Elections

Municipales en Afrique du Sud : l’ANC et la DA se disputent l’héritage de Mandela

Le président sud-africain Jacob Zuma et le leader de la DA, Mmusi Maimane. © Montage JA / AP sipa

À l'approche du scrutin municipal, prévu le 3 août, les deux rivaux s'affrontent sur le terrain de la question raciale et de l'héritage du père spirituel de la nation. Le Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, n'a pas supporté que l'Alliance démocratique (DA), son opposante, se réclame de Mandela.

« Seule la DA peut réaliser le rêve de Madiba ». Tel est le slogan de la nouvelle affiche de campagne de l’Alliance démocratique (DA), dévoilée lundi 25 juillet par le chef du parti d’opposition, Mmusi Maimane, devant les Union Buildings, le siège de la présidence sud-africaine « où il y a 22 ans, le premier président élu d’Afrique du Sud prêta serment », rappelle le jeune leader originaire de Soweto.

À moins de dix jours du scrutin municipal, prévu le 3 août, le dirigeant noir de l’opposition, âgé de 35 ans, multiplie les références au père spirituel de la nation, balayant d’un revers de main, l’image de « parti de Blancs » qui colle à la peau de la DA. De quoi faire bondir les cadres de l’ANC, qui perçoivent cette revendication comme un affront.

« Le rêve de Madiba et sa vision d’une Afrique du Sud prospère et unie au-delà des divisions raciales, est toujours vivant au sein de la DA, et ne pourra être réalisé que par la DA », lance Mmusi Maimane dès le début de son discours. Ce déçu de l’ANC, qui a rejoint la DA en 2009 un an après la démission forcée de Thabo Mbeki, n’hésite pas à taper fort pour tenter de convaincre les électeurs restés fidèles, par légitimité historique, au parti libérateur.

L’ANC n’a plus rien de commun avec l’ANC de Mandela, Sisulu et Tambo

« L’ANC d’aujourd’hui n’a plus rien en commun avec l’ANC de Mandela, Sisulu et Tambo. C’est devenu le parti de Zuma, des Gupta et de Haudli Motsoeneng », insiste le jeune leader alors que l’ANC est éclaboussée par les scandales de corruption qui frappent à répétition le chef de l’État ainsi que par les soupçons de censure qui, plus récemment, ont pesé sur la chaîne de radio-télévision publique SABC.

« Il y a quelques années, j’aurais crié au scandale parce je ne croyais pas et ne crois toujours pas que la DA puisse se revendiquer de l’héritage de Nelson Mandela », convient Raymond Sutter, politologue, dans une tribune publiée le lendemain dans le Daily Maverick. « En revanche, je ne crois plus que ce soit lui faire outrage », lâche cet ancien prisonnier politique.

L’ANC riposte

La riposte de l’ANC ne s’est pas faite attendre. « C’est le signe flagrant que les tentatives de la DA de courtiser l’électorat noir pataugent », rétorque son porte-parole, Zizi Kodwa, cité par le quotidien sud-africain The Times le 26 juillet. « La DA ne reculera devant rien pour ‘rendre plus noire’ son histoire qui n’est autre que celle d’un parti de Blancs, en favorisant l’ascension de quelques Noirs bien choisis pour leur permettre d’accéder à des positions de leadership, et en s’appropriant des symboles qui les ont toujours fait fuir », déplore ce cadre de l’ANC pour qui la DA demeure un parti de « suprémacistes blancs » .

La DA n’a pourtant pas été la première à avoir lancé les hostilités. Le 20 juillet dernier, le président sud-africain s’en était pris personnellement au leader de l’opposition. « Comment se fait-il qu’un homme noir puisse se joindre aux oppresseurs de son peuple, au point de décider d’en devenir le chef ? », avait déclaré Jacob Zuma depuis le township de Tembisa au nord de Kempton Park (Gauteng).

Alors que l’ANC est donné perdant dans plusieurs grandes agglomérations, et non des moindre (selon un sondage Ipsos de la semaine dernière, cité par l’agence Reuters, il pourrait perdre Johannesburg, Pretoria et Nelson Mandela Bay, sur la côte est), le parti au pouvoir depuis 1994 cherche à orienter le débat politique sur le terrain de la question raciale. Celui-ci était apparu déjà divisé au cours de la campagne de désignation des candidats en vue du scrutin, qui avait été émaillée au niveau local d’assassinats de militants de l’ANC, notamment dans le Kwazulu-natal, fief du président Jacob Zuma, signe du factionnalisme croissant au sein du parti.

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