Technologie

À Libreville, la chasse aux Pokémons s’engage sous le regard des militaires

À Libreville en bord de mer, l'un des rares pokestop de la capitale.

À Libreville en bord de mer, l'un des rares pokestop de la capitale. © DR

Comme dans la totalité des pays du continent, le jeu Pokémon Go, phénomène mondial depuis sa sortie début juillet, n'est pas disponible au Gabon. Ce qui n'empêche pas quelques Librevillois d'avoir téléchargé sur leur smartphone une version non-officielle du jeu, et d'arpenter les rues de la capitale à la recherche de ces étranges créatures. Sous le regard désapprobateur des militaires.

Depuis quelques jours, les soldats postés devant le palais présidentiel voient en effet défiler un étrange cortège de jeunes, les yeux rivés sur leurs téléphones. En cette fin d’après-midi nuageuse, il faudra plusieurs signaux et sifflets des militaires pour les faire déguerpir de l’esplanade du monument de l’esclave libéré, face au palais du bord de mer.

Ces allées et venues ne doivent rien au hasard : c’est à cet endroit de la capitale gabonaise qu’a été installée la seule arène du jeu Pokémon Go, dont les parties se jouent aux quatre coins du monde. Beaucoup moins frénétique qu’à Paris ou New-York, la chasse aux étranges créatures n’en est pas moins lancée à Libreville.

De rares Pokémons

Sous le regard parfois interloqué des badauds, les joueurs arpentent le boulevard du bord de mer, où sont concentrés Pikachu et autres Salamèche. But de ce jeu en réalité augmentée : les pister sur smartphone et les attraper pour engranger les points et passer les niveaux.

Mais dans les rues de la capitale gabonaise, les Pokémons se font rares. Comme dans la totalité des États africains, Pokémon Go n’est pas encore disponible au Gabon. Ce qui n’empêche pas Aboubakhar, 23 ans, d’avoir téléchargé la version non officielle de l’application, toutefois limitée.

« Ce n’est pas adapté à Libreville », explique le jeune homme, qui a donné rendez-vous à trois amis devant l’un des pokestop de la capitale. Un lieu fictif, où se trouvent les instruments nécessaires au jeu telles que les pokeball, qui permettent ensuite d’attraper les créatures. « Le problème, c’est qu’il n’y a que deux pokestop à notre connaissance à Libreville. C’est difficile de se ravitailler et donc de jouer », se désole le jeune quincaillier.

Regards désapprobateurs des militaires

D’autant que dans la capitale, la seule arène pour affronter les autres joueurs a été disposée sur l’esplanade du monument de l’esclave libéré, face au palais présidentiel. Un lieu dont les militaires n’apprécient guère que les badauds s’approchent de trop près. « C’est vrai que c’est un endroit suspect pour se rassembler », sourient les quatre joueurs.

A Libreville face au palais présidentiel, le monument de l'esclave libéré est aussi une arène.

A Libreville face au palais présidentiel, le monument de l'esclave libéré est aussi une arène. © Capture d’écran du jeu.

Pour autant, pas question d’arrêter de jouer. Après plusieurs tentatives infructueuses sous les injonctions du soldat, Eli parvient à s’emparer de l’arène. Pour le jeune homme, la prise est de taille : jusqu’à présent, le lieu était contrôlé par « le meilleur joueur du Gabon ».

« On ne sait pas qui c’est, c’est d’ailleurs difficile de savoir combien nous sommes à jouer. Nous avons justement créé un groupe WhatsApp pour rassembler au compte-goutte les joueurs et se partager les informations », explique Eli, 29 ans. Avant de poursuivre : « Il y a aussi à coup sûr beaucoup d’expatriés qui jouent, mais on ne les connaît pas. On ne va pas se voiler la face : nos milieux ne se fréquentent jamais et il y a peu de chance pour que Pokémon Go fassent tomber ce genre de barrières », tranche-t-il.

Rencontres de milieux sociaux différents

Peut-être a-t-il parlé trop vite. Quelques minutes après la prise de l’arène par Eli, le groupe tourne la tête : un jeune descendu d’une grosse voiture file en courant vers l’esplanade. « Il a l’air fâché », s’amuse Eli. Moins téméraire que ces prédécesseurs face aux froncements de sourcil du soldat, les injonctions font déguerpir le nouveau venu. Pas si nouveau que ça, il s’agit en réalité de l’ancien maître des lieux : Christophe*, jeune expatrié chinois de 25 ans venu reprendre l’arène.

Après avoir échangé leurs pseudos et s’être complimentés sur leurs jeux respectifs, le jeune Chinois donne son numéro pour être rajouté au groupe WhatsApp « Pokémon Go Gabon ». Beau perdant, le jeune homme qui souhaite garder l’anonymat pour ne pas à être reconnu par son employeur, leur glisse quelques informations : « Deux autres pokestop se trouvent à l’aéroport et un autre dans le quartier Glass ».

Eli, qui venait d’évoquer l’absence de rencontre entre Gabonais et expatriés, reste hésitant après le départ de Christophe : « C’est peut-être parce qu’il y avait une journaliste qu’il s’est montré moins méfiant et a accepté de donner son numéro ».

Claude*, qui a fait la connaissance d’Eli quelques jours plus tôt devant cette même arène, le contredit : « Je ne suis pas d’accord, c’est quand même un jeu, on fait tous preuve d’ouverture ». À défaut d’être aussi facile qu’à Sidney ou à Paris, la chasse aux Pokémons à Libreville permet des rencontres entre une poignée de jeunes qui avaient jusqu’à présent bien peu de chance de se croiser et de prendre le temps d’échanger.

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés, qui ne souhaitent pas être reconnus par leurs employeurs.

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