Environnement

Medcop Climat 2016 : Tanger, capitale de la lutte contre le changement climatique en Méditerranée

L'ex ministre de l'Environnement marocaine, Hakima El Haité, a été définitivement banni du service de l’État. Ici à la Cop22 à Marrakech. © Kerry Constabile/AP/SIPA

Pendant deux jours, la ville du Détroit a abrité la conférence préparatoire à la Cop22 qui se tiendra en novembre à Marrakech. Ordre du jour : mettre la Mare nostrum au centre des enjeux climatiques.

Plus de 2000 participants, issus d’une vingtaine de pays, une pléiade de ministres et de présidents d’exécutifs locaux : la ville de Tanger, symbole de la communauté de destin entre les deux rives de la Mare nostrum, est devenue, deux jours durant, la capitale de la Méditerranée. La Cité du Détroit a accueilli, les 17 et 18 juillet, la deuxième édition de la MedCop Climat. Un grand forum qui fait suite à celui organisé l’an passé à la même époque à Marseille, en prélude à la Cop 21, la Conférence internationale des Nations unies sur les changements climatiques.

Prélude à Marrakech

C’est tout sauf un hasard : Marrakech a repris le flambeau de Paris et abritera, en novembre 2016, la Cop 22. Le Maroc espère accueillir pour l’occasion plus d’une centaine de chefs d’État et de gouvernement. « Ce sera l’instant de vérité pour la diplomatie climatique, note sobrement Hakima El Haïté, la ministre marocaine déléguée à l’environnement, car il faudra passer des paroles aux actes, traduire concrètement les principes de la déclaration de Paris… »

Dimension régionale

L’événement de Tanger est forcément plus modeste – en tous cas dans son format – même s’il a été honoré par la présence, lors de la cérémonie d’ouverture, du Prince Moulay Rachid, le frère cadet du souverain Mohammed VI. La MedCop est l’affaire des régions et des collectivités locales, fortement représentées, et secondées par la société civile et les entreprises engagées dans le développement durable et la transition énergétique.

« L’intérêt de cet événement, c’est qu’il permet de faire ressortir la dimension régionale de la lutte contre les effets du changement climatique », s’enthousiasme Fathallah Sijilmassi, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UPM), partenaire de la Medcop. « La définition d’un agenda commun méditerranéen représentait une étape indispensable, qui est maintenant accomplie, mais elle n’allait pas de soi », poursuit le diplomate marocain, qui souligne qu’entre l’épuisement accéléré de ses ressources halieutiques, le stress hydrique et l’élévation de la température moyenne, qui pourrait atteindre 3,5 degrés à la fin du siècle, contre 2 degrés à l’échelle du globe, la Méditerranée est l’un des espaces de la planète les plus affectées par le dérèglement du climat. Le principe de la tenue annuelle d’une conférence climat méditerranéenne a été acté.

Les grands absents

Cette Medcop est un peu « le bébé » d’Ilyas El Omari, président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, qui est aussi le nouvel homme fort du Parti authenticité et modernité (PAM, opposition). Proche du palais mais opposant farouche aux islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD, qui dirige le gouvernement), El Omari n’a pas lésiné sur les moyens pour faire de cet événement une réussite.

« Politiquement, l’opération est plutôt habile, car d’une part, il marginalise le gouvernement, et d’autre part, il préempte les thématiques environnementales, qui vont compter à l’avenir, dans le sillage de la Cop 22 », note un journaliste bon connaisseur des arcanes du Makhzen.

Il n’y avait d’ailleurs personne pour lui voler la vedette : les soubresauts internationaux ont entraîné une cascade d’annulations. Un temps pressenti, le président français, François Hollande, n’a pu faire le déplacement, deuil national de trois jours après le terrible attentat de Nice oblige. Ségolène Royal, sa ministre de l’Écologie – et ex-compagne – non plus, pour les mêmes raisons. Salaheddine Mezouar, le chef de la diplomatie marocaine et président de la Cop 22, a lui aussi dû s’excuser pour se rendre à Kigali, au sommet de l’Union africaine (UA). Il est allé négocier les modalités du retour du royaume chérifien dans les instances panafricaines, après une brouille commencée en 1984.

Ces absences, conjuguées aux inquiétudes engendrées par les convulsions turques, ont contribué à ôter un peu de relief aux débats tangérois.

Mariage royal saoudien

Une logistique parfois défaillante, et surtout les conditions d’hébergement – en particulier celles des journalistes « déportés » au cœur de la zone industrielle, à une bonne trentaine de kilomètre du front de mer, lieu de la conférence – ont nourri les conversations et jeté une ombre sur la Medcop.

En vérité, les organisateurs n’y pouvaient pas grand-chose. Salmane, le roi d’Arabie saoudite, qui possède deux somptueuses résidences à Tanger, avait jeté son dévolu sur la ville du Détroit pour célébrer le mariage d’un de ses fils au même moment, provoquant une raréfaction considérable des chambres d’hôtels…

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte