Économie

Erik Skander Goaied, le mystérieux chasseur du trésor de Kadhafi

Mis à jour le 3 février 2015 à 17:18

Cet étrange businessman tuniso-suédois se consacre à la traque du trésor caché de Mouammar Kadhafi, en Afrique du Sud.

Du côté de Thala (nord-ouest de la Tunisie), on connaît bien Skander Goaied, mais pas Erik. Pourtant il s’agit du même homme, qui mène une drôle de double vie. En Tunisie, Skander, 48 ans, est un exploitant agricole (spécialité : la patate) qui, en 2009, avait soumis à l’Union européenne un ambitieux projet de valorisation de l’oliveraie familiale.

Mais souvent ce parent de Chedly Ayari, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, disparaissait. Pilote (formé aux États-Unis) et ex-consultant d’Elf en Afrique, il devenait alors Erik, et faisait affaire avec la Libye comme distributeur exclusif pour le Maghreb d’un pansement antibrûlures.

Vente d’armes

En 2008, le colonel Mohamed Tag, un ancien aide de camp de Kadhafi, lui évite la ruine en lui permettant de recouvrer ses créances. Il se lance alors dans la vente d’armes et d’équipements militaires pour le compte de la société sud-africaine Denel.

En 2013, après avoir fondé avec Mohamed Tag le Washington African Consulting Group (WACG), il se présente à Pretoria comme marchand d’armes pour le compte d’une armée libyenne en déliquescence et en profite pour brandir un mandat des autorités réclamant la restitution du trésor de Kadhafi, qu’il dit avoir localisé en Afrique du Sud.

>>>> Voir aussi : À la poursuite du pactole de Kaddafi

Magot

Soit 250 tonnes d’or, des diamants et plus de 400 milliards de dollars selon Tag, qui, à la tête du comité de restitution de ces avoirs, est à la fois juge et partie : ledit comité verse 50 000 dollars par mois au WACG au titre de sa mission. Une opération compliquée car le magot, dans lequel Thabo Mbeki, l’ex-président sud-africain, et certains de ses proches auraient puisé, serait « retenu » à Pretoria.

Robin des bois ou affairiste ? Installé aux États-Unis depuis un an, Erik intrigue avec l’aide du lobbyiste Ben Barnes – un proche du secrétaire d’État John Kerry – pour que Washington fasse pression sur Pretoria. Il devra encore patienter : seul le Conseil de sécurité de l’ONU pourrait autoriser le dégel de ces fonds. Et tant que ceux-ci seront susceptibles de tomber aux mains de groupes extrémistes, dans une Libye en plein chaos, ce n’est pas gagné…

Lire également :

États-Unis : enquête sur Goldman Sachs pour ses liens avec l’ex-régime de Kadhafi

Le fonds souverain libyen réclame 1,5 milliard de dollars à la Société générale

Trois ans après Kadhafi, les Libyens entre déception et peur