sont occupés par des patients atteints de paludisme. Les dirigeants africains ont tout d’abord constaté les incidences sur nos communautés quand des adultes sont trop malades pour aller travailler et que des enfants qui ont de la fièvre ne peuvent pas aller à l’école. Le paludisme a un effet dévastateur sur nos pays. La promesse d’une Afrique sans paludisme est quelque chose qui nous motive tous.

  • Éradiquer le paludisme

Oui, c’est le principal objectif de l’ALMA. L’Organisation Mondiale de la Santé a récemment rapporté que six pays africains (l’Algérie, le Botswana, le Cap-Vert, les Comores, l’Afrique du Sud et le Swaziland) pouvaient éradiquer le paludisme d’ici 2020. L’adoption par l’Union africaine du Cadre catalytique pour éliminer le sida, la tuberculose et le paludisme en Afrique à l’horizon 2030 définit un cheminement vers l’élimination du paludisme dans tous les pays d’ici 2030. Nous devons continuer de faire ce qui fonctionne et en même temps soutenir des approches et des outils innovants pour combattre cette maladie. Tout cela nécessite bien évidemment des financements nationaux et internationaux. Nous avons besoin de davantage de « responsabilité nationale » et de financements nationaux, ainsi que d’un soutien permanent de la communauté internationale pour atteindre nos objectifs.

Des outils de surveillance, ainsi que la modélisation et les données cartographiques du paludisme nous aident à mieux comprendre la maladie et à la combattre.

  • Rôle de l’innovation

La technologie et l’innovation jouent un rôle-clé dans la lutte contre le paludisme. Des outils de surveillance, ainsi que la modélisation et les données cartographiques du paludisme nous aident à mieux comprendre la maladie et à la combattre. Des tests diagnostiques rapides pour le paludisme aident les professionnels de santé, surtout dans les zones rurales, à effectuer en un minimum de temps des diagnostics précis avant l’administration du traitement. Des recherches sont en cours concernant d’autres innovations (comme une pilule unidose qui pourrait débarrasser une personne de tous les parasites, voire même bloquer la transmission du paludisme), ainsi que d’autres innovations très intéressantes au niveau du contrôle des vecteurs, qui pourraient accélérer notre progression vers l’éradication de cette maladie.

  • Davantage de finances publiques nécessaires

Quand je suis devenu Président de Tanzanie, le budget Santé global annuel était d’environ 250 millions de dollars. Au moment où j’ai quitté mes fonctions, il était passé à 1,1 milliard de dollars. Le Cameroun, le Tchad, la Mauritanie, l’Afrique du Sud et d’autres pays ont également augmenté leurs financements nationaux pour lutter contre le paludisme. Et bien sûr, le problème est plus compliqué pour les pays les plus pauvres qui ont très peu de ressources propres. C’est là que l’aide internationale est essentielle.

  • Rôle de la communauté internationale

La lutte contre le paludisme a bénéficié d’un leadership fort et de solides partenariats mondiaux. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a joué un rôle important dans les progrès réalisés jusqu’à présent. L’Initiative contre le paludisme du Président des États-Unis, le Ministère du développement international du Royaume-Uni, la Fondation Bill & Melinda Gates et Unitaid, qui joue un rôle dans la transformation du marché pour le rendre plus abordable et plus accessible, ont été des soutiens et des partenaires fondamentaux dans la lutte contre le paludisme, avec de nombreux autres donateurs et partenaires. Nous devons continuer à travailler en collaboration pour garder le cap et venir à bout de cette maladie.

  • Impact pour les femmes et les filles

En Afrique, le paludisme est l’une des principales causes de décès chez les enfants et les femmes enceintes. Toutes les deux minutes, un enfant meurt du paludisme. Les progrès réalisés contre le paludisme ont grandement contribué à réduire le nombre de décès d’enfants et la morbidité maternelle sur le continent africain, mais aucune mère ne devrait endurer la souffrance de perdre un enfant à cause d’une piqûre de moustique. Il est possible de prévenir et de soigner le paludisme. Cette maladie est très lourde pour les familles, elle empêche les adultes de travailler et les enfants d’aller à l’école, et elle contribue au cycle de la pauvreté dans nos communautés. Éliminer le paludisme est bénéfique pour nous tous.

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