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France-Afrique, un new deal ?

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Paris est-il crédible ?

Mis à jour le 6 février 2015 à 08:34
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Stanislas Zézé est le PDG de Bloomfield Investment Corp., agence de notation financière panafricaine, à Abidjan.

La France envisage de renforcer sa présence en Afrique à travers des politiques qui contribueraient à doper ses exportations de biens et services, afin de regagner des parts de marché dans ses échanges avec le continent… Lesquelles ne dépendent que de sa capacité à être de plus en plus compétitive. Car un partenariat Afrique-France n’a d’intérêt que si cette dernière a un avantage comparatif par rapport à tout autre partenaire.

Dans un environnement de plus en plus mondialisé, les États africains n’ont aucun intérêt à renforcer leur niveau de dépendance à un pays. Ils doivent au contraire prendre conscience des changements géostratégiques qui s’opèrent et en profiter pour négocier les termes d’un partenariat équitable. Les quinze propositions du rapport Védrine* devraient donc s’inscrire dans un environnement de compétition mondiale. Elles présentent, hélas, de nombreuses lacunes, même si le constat établi est assez réaliste concernant les besoins des pays africains.

Un partenariat Afrique-France n’a d’intérêt que si Paris a un avantage comparatif par rapport aux autres partenaires.

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Sur le plan universitaire et scientifique, par exemple, le partenariat tel qu’il y est évoqué n’est pas révolutionnaire, au regard de la situation que connaît déjà le monde de la recherche en Afrique. En effet, la fuite de ses « cerveaux » vers les pays du Nord ne permet pas au continent de profiter de son capital humain. La nécessité pour les pays africains est de mettre en place des partenariats faisant intervenir les centres de recherche locaux afin de renforcer leurs moyens et la collaboration avec leurs homologues à travers le monde. Cela permettrait, dans un premier temps, de sédentariser les chercheurs et de faire en sorte que les résultats de leurs travaux profitent réellement au continent.

L’importance des collectivités territoriales et administrations africaines pour le développement local est un autre point évoqué par le rapport Védrine, l’enjeu pour les pays du continent étant de renforcer le système administratif décentralisé à travers une meilleure gouvernance et un renforcement de l’autonomie financière des collectivités territoriales.

Sur ce plan, les stratégies locales sont mieux adaptées que le recours à une aide de la France, dont le modèle de décentralisation connaît de grandes lacunes et se révèle extrêmement coûteux pour les finances publiques du pays. À travers la mobilisation de compétences africaines et un soutien de l’Usaid [Agence des États-Unis pour le développement international], Dakar a su répondre de façon concrète à plusieurs de ces préoccupations. La notation financière de la ville par Bloomfield Investment lui permet de renforcer son autonomie financière à travers la mobilisation de 20 milliards de F CFA [30,5 millions d’euros] sur le marché régional très prochainement.

Dans certains domaines présentant des défis majeurs pour les pays africains, notamment le développement urbain, les transports et l’énergie, comme l’évoque le rapport Védrine, la France possède des atouts qui se traduisent par la présence historique sur le continent de certains de ses acteurs experts de ces sujets. Il pourrait être intéressant pour les pays africains de s’inscrire dans un partenariat gagnant-gagnant sur de tels points.

Enfin, pour soutenir le financement des infrastructures en Afrique, il existe une multitude d’instruments. La France envisage de renforcer son engagement dans les initiatives où elle intervient déjà. Le seul réel modèle de financement innovant proposé, qui se rapproche du C2D [contrat de désendettement et de développement], est la titrisation du portefeuille des banques de développement intervenant en Afrique.

Cette titrisation permettrait à ces établissements de desserrer les contraintes de ratio entre leur endettement et leurs fonds propres et, en conséquence, de se réendetter pour financer davantage de nouveaux projets. Ce modèle pourrait être efficace à la seule condition que les bailleurs soient souverains dans leur stratégie d’allocation des ressources, en adéquation avec les besoins des pays africains. Cela viendrait résoudre l’une des lacunes majeures du C2D concernant les décisions de réallocation du financement disponible.

>>> Emmanuel Faber : « Il faut reformer l’aide publique au développement pour favoriser l’innovation »

Ce qu’attend de la France la nouvelle génération d’Africains en général, et les entrepreneurs en particulier, c’est un vrai partenariat d’affaires gagnant-gagnant, sans conditions de directives ou d’orientations politiques, et non la réinvention d’une relation paternaliste maquillée en révolution culturelle, économique et politique, doublée d’une pseudo- et soudaine prise de conscience pour un changement de tactique.

* « Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. » Rapport public remis au ministre français de l’Économie et des Finances en décembre 2013 par Hubert Védrine, Lionel Zinsou, Tidjane Thiam, Jean-Michel Severino et Hakim El Karoui.