Société

Voyages : des globetrotters tunisiens livrent leurs trucs et astuces pour parcourir le monde

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Mis à jour le 4 août 2016 à 19:21

Soixante-six mille touristes français ont prévu de passer l’été en Tunisie. © Dennis Jarvis/Flickr

À travers leurs photos et vidéos, ils nous embarquent dans de belles escapades aux quatre coins du monde. De jeunes Tunisiens accros au voyage reviennent pour Jeune Afrique sur leurs aventures, donnant des conseils et astuces pour s’évader à moindre coût et sans trop de difficultés.

Pour quelques jours, quelques semaines, voire quelques mois, Mariam, Sofiene, Ahmed et Houssem ont quitté leur pays pour partir à la découverte de nouvelles cultures et contrées. Et au fil des destinations, leur appétit voyageur est devenu un véritable mode de vie.

Seuls ou en couple, ils ont parcouru des kilomètres à travers le monde avant de rentrer en Tunisie, plus riches de leurs expériences, qu’ils partagent sur les réseaux sociaux. Mais pas toujours facile pour des Tunisiens de s’offrir des vacances de rêve à l’étranger, entre une allocation touristique annuelle limitée, les difficultés liées à l’obtention d’un visa, ou encore le manque de moyens… Mais l’impossible n’est pas tunisien, comme le prouvent ces baroudeurs 2.0. Témoignages.

  • Houssem Hamdi :

J’ai 34 ans, je suis originaire de la ville de Béja et je suis informaticien et activiste dans l’environnement. Faire des voyages et vivre des aventures, c’était un rêve d’enfant, qui s’est ensuite un peu éteint à l’adolescence, à force d’entendre que c’est quasi-impossible, que c’est réservé aux « bourges ». Mais ensuite, le rêve s’est finalement accompli, un peu malgré moi, après une mésaventure à la frontière syrio-turque lors d’un stage en 2006. Je m’étais alors dit que cette anecdote digne d’Indiana Jones pourrait être racontée à mes gosses un jour. L’aventurier qui sommeillait en moi s’est réveillé et depuis, ma vie est un cycle de voyages et d’aventures ! C’est vrai, être titulaire d’un passeport tunisien ne donne pas beaucoup de flexibilité. On ne peut pas aller partout, il n’y a pas beaucoup de représentations diplomatiques en Tunisie (par exemple pour récupérer mon visa pour le Mexique, j’ai dû me rendre à Alger), et nous sommes limités par une allocation touristique d’environ 2 400 euros par an à ne pas dépasser.

En tant que Tunisiens, nous sommes donc amenés à faire beaucoup plus d’efforts que les Européens…

Mais cela ne nous empêche pas de voyager ; toutes ces galères donnent plus de charme aux voyages ! Avant chaque voyage, je fais un maximum de recherches sur Internet pour fixer mes priorités de visites. Je note ensuite mon itinéraire, en laissant quand même une grande place à l’improvisation (avec un guide du Routard pour m’aider). Quant aux bagages, je me contente de remplir mon sac à dos de 60L de l’essentiel : mon sac de couchage et mon appareil photo. Et pour l’hébergement, c’est camping, auberges de jeunesse, ou chez des connaissances. Pour amortir les coûts, on peut aussi privilégier certains modes de transport (vélo, auto-stop, bus…), trouver des petits boulots sur place, ou faire du bénévolat, nourri et logé (via des sites comme Helpx, Workingaway ou WWOOFing). Je préfère voyager seul, ça me donne plus de liberté, plus d’indépendance, et la possibilité de tester davantage mes limites.

Houssem Hamdi, portant fièrement le drapeau tunisien au sommet du Kilimandjaro, en Tanzanie.

