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Côte d’Ivoire : le journaliste Guy-André Kieffer exécuté sur ordre de Simone Gbagbo, affirme un témoin

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Mis à jour le 20 juillet 2016 à 19:40

Simone Gbagbo, le 15 janvier 2011. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, porté disparu en 2004 à Abidjan, a été exécuté, son corps incinéré sur ordre de l’ex-première dame ivoirienne Simone Gbagbo, a déclaré un ancien chef de milice mercredi 20 juillet devant la justice .

Moïse Metchro Harolde Metch, dit commandant Hôtel ou Colonel H, chef du Groupement des patriotes pour la paix (GPP), une des nombreuses milices qui sévissaient en Côte d’Ivoire sous l’ex-président Laurent Gbagbo de 2000 à 2011, s’exprimait ce mercredi à Abidjan lors du procès pour « crimes contre l’humanité » de Simone Gbagbo.

« Kieffer a été exécuté par le commandant Anselme Séka Yapo, dit Séka Séka, sous les ordres de Simone Gbagbo, dont il était le chef de la sécurité rapprochée », a affirmé à la barre l’ex-chef de milice. « Son corps a été incinéré pour ne pas laisser de traces », a-t-il poursuivi, soulignant qu’il rapportait une conversation d’un de ses chefs. « Vous avez rapporté des faits qu’aurait déclaré quelqu’un d’autre, est-cela ? », lui a alors demandé un des avocats de Mme Gbagbo, Me Ange Rodrigue Dadje. « Oui », a répondu le témoin, précisant toutefois n’avoir pas eu la confirmation de la participation directe de son informateur à l’opération.

« Je ne connaissais pas Kieffer »

Le journaliste indépendant Guy-André Kieffer a disparu le 16 avril 2004 sur un parking de la capitale économique ivoirienne alors qu’il avait rendez-vous avec Michel Legré, beau-frère de Simone Gbagbo. Guy-André Kieffer enquêtait sur des malversations financières, notamment dans la filière cacao, dont le pays est le premier producteur mondial.

Pour les 10 ans du décès de Guy André Kieffer ( journaliste de rfi) décédé en Côte d’Ivoire, RSF a lancé une campagne d’affichage à Abidjan (16 avril 2014)

Pour les 10 ans du décès de Guy André Kieffer ( journaliste de rfi) décédé en Côte d’Ivoire, RSF a lancé une campagne d’affichage à Abidjan (16 avril 2014) © Emilie Régnier

Le 21 juin, Mme Gbagbo avait demandé que progresse l’enquête sur la disparition du journaliste. « On m’accuse, on me salit (…) Que l’enquête concernant cette affaire aille à son terme ! », avait lancé Mme Gbagbo, qui a déjà été entendue par la justice française dans cette affaire. « Il faut qu’on sache qui était Kieffer, je suis intéressée de le savoir, je ne le connais pas et n’avais jamais entendu parler de lui », avait-elle dit.

« Il est un menteur »

Mardi, l’ex-chef de milice Moïse Metchro Harolde Metch avait déclaré avoir participé à l’enlèvement de Yves Lambelin, ex-patron français du grand groupe privé Sifca qui avait été tué à la fin de la crise post-électorale en 2011. La défense de Mme Gbagbo met en doute sa version. « Avez-vous été entendu par le juge dans cette affaire »? », lui a demandé mercredi l’avocat. « Oui », a répondu le témoin. « Monsieur le président (de la Cour), le témoin ici présent n’a jamais été entendu dans la procédure de Yves Lambelin, il n’a pas été inculpé, a alors répliqué l’avocat. Nous voulons vous démontrer que ce témoin donne des informations erronées, il est un menteur. »

La cour d’assises d’Abidjan juge depuis le 31 mai l’ex-Première dame, 67 ans, pour crimes contre l’humanité, crimes contre les prisonniers de guerre et crimes contre les populations civiles, commis lors de la crise post-électorale de 2010-2011, qui a fait plus de 3000 morts en cinq mois. Cette crise avait été provoquée par le refus de M. Gbagbo de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara à la présidentielle de novembre 2010.

Mme Gbagbo comparaît alors qu’elle purge déjà une première peine de 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, prononcée l’an dernier.