Justice

France : deuxième nuit de violence dans le Val-d’Oise après la mort d’Adama Traoré

| Par Jeune Afrique avec AFP
Des gendarmes en intervention.

Des gendarmes en intervention. © AFP

Après une journée de mobilisation, de violents incidents ont éclaté pour la deuxième nuit consécutive dans le Val-d’Oise suite à l’annonce de la mort d’Adama Traoré, mardi après-midi, lors de son interpellation par les gendarmes. Les résultats de l’autopsie devraient être rendus jeudi en fin d’après-midi.

Neuf personnes ont été interpellées dans la nuit de mercredi à jeudi, puis placées en garde-à-vue pour des faits « d’attroupements armés, incendies volontaires et jets d’objets incendiaires sur les forces de l’ordre », a déclaré à l’AFP le directeur de cabinet du préfet du Val-d’Oise , Jean-Simon Mérandat, le 21 juillet.

Pas moins de 180 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés la nuit dernière dans les communes voisines de Beaumont-sur-Oise, Persan et Bruyères-sur-Oise pour contenir les violences qui, 36 heures après l’annonce de la mort d’Adama Traoré lors de son interpellation par les gendarmes mardi après-midi, ont impliqué quelque 200 personnes.

Présenté dans un premier temps comme étant un suspect dans une affaire d’extorsion de fonds le jeune homme de 24 ans se serait en fait interposé lors de l’interpellation de son frère, le véritable suspect recherché dans cette affaire, avant d’être lui-même interpellé, indique une source proche de l’enquête, citée par l’AFP.

Situation tendue mais maîtrisée, selon les autorités

La situation a été « tendue de 22h30 à 4h30, mais maîtrisée grâce au robuste dispositif mis en place », a expliqué Jean-Simon Mérandat. Au total, une quinzaine de véhicules ont été incendiés, et 35 feux sur la voix publique ont été recensées ainsi que deux tentatives d’incendie contre la mairie et une école maternelle de Beaumont-sur-Oise, a-t-il indiqué. Interrogé par Le Parisien peu après minuit et demi, le colonel Thomas, patron des gendarmes du Val d’Oise, a souligné qu’il y avait eu moins de débordements que la nuit précédente, jugeant lui aussi la situation tendue mais « sous contrôle ».

Ouverture d’une information judiciaire

Une information judiciaire a été ouverte pour faire la lumière sur les circonstances du décès. L’enquête a été confiée à la section de recherches de Versailles (Yvelines) et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).

Selon le procureur de la République de Pontoise, Yves Jannier, Adama « a fait un malaise pendant le trajet dans le véhicule » vers la gendarmerie. « Immédiatement alertés », les pompiers sont intervenus pour lui porter secours, mais n’ont pas pu le ranimer.

« On va faire procéder à une autopsie pour avoir le maximum d’éléments d’information », a-il poursuivi, évoquant « la possibilité, pour des membres de la famille très proches », de voir le corps du jeune homme avant l’autopsie. Les résultats des analyses médico-légales devraient être connus jeudi en fin de journée.

Le quartier se mobilise

Mercredi après-midi, des jeunes du quartiers qui réfutent la thèse du malaise cardiaque et dénoncent une bavure, se sont rendus à la mairie de Persan où devait être organisé un point presse avec le maire de la commune et Jean-Yves Latournerie, préfet du Val-d’Oise. « On veut voir le corps, qu’on nous explique », disaient-ils. « Il était en pleine santé, c’était un grand sportif, un costaud », assure Sofiane, 30 ans, entouré d’autres jeunes des communes avoisinantes, certains les larmes aux yeux.

Le point presse a finalement été annulées car « les circonstances n’étaient pas réunies pour ce dialogue-là », a estimé plus tard le préfet. « Je comprends la peine des proches », a-t-il ajouté, « ils ont droit à la vérité, il faut laisser le temps à la justice de l’établir ».

Bredouilles, des jeunes qui avaient organisé un sit-in devant la gendarmerie de Persan venaient d’être évacués par les forces de l’ordre. « Pas de justice, pas de paix », scandent ses proches et habitants du quartier, comme on peut le voir sur les vidéos postées par la militante anti-racisme Sihame Assbague, qui live-tweet l’événement.

Témoignages accablants de ses proches

Interrogé par iTélé mercredi, le frère d’Adama livre sa version de l’interpellation : « On était assis au centre-ville moi et mon petite-frère, et ils nous ont interpellé et arrivé à la gendarmerie, il était pour mort. Ils l’ont coursé, ils l’ont frappé, j’ai vu moi. Il était pour mort, il était encore menotté », a-t-il déclaré au micro de la chaîne d’information continue.

Le témoignage de l’une de ses sœurs Hatouma sur BMFTV, est tout aussi accablant. « Ils étaient au centre-ville. Ils lui ont donné des coups pour le rentrer de force dans la voiture. Il a eu une crise. Ils n’ont pas appelé les pompiers, rien du tout. Arrivé là-bas, d’autres personnes étaient en garde-à-vue. Ils nous ont raconté qu’il était par terre menotté et qu’ils lui donnaient des coups sur la tête. C’est injuste », a-t-elle répété. « On était tous énervé. Ils avaient tous une haine », a-t-elle poursuivant, insistant sur le fait que « justice sera faite ».

La chaîne d’information continue s’appuie également sur le témoignage de Hassa Traoré, une autre sœur du défunt, qui relève des incohérences dans la version des faits fournie par les gendarmes. « À 21 heures, on me dit que mon frère a fait une crise à la gendarmerie. Après ma famille se rend à l’hôpital où on lui dit qu’il n’est pas présent. Elle se rend à la gendarmerie. Ils lui disent que mon frère est là et qu’il va très bien. À 23 heures, ils la rappellent pour leur dire que mon frère est mort », raconte-t-elle, persuadée que « c’est une bavure ».

La victime a confié qu’elle n’allait pas bien avant de monter dans le véhicule de la gendarmerie

Selon Me Frédéric Zajac, l’avocat de la famille qui veut se constituer partie civile, cité jeudi par Le Parisien, deux témoignages indiquent que la victime « a confié qu’elle n’allait pas bien », avant de monter dans le véhicule de la gendarmerie. Un autre explique s’être interposé entre les gendarmes et la victime lors du contrôle initial (avant qu’il ne soit interpellé chez un ami, dans le centre-ville, où il avait fui pour se réfugier) assurant que des coups ont été portés, affirme toujours l’avocat au quotidien. Enfin, d’autres font état d’un jeune homme allongé dans la gendarmerie, encore menotté, poursuit Me Frédéric Zajac.

« J’attends les éléments objectifs. Mais un jeune de 24 ans qui décède dans une voiture, il y a des questions qui se posent. Il faut qu’on nous explique. », a-t-il souligné.

 

 

 

 

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