Start-up

La start-up africaine de la semaine : l’e-commerçant FiFo fait de la gratuité son fonds de commerce

Le modèle développé par Akram Marzouki repose sur un rapide développement d'un réseau d'Internet mobile à haut débit. Ici, un magasin de l'opérateur Ooredoo à Tunis. © Nicolas Fauqué pour JA

L'application mobile FiFo, en cours de développement en Tunisie, veut développer l'e-commerce, encore marginal, avec la gratuité comme principal levier de développement. Une double ambition qui n'évite pas les embûches.

Un Tunisien s’approche d’un restaurant, aussitôt une notification arrive sur son téléphone : « Un croissant offert pour les 10 prochaines minutes ». Le café englouti, le Tunisien reprend la route et croise un magasin de vêtements, son téléphone l’interpelle à nouveau : « Un t-shirt gratuit pour les cinq prochaines minutes. » Une fiction qu’Akram Marzouki, 27 ans, aimerait voir devenir réalité grâce à sa création : FiFo.

« Dans le commerce, on trouve souvent des bons de réductions, des offres de rabais exceptionnelles, mais jamais de produits gratuits. Je me suis dit que ça pourrait marcher », raconte Akram Marzouki.

Le concept a permis à l’enfant de Menzel Bourguiba, au nord de Tunis, de se distinguer auprès de la branche industrie de l’Institut américain des ingénieurs en électricité et en électronique. Ce dernier lui a octroyé le prix de la meilleure présentation lors de son congrès annuel à Dallas (États-Unis).

Des invendus offerts comme produits d’appel

Pour l’ancien élève de l’Université Libre de Tunis (ULT), les entreprises ont deux portes d’entrée peuvent sur FiFo. Ce qui fait son originalité. D’un côté, les grandes entreprises peuvent « donner » leurs invendus, en consacrant une partie de leur budget publicité au financement de leur référencement sur l’application, tout en proposant par ailleurs des produits payants sur la plateforme.

La start-up, dont le nom renvoie à First In, First Out, une méthode de gestion des stocks d’entreprises, veut quant à elle se rémunérer, plus classiquement, par une marge sur les produits payants qui seront achetés via l’application.

Sauf que depuis la création de la société le 13 janvier 2016, le démarchage des fabricants et des investisseurs potentiels n’a pas été très porteur.

« Le potentiel est là, c’est indéniable, explique Khaled Souissi, responsable du système informatique à HA, enseigne tunisienne d’habillement à bas prix, que Akram Marzouki a contactée. On envisage le principe de destockage et de vente en ligne mais pas dans l’immédiat. »

Le peu d’appétence pour l’e-commerce en Tunisie est un gros frein. Les Tunisiens sont encore réticents à payer sur Internet et les délais de livraison, souvent très longs, découragent les commandes.

20 000 utilisateurs

Un accueil mitigé donc, qui pousse alors le fondateur de FiFo à faire évoluer son modèle, en mettant en sourdine les produits pour donner la priorité aux services. Pour ce faire, il s’associe à Medhi Ayari, fournisseur de poissons dans la restauration. Ce dernier, en échange de 50% des parts sociales, lui apporte les fonds nécessaires et lui ouvre son carnet d’adresses.

Cette fois, la clientèle répond présent. Un restaurateur situé dans La Goulette, haut-lieu de la restauration dans le grand Tunis, a déjà confirmé son intérêt. Des hôtels se disent également partants. Pour les actionnaires de FiFo, et leurs potentiels partenaires, la promesse d’un produit gratuit invitera les clients à consommer davantage — la start-up récupérant une partie des bénéfices générés par la table.

À condition cependant que les restaurateurs puissent bénéficier d’une forme d’exclusivité, pour se différencier de leurs concurrents. Ainsi, les contrats qui seront passés par FiFo stipuleront que la société ne peut proposer ses services à d’autres dans un périmètre donné.

Aussi, Akram Marzouki table sur un développement concentrique : Tunis, le grand Tunis, les stations balnéaires environnantes comme Hammamet et ainsi de suite.

Se limitant d’abord à un développement local et national, le succès de FiFo est totalement tributaire de l’infrastructure téléphonique du pays. Puisque seul un utilisateur ayant préalablement téléchargé l’application et qui est effectivement connecté à Internet peut recevoir les fameuses offres de gratuité. Akram Marzouki, qui travaille chez le fournisseur de téléphonie Ooredoo en parallèle, se veut confiant : « L’installation de la 4G dans le pays fonctionne bien, je table sur 20 000 utilisateurs d’ici un an. »

« La pertinence économique reste à démontrer »

Nezar Abdelhoihed, dirigeant de la société française Ré’Inventer, spécialisée dans les applications touristiques, a connu Akram Marzouki lorsque ce dernier a effectué un stage dans sa société : « Il est très motivé et il a une très bonne idée, je pense qu’il peut arriver à ses fins. Après, la pertinence de son modèle économique reste à être démontrée mais c’est ce qu’il y a de plus difficile pour les start-up. »

Si FiFo passe le premier cap d’une masse critique d’usagers, le fondateur garde à l’esprit un versant social, en donnant  la possibilité à des ONG comme le Croissant Rouge de distribuer des repas aux plus démunis par le biais de l’application.

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