Vie des partis

Nina Wallet Intalou : « C’est au gouvernement malien de redoubler d’efforts »

Nina Wallet Intalou est la nouvelle ministre de l'Artisanat et du Tourisme au Mali. © DR

Nina Wallet Intalou, la nouvelle ministre malienne de l’Artisanat et du Tourisme, est l'une des cadres du MNLA. Sa nomination a suscité beaucoup de réactions à Bamako. Interview.

À 53 ans, Nina Wallet Intalou est la première femme cadre du MNLA à faire son entrée dans un gouvernement malien. Vice-présidente de la Commission vérité, justice et réconciliation, toujours présidente des femmes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et élue en 1999 à la mairie de Kidal, elle est considérée comme « trop indépendantiste » pour les uns, « trop individualiste » pour les autres. Sa nomination à la tête du ministère de l’Artisanat et du Tourisme, le 7 juillet, est en tout cas la grande surprise du troisième gouvernement Modibo Keïta. Jointe par téléphone elle a accepté de répondre aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Comment s’est passé mercredi votre premier conseil des ministres ?

Nina Wallet Intalou : Très bien, c’était un peu stressant, la journée a été longue mais tout s’est très bien passé. Je suis très fière, ma nomination n’était pas du tout préméditée, on m’a appelé la veille pour me proposer ce poste. J’ai accepté rapidement car je me suis dit que je pourrais être plus utile pour la paix et ma région en étant au gouvernement qu’en restant à la Commission vérité, justice et réconciliation où je n’étais pas très à l’aise.

Vous êtes pourtant la cible d’une virulente campagne médiatique hostile à votre égard ?

Je laisse chacun à son jugement. Vous savez, durant mon enfance heureuse à Kidal, mes parents m’ont transmis les valeurs de respect et de courage, tout en m’invitant à ne jamais me laisser piétiner. Être touareg, c’est être fier sans être vaniteux et c’est surtout ne pas envier les autres. Moi, je reste moi-même, et pour ma part, seuls les résultats comptent.

Certains du côté de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) vous ont reproché d’avoir pris votre décision sans consulter personne…

Beaucoup de gens de la CMA n’étaient pas prêts à rentrer dans le gouvernement. Il y avait des propositions depuis longtemps mais notre secrétaire général Bilal Ag Acherif n’a jamais donné de listes. Certains préfèrent attendre que les autorités intérimaires soient mises en place. C’est leur droit. Moi, je vois les choses différemment, je suis une pragmatique. Mais contrairement à ce qu’on a dit, j’ai prévenu certains amis.

Je suis malienne et en étant au gouvernement, je vais pouvoir d’avantage œuvrer pour la paix

D’autres disent que ce ministère ne sert à rien…

Ce n’est pas une coquille vide. Je suis malienne et en étant au gouvernement, je vais pouvoir d’avantage œuvrer pour la paix. Ce ministère est très important car il est vecteur d’emplois et de création de richesses. C’est le meilleur rempart au fanatisme. Je pense que toute la population malienne dans son ensemble peut profiter de mon action. Je m’efforcerai d’œuvrer pour tout le monde, pas seulement pour le Nord.

Considérez-vous aujourd’hui que l’application de l’accord de paix a pris du retard ?

Un accord de paix, c’est toujours long à mettre en pratique. Et je veux apporter à mon niveau ma pierre à l’édifice pour consolider la paix. C’est mon devoir de tout faire pour la reconstruction du Nord. Cet accord est un grand pas vers la décentralisation effective. Et tous ensemble, unis dans la diversité, nous viendrons à bout d’Aqmi et de tous les fanatiques.

Vous avez bien connu Iyad Ag Ghali avec qui vous avez pris vos distances. Faites-vous partie de ceux qui considèrent qu’il faut impérativement rediscuter avec lui pour affaiblir définitivement le camp du terrorisme ?

Je préfère ne pas répondre… En 1990, il était le chef de la rébellion touarègue, puis après il a suivi les islamistes. Les acteurs, les circonstances ont changé.

Enfin, quel sentiment avez-vous vis-à-vis du mécontentement grandissant des habitants de Gao ou Kidal ?

Nous condamnons tous la mort de civils le 12 juillet lors des échauffourées avec les forces de l’ordre. C’est un sentiment de consternation qui m’envahit. Maintenant, il faut être plus pédagogique, face à l’impatience, l’incompréhension qui gagne les populations du nord. Peut-être que l’accord n’a pas été bien expliqué. C’est à nous, au gouvernement, de redoubler d’efforts.

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