Société

Sénégal : du JT à « Tom et Jerry », les délires en vidéos de Mahfousse

Le jeune comédien sénégalais Mahfousse.

Le jeune comédien sénégalais Mahfousse. © Mahfousse/DR

Jusqu’au 30 août, Jeune Afrique vous propose un rendez-vous hebdomadaire consacré aux influenceurs africains et / ou de la diaspora qui agitent la toile. Cette semaine le jeune comédien et humoriste sénégalais Mahfousse dont les vidéos sont regardées par des milliers d’internautes.

Distillés depuis deux ans sur les réseaux sociaux, Mahfousse & ses délires ont trouvé leur public. Ainsi ils sont près de 80 000 sur Facebook à être abonnés à sa page, et 16 000 sur Instagram. « Au départ c’est un ami qui me filmait sans que je le sache. Il a ensuite diffusé ça sur Facebook. Les gens ont tout de suite apprécié, et je me suis lancé avec une première vidéo, “L’eau est là” (qui a sa suite avec “L’eau est revenue”, NDLR) où je parodie le dessin animé Kirikou« . Le ton est à la franche rigolade.

https://www.youtube.com/watch?v=VPEty7Jqg7Q

« La comédie autrement »

Les débuts de Mahfousse n’ont pas été à l’image de ses contenus. Son entourage n’était pas franchement derrière lui quand il s’est découvert une passion pour la comédie. On le dit « fou », engagé dans « un chemin sans issue ». D’autant plus que le jeune homme aujourd’hui âgé de 24 ans, qui a été aussi rappeur, prend la lourde décision d’abandonner ses études de commerce international au terme de sa deuxième année.

Mais la découverte du jeu d’acteur est plus forte que le reste. « Ma force c’est que je peux me mettre dans la peau de n’importe qui, même d’une femme. Je n’ai pas de limites. Je fais de la « comédie autrement », c’est à dire un type de comédie différent de celui qu’on voit à la télévision. Je créé mon propre univers, ma propre comédie. » Un prof, une célébrité (comme Carlou D ou Rihanna), une jeune fille, un Blanc, un présentateur de JT… Dès qu’il s’empare d’un scénario, dès qu’il l’a compris, Mahfousse affirme qu’il peut tout interpréter, et aborder tous les sujets de société. Sur le modèle des vidéos américaines qui font un carton, de nombreuses vidéos de Mahfousse mettent en scène des moments humoristiques de la vie quotidienne, « ces moments où » dans lesquels tout le monde peut se reconnaître : « Voilà ce qui arrive quand on pisse dans la rue », « Un Blanc qui Prie VS Un Sénégalais qui Prie »« Quand tu dis  »Dégage » a ta Copine dans les Films VS dans la Réalité », « Quand un Blanc croise un Ami VS quand un Noir Croise un Ami »

Tout cela, Mahfousse, qui « se sent bien dans sa vie de comédien », le fait avec l’énergie du passionné et très peu de moyens : tournage et montage sont réalisés sur iPhone 5. « Au début on improvisait beaucoup. Maintenant, pour les besoins d’un scénario je fais appel à mon entourage, mon petit frère, ma cousine. Pour moi le plus important c’est le contenu. Pour le moment, le jeune homme ne vit pas encore de ses vidéos, mais son audience lui donne espoir : « ce qui compte le plus c’est le sourire des gens. On me reconnaît dans la rue, on me prend en photo, on me félicite pour mon travail. C’est important”. Aujourd’hui il remercie sa famille, en particulier sa mère, qui depuis la France le soutient. Il y a aussi la communauté de fans qui lui envoie parfois des dons pour financer son travail. Récemment, Mahfousse a pu travailler sur une pub Canal Plus et pour La tartiflette 2016.

« J’ai mon mot à dire dans mon pays »

« Avec le peu de moyens que nous avons, on fait rire beaucoup de gens », a raison de s’enorgueillir Mahfousse, qui porte un regard global sur les conditions de travail des influenceurs sénégalais. « Il faut que les gens sachent qu’ici nous avons le talent. Notre problème c’est le financement. Les gens ici te disent : ‘ça ira’, mais ils ne te soutiennent pas ».

Pourtant cette nouvelle génération en ébullition est porteuse d’espoir pour l’avenir du pays. Dans un monde où les distances sont abolies par internet, elle peut vite faire briller le pays de la teranga à l’international. Mahfousse, qui vise une notoriété mondiale pour son travail, a déjà une expérience qui l’encourage à aller dans ce sens. L’une des vidéos de sa série « Tom et Jerry » a été relayée par le chanteur nigérian Wizkid et par le groupe de reggae américain Morgan Heritage, et ensuite par de nombreux internautes étrangers. Il y réalise un prodigieux travail d’acteur en campant Tom, le légendaire chat du dessin animé américain, accompagné de son petit frère, dans le rôle de la souris Jerry. Ensemble, ils rejouent les courses infernales du duo dans la maison familiale. Un rendu touchant que Chaplin ne renierait certainement pas. Tout y est : le rythme, le grain de folie. On y croit, on rit.

Mais encore une fois, boucler ce projet a tenu de la prouesse. Le jeune homme s’est accroché, tournant avec une côte cassée. « On galère. Un tournage coûte cher, il y a le transport à payer, les lumières, le déjeuner, ça va vite. C’est dur mais on ne laisse pas tomber. Ces vidéos je les fais sans moyens, sans aide. Avec le temps le succès viendra peut-être, mais le talent est là, on a confiance en nous”.

Et Mahfousse, qui est un ami de Dudu, un autre youtubeur sénégalais, d’en appeler au ministère sénégalais de la Culture : « Il faut que notre pays se tourne vers nous, vers internet. Il faut soutenir cette nouvelle génération de créateurs. Quand je poste une vidéo je peux faire 35 000 vues. Je suis un influenceur, j’ai donc mon mot à dire dans mon pays. »

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