Culture

France : escarpins sur tapis de prière, une oeuvre censurée puis réexposée

L’installation de l’artiste Zoulikah Bouabdellah, d’abord retirée à la demande de son auteur d’une exposition en banlieue parisienne après qu’une association musulmane avait mis en garde sur un risque d' »incidents », sera finalement exposée.

Par - Tiphaine Le Liboux
Mis à jour le 28 janvier 2015 à 17:39

Silence de Zoulikha Bouabdellah © Galerie Anne de Villepoix/Paris

Mise à jour le 28 janvier à 18h20

Baptisée "Silence" cette installation composée de tapis de prière sur lesquels sont posés des escarpins dorés sera finalement présentée en France.

Selon les informations du journal Libération, la situation s’est débloquée mardi en fin d’après-midi. "Nous avons poussé le maire à prendre des mesures de sécurité et de communication pour que la pièce soit réinstallée", assure Stéphane Magnan l’un des commissaires de l’exposition. 

L’oeuvre de l’artiste franco-algérienne Zoulikha Bouabdellah avait dans un premier temps été retirée de l’exposition Femina, où la réappropriation des modèles qui se tient depuis ce week-end à Clichy-la-Garenne, une ville du département des Hauts-de-Seine en banlieue parisienne.

Le retrait avait été décidé d’un commun accord entre l’artiste et les commissaires d’exposition.

Ces derniers expliquant avoir été informés par la municipalité de mises en garde de la fédération des associations musulmanes de Clichy (Fedam) sur "d’éventuels incidents irresponsables" et non maîtrisables, pouvant survenir suite à l’exposition.

La Fedam n’a pas donné suite aux sollicitation de Jeune Afrique.

Zoulikha Bouabdellah : "mon intention n’était ni de choquer, ni de provoquer"

Dans une lettre destinée au public, Zoulikha Bouabdellah s’était dit surprise de "l’incompréhension" suscitée par "Silence", qu’elle met "sur le compte de l’émotion liée" aux récents attentats en France. 

"Je m’interroge sur les raisons qui poussent une certaine frange de Français de confession musulmane à voir dans cette installation une œuvre blasphématoire", dit-elle en précisant que son œuvre, créée 2008, a déjà été exposé à Paris, Berlin, New York ou Madrid sans suciter de polémique.

Elle ajoute que son intention n’était "ni de choquer, ni de provoquer", mais d’instaurer  "un dialogue" autour des " liens entre les espaces profane et sacré" et sur "la place de la femme au seuil de ces deux mondes".

>> Lire aussi : le portrait de Zoulikha Bouabdellah

D’autres artistes s’alarment d’un risque "d’inhibition"

Depuis l’annonce du retrait de "Silence", un certain nombre d’artistes qui participent également à l’exposition ont manifesté leur désaccord et demandé le retrait de leur oeuvre.

La plasticienne française Orlan a ainsi publié sur Facebook une lettre ouverte dans laquelle elle s’alarme du "risque que nous passions consciemment ou inconsciemment de l’auto-censure à l’empêchement, de l’empêchement à l’inhibition que produisent la menace et la peur."

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Le retour de "Silence" devrait s’accompagner d’un dispositif de sécurité, ainsi que de prises de parole sous forme de dialogues avec les citoyens.