Politique

Zimbabwe : 5 choses à savoir sur Evan Mawarire, le pasteur contestataire qui défie Mugabe  

Evan Mawarire est à l'origine de la campagne #This Flag, qui prend pour symbole le drapeau du Zimbabwe pour critiquer le régime Mugabe © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

Au Zimbabwe, le pasteur Evan Mawarire s’est hissé à la tête d’un mouvement citoyen en plein essor. Portrait de ce nouvel opposant passé du statut de parfait inconnu à celui de leader charismatique en quelques mois seulement, grâce aux réseaux sociaux.

  • Un citoyen ordinaire qui cultive ses talents d’orateur

Né à Harare dans une famille chrétienne très pieuse, Evan Mawarire est l’aîné de 6 enfants.  

Devenu pasteur évangélique de la Célébration, il est le fondateur de l’église « Sa génération », qui réunit une centaine de fidèles. Ne tirant pas de revenu de ses prêches, le pasteur de 39 ans gagne sa vie en tant que maître de cérémonie et conférencier-motivateur.

Qu’il partage ses conseils sur les relations conjugales, où qu’il se lance dans l’imitation de Nelson Mandela ou de Robert Mugabe, le pasteur fait preuve d’une éloquence qui ne laisse personne indifférent. « Il sait parler aux jeunes. Il court toujours pour jongler avec ses multiples rôles. Ce gars ne s’arrête jamais », explique à l’AFP Tutsirainyasha Kativhu, un administrateur de l’église.

  • Un ras-le-bol partagé en vidéo

Depuis plusieurs mois, le travail se fait rare pour Mawarire qui, comme ses concitoyens pâtissant d’un contexte économique difficile au Zimbabwe, peine à joindre les deux bouts. Chômage, inflation, restriction des importations de produits de base… Pour Mawarire, qui ne sait plus comment payer les frais de scolarité de ses deux filles, « enough is enough » (trop c’est trop). Tels sont les mots qu’il prononce face à sa caméra, lorsqu’il décide d’exprimer son ras-le bol en vidéo sur sa page Facebook en avril dernier.

Alternant le shona et l’anglais, il exprime son regret de voir son pays malmené par la négligence et la corruption d’un gouvernement plus occupé à se disputer la succession de Robert Mugabe, 92 ans, qu’à servir les intérêts d’une population aux frustrations grandissantes.

À la presse sud-africaine, le pasteur explique : « J’ai atteint ce point où j’ai compris (…) que si le pays est complètement déchiré aujourd’hui, c’est parce que les gens comme moi ont gardé le silence ». Ce silence, il le brise tout en s’enroulant autour du cou un drapeau de son pays… Un symbole fort qui trouve un écho chez des milliers, puis des dizaines de milliers de Zimbabwéens qui se photographient à leur tour drapés aux couleurs de leur pays.

  • Une fronde citoyenne réunie autour du hashtag #thisflag

Les vidéos de Mawarire deviennent virales, et sont postées sous le hashtag #Thisflag (Ce drapeau), qui donne lieu à un véritable mouvement citoyen sur les réseaux sociaux. En réponse à cette mobilisation spontanée, le pasteur lance une campagne d’activisme digital qui finira par durer 25 jours, au terme desquels il déclare : « Désormais je voudrais nous voir plus organisés, mettre en place une stratégie citoyenne pour continuer à exposer les failles du gouvernement… »

Dans la lancée, il appelle à des opérations « villes mortes », ces grèves générales durant lesquelles les travailleurs protestent pacifiquement en restant chez eux.

Cette vague de contestation à l’ampleur inédite ces dernières années au Zimbabwe est décrite comme une « avalanche » par son porte-parole, qui arbore des lunettes à la Malcolm X. Mais à Harare, c’est plutôt à Martin Luther King qu’on le compare… ce à quoi le pasteur répond, sans s’embarrasser de fausse modestie, que si l’icône africaine-américaine de la contestation civile « avait un rêve », lui, a plutôt des « idées ».

http://dai.ly/x4m1a26

  • Mawarire, leader malgré lui

Le pasteur est le premier à s’étonner de l’enthousiasme des Zimbabwéens qui l’ont hissé du jour au lendemain au rang de leader. « On peut vraiment dire que c’est un militant par accident. Il n’a jamais fait de politique », confie à l’AFP sa sœur, Telda Mawarire.

Evan Mawarire insiste sur le fait qu’il ne s’adresse à aucun parti en particulier. Dans ses vidéos, il se garde de parler directement de Mugabe… Pour lui, tous les politiciens, et pas seulement le Zanu-PF (parti au pouvoir) ont leur part de responsabilité dans l’échec du développement de son pays.

Pas de projet politique ni d’ambitions révolutionnaires, donc, pour le pasteur qui cherche seulement à redonner « une voix aux Zimbabwéens » privés d’un espace où exprimer leurs revendications.

Mais ce caractère apolitique du mouvement #Thisflag n’empêche pas sa récupération par l’opposition partisane : en mai, deux députés ont été expulsés du Parlement pour avoir porté le drapeau zimbabwéen autour de leur cou en hommage au mouvement du pasteur.

  • Un opposant qui n’est pas à l’abri des menaces  

Les réactions contre le pasteur et son mouvement civil ne se sont pas fait attendre, rappelant que Mawarire, qui admet avoir « peur pour sa sécurité », n’est pas à l’abri des menaces malgré sa popularité.  Le pasteur affirme en effet avoir reçu un appel anonyme le prévenant qu’il pouvait un jour se retrouver étranglé par le drapeau qu’il porte autour du cou…

Du côté des autorités, on tente de minimiser l’ampleur du phénomène, à l’instar du ministre de l’Éducation supérieure qui qualifie le mouvement de « pet de pasteur dans les corridors du pouvoir » sur Twitter. Mugabe lui-même n’est pas resté indifférent. La semaine dernière, il s’est enfin prononcé au sujet de l’opposant en l’accusant d’inciter les citoyens à la violence. Et de mettre en garde : « Faites attention à cet homme en robe. Tous ne sont pas de vrais prêcheurs de la Bible… »

Le pasteur n’est donc pas à l’abri de la main de fer du régime, connu pour réprimer sévèrement l’opposition. La mystérieuse disparition, il y a un an, d’Itai Dzamara, un critique virulent de Mugabe dont on n’a pas retrouvé la trace à ce jour, est là pour le rappeler…

Le 12 juillet, Mawarire a ainsi été arrêté pour « tentative de renversement du gouvernement ». Mais suite à l’étonnante décision du tribunal d’Harare de ne pas l’inculper, le pasteur aura passé moins de 48 heures en détention provisoire… Simple avertissement ou la poigne des autorités est-elle aujourd’hui contrainte de se desserrer face à la popularité de cette nouvelle figure de l’opposition ?

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