Diplomatie

Rapprochement Union africaine-Maroc : Mezouar et Fassi-Fihri à Kigali, sans le roi

Le Roi du Maroc, Mohammed VI, lors de sa tournée dans le Golfe en avril 2016.

Le Roi du Maroc, Mohammed VI, lors de sa tournée dans le Golfe en avril 2016. © Abdeljalil Bounhar / AP / SIPA

Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine (UA) se confirme, mais Mohammed VI ne se rendra pas dans la capitale rwandaise où doit s’ouvrir demain le sommet des chefs d’État.

Depuis plusieurs jours, les couloirs du Convention center de Kigali, où sont réunis les chefs d’État pour le 27e sommet de l’UA, bruissent d’une éventuelle venue du roi du Maroc, Mohammed VI. Selon une source officielle présente dans la capitale rwandaise, « il ne viendra pas ».

En revanche, le conseiller diplomatique du roi, Taïeb Fassi-Fihri, et le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Salaheddine Mezouar, sont arrivés à Kigali vendredi soir, accompagnés d’une délégation comprenant notamment l’ambassadeur du Maroc à Nairobi, Abdelilah Benryane. Toujours selon nos informations, Salaheddine Mezouar devrait participer à une ou plusieurs réunions de l’UA.

Cette forte présence marocaine n’est certes pas exceptionnelle, mais le niveau des personnalités, toutes installées à l’hôtel Mariott, l’est davantage.

Un retour au sein de l’institution, bientôt…

Ceci donne corps à l’autre rumeur persistante de ce sommet : le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, après trente-deux années d’absence, même si rien ne permet aujourd’hui de dire s’il se fera à Kigali.

« Le retour du Maroc aura lieu bientôt », nous a confié une source proche du Palais, ajoutant que le sommet sera « le point de départ » de la procédure de retour du royaume depuis son retrait en 1984 en protestation contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

« Plusieurs présidents africains ont demandé au Maroc de revenir, explique une autre source officielle de haut niveau, présente à Kigali. C’est également le souhait de notre pays qui est impliqué dans la marche du continent et participe à des opérations de maintien de la paix. Nous serons pragmatiques, mais certaines de nos conditions doivent quand même être respectées. »

La grande question est de savoir si le Maroc acceptera de siéger auprès de la RASD dont il a toujours nié l’existence. Élu le 9 juillet pour succéder au leader historique de l’entité soutenue par Alger récemment décédé, le nouveau président, Brahim Ghali, est arrivé aujourd’hui au sommet de Kigali.

La politique de la chaise vide

Cette situation est le résultat d’intenses tractations diplomatiques. Salaheddine Mezouar a visité récemment huit capitales africaines, porteur de messages royaux et d’invitations à se rendre à Rabat. Après le Sénégal et la Côte d’Ivoire, où il a été reçu par les présidents Macky Sall et Alassane Ouattara, il s’est rendu au Cameroun porteur d’un message royal au président Paul Biya et ensuite en Éthiopie, en Égypte, au Soudan et en Tunisie.

Les 20 et 21 juin, le roi du Maroc avait reçu le président rwandais, Paul Kagame, à Rabat, une première dans l’histoire des deux pays. Le 6 juillet, les deux plus hauts responsables des services de renseignement marocains, Abdellatif Hammouchi et Yassine Mansouri, s’étaient déplacés à Kigali.

Retrouver sa place de puissance continentale

Après avoir initié une vaste politique de rapprochement avec les pays africains, afin de permettre son expansion économique et consolider ses amitiés sur le dossier du Sahara, le Maroc veut revenir au sein de l’instance panafricaine pour mieux défendre ses intérêts.

Il profite de l’affaiblissement des soutiens de la RASD au sein du continent et des précieux services qu’il commence à rendre à ses amis africains dans le domaine de la lutte conte le terrorisme et de la formation de leur personnel religieux. Le 9 juillet, à l’issue d’une réunion avec le ministre délégué aux Affaires étrangères, Nasser Bourita, à Rabat, le chef de la diplomatie zambienne, Harry Kalaba, a annoncé que son pays a retiré son soutien à l’entité sahraouie.

Rabat pourrait également être rassuré par le départ de la présidente de la Commission de l’UA, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, qui a toujours soutenu le point de vue d’Alger sur le Sahara. 

« La politique de la chaise vide n’a pas rendu service au Royaume. Nos amis africains nous disaient souvent qu’ils ne pouvaient pas, en notre absence, faire face aux points de vue du Polisario dans les réunions de l’UA », confie une source marocaine.

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