Houssem Hamdi, portant fièrement le drapeau tunisien au sommet du Kilimandjaro, en Tanzanie. © Houssem Hamdi

  • Mariam Sassi et Sofiene Lahdheri, ou les XO Nomads : 

Nous avons 23 et 26 ans, et nous travaillons pour la même chaîne de télévision. On a la chance de gagner assez bien notre vie et d’avoir déjà voyagé dans plusieurs pays, ce qui facilite les choses aujourd’hui pour les visas. Mais en s’organisant et en économisant, il est aussi possible de faire de très beaux voyages, dans un des pays sans obligation de visa (ou avec un visa délivré sur place) par exemple. Avant d’être ensemble, nous étions déjà de grands passionnés de voyages. Moi [Mariam], je voyage depuis toute petite avec mes parents, puis j’ai tenté l’aventure seule il y a plusieurs années. Sofiene, lui, a aussi visité plusieurs pays de son côté et a vécu quelque temps à Dubaï. Aujourd’hui, nous sommes amis, amants, collègues et partenaires, et nous parcourons le monde ensemble, de l’Europe à la Corée du Sud en passant par la Californie, le Maroc, ou en encore Istanbul. On ne peut jamais rester en place très longtemps, d’où le nom de « Nomads ». On a besoin de voyager dès qu’on le peut… ou de planifier notre prochain voyage de rêve !

Moi je suis très organisée, et lui préfère l’improvisation

Sofiene étant passionné par la photographie et le montage, et moi aimant écrire, nous avons décidé de créer un blog et une page Facebook sur lesquels nous partageons nos aventures et des conseils, comme l’utilisation des transports (les cars, par exemple, sont plus longs mais moins chers) ou l’hébergement chez l’habitant (via les sites de Couchsurfing et Airbnb). Depuis le 30 juillet, nous nous sommes lancés dans un tour de l’Europe, d’une durée d’un mois. Nous sommes très complémentaires tous les deux, et c’est pour cela que ça marche : moi je suis très organisée, et lui préfère l’improvisation. À la veille de notre départ par exemple, nous avions bien défini notre itinéraire, mais n’avions pas encore fixé d’hébergement ! C’est bien parfois de se laisser porter, une fois sur place…

 

  • Ahmed Ferchichi, ou Tunisian Globetrotteur : 

J’ai 35 ans, je suis digital marketing manager et passionné par tous types d’activités en extérieur (spéléologie, pêche sportive, snorkeling, randonnées, escalade, etc.). Tout jeune, j’aimais regarder Indiana Jones et j’espérais avoir la même vie, pleine de découvertes, et c’est de là que m’est venue cette envie de voyager à tout prix. Quand j’ai lancé mon blog et mes pages sur les réseaux sociaux en 2006 (aujourd’hui gérés par mon mon ami The Dreamer), je ne connaissais pas beaucoup d’autres voyageurs tunisiens, mais aujourd’hui on peut dire que je me fonds dans la masse d’une nouvelle communauté.

Je suis vraiment ravi de voir que de plus en plus de Tunisien(ne)s profitent de leur vie en parcourant leur pays et/ou le monde.

Ça m’attristait de voir les jeunes perdre un temps précieux dans des cafés sans rien faire d’intéressant de leurs vies, avançant l’excuse qu’il n’y a rien à faire en Tunisie. C’est pourquoi j’ai décidé de partager mes expériences, des bons plans, afin d’expliquer qu’on peut voyager à petit budget même avec un salaire tunisien moyen. En fait, tout est question d’organisation : il faut économiser pour pouvoir voyager, au lieu de dépenser pour d’autres conforts, et privilégier des pays sans visas pour les Tunisiens ou dont l’octroi est plus facile, comme l’Asie du sud et ses paysages magnifiques ainsi que ses prix beaucoup moins élevés qu’en Tunisie. Les voyages m’ont apporté tellement de choses : ils ont changé ma façon de voir ce monde, m’ont permis de revoir mes priorités, mes principes. J’apprends à chaque fois de nouvelles choses, des plus simples aux plus insolites, je fais de belles rencontres, j’apprends à mieux aimer les gens, la nature, à être plus humain… J’avais plutôt tendance à voyager seul, mais plus depuis que j’ai trouvé ma moitié. D’ailleurs, c’est aujourd’hui avec mon amoureuse que je partage ce style de vie ! Sans elle, je n’aurais pas vécu autant de bons moments et n’aurais pas non plus pu partager toutes ces photos et vidéos. Je voyage toujours, mais j’ai décidé désormais de ne plus le partager et d’en profiter à 100% avec ma petite famille.

Ahmed Ferchichi au Japon.

Ahmed Ferchichi au Japon. © Facebook/Tunisian Globe trotter