Agroalimentaire

Côte d’Ivoire : des milliers d’hectares de cacao dévastés par des chenilles

Un agriculteur montre un cacaoyer qui a perdu son feuillage et dont les fèves ont été endommagées par les chenilles, à Tiassale, sud-est de la Côte d'Ivoire, le 13 juillet 2016 © Issouf Sanogo/afp.com

"Mes quatre hectares de cacao sont partis. Mangés par les chenilles !", se lamente Maxime Brou, agriculteur à Ahondo, un village du centre de la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de la fève, où une chenille vorace a détruit plusieurs milliers d'hectares.

La chenille Achaea catocaloides Guenée, de son nom scientifique, est la « nouvelle menace pour la cacaoculture », selon des chercheurs du Centre national de recherche agronomique (CNRA) de Côte d’Ivoire.

En quelques semaines, 20 000 hectares de plantations ont été dévorés par la chenille, dans les villages et campements des départements de Tiassalé, Taabo et Djékanou (sud-est).

« Tout est parti du village de Léléblé », explique à l’AFP Kra Kouamé, directeur départemental de l’agriculture à Taabo où quelque 6 000 hectares de cacao sont touchés, un mois après l’apparition des premiers cas.

Selon un expert, le réchauffement climatique a écarté les prédateurs naturels de la chenille qui s’est multipliée sans frein.

Les chenilles se propagent très rapidement, elles mangent les feuilles, les fleurs et les cherelles (jeunes pousses) de cacao de jour comme de nuit tout en déféquant, produisant un bruit angoissant qui peut perdurer des jours, traduisant la marche inexorable de ces chenilles.

« On connaît cette chenille mais c’est la première fois qu’elle s’en prend ainsi aux cultures », confie Nanan Kouamé Kan Kouamé, le chef de village d’Ahondo, situé à une centaine de kilomètres au nord d’Abidjan, dans le département de Taabo.

Selon Nanga Coulibaly, conseiller au Conseil du café-cacao, l’organe de régulation de la filière, le réchauffement climatique a écarté les prédateurs naturels de la chenille qui s’est multipliée sans frein. La situation est désormais « totalement sous contrôle » après le déploiement d’équipes qui ont répandu des pesticides, promet-il.

« Il n’y a pas de risque de propagation hors de cette zone », mais « il n’y aura pas d’incidence » sur la production de cacao au plan national, a assuré Nanga Coulibaly. Au total, le verger national ivoirien est évalué à 2 millions d’hectares, a-t-il précisé.

De janvier à juin 2016, il y a eu seulement 13 jours de pluie contre 28 jours à la même période en 2015.

Des agriculteurs inconsolables

Le cacao est vital pour l’économie ivoirienne. Ce secteur représente 15 % du PIB, plus de 50 % des recettes d’exportation et surtout, les deux tiers des emplois et des revenus de la population, selon la Banque mondiale.

Les paysans touchés vont subir des baisses de revenus importantes. À Ahondo, les chenilles dévorent toutes les cultures, comme les feuilles des bananiers et des ignames, faisant craindre pour les récoltes vivrières déjà durement touchées par la sécheresse.

Entre 2014 et 2016, la pluviométrie a fortement baissé dans la région, a expliqué un responsable du ministère de l’Agriculture, passant de 1 100 mm de pluies à 900 mm en 2015. De janvier à juin 2016, il y a eu seulement 13 jours de pluie contre 28 jours à la même période en 2015.

« En juin, on a eu seulement quatre jours de pluie puis plus rien, alors nous avons peur qu’il y ait une véritable famine », a confirmé le chef d’Ahondo. Les paysans craignent que les cacaoyers ne refleurissent plus en raison de l’absence de pluie.

À Djahakro, petit campement de Hiré, François Kouakou Konan, 41 ans, est inconsolable. En une semaine il a regardé, impuissant, huit hectares de sa plantation dévorés par les chenilles.

« Comment vais-je faire pour envoyer mes petits frères et mes enfants à l’école ? », s’écrie-t-il les larmes aux yeux.

La mine défaite, les bras levés au ciel, il erre dans sa plantation dévastée, où volent des milliers de papillons à la couleur brun foncé, nés de la mutation des oeufs de chenilles.

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