Tourisme

Cinq mesures pour dynamiser le tourisme en Afrique de l’Ouest

Par

PDG du groupe Azalaï Hotels

Vue de l'Azalaï Hôtel Indépendance, à Ouagadougou, le 17 février 2011. © Renaud Van Der Meeren pour les Éditions du Jaguar

Le tourisme constitue une opportunité pour la valorisation des ressources culturelles et naturelles d’un pays tout en dynamisant les activités économiques annexes (BTP, transports, services, agro-industrie et artisanat…).

Conscients de ces enjeux, les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont adopté en 2010 une Politique commune du tourisme (PCT) et un Programme régional de développement du tourisme (PRDTOUR).

Ce programme vise un objectif de 8,5 millions de visiteurs par an dans la région d’ici 2020, pour 4 070 milliards de F CFA (6,2 milliards d’euros) par an de recettes touristiques, contre 2 millions de visiteurs et 580 milliards de F CFA en 2014, selon le rapport Africa Monitor Tourism 2015 de la Banque africaine de développement (BAD).

De nombreuses difficultés plombent néanmoins le secteur touristique dans la région.

La concentration des parcs hôteliers dans les zones urbaines qui limite le tourisme d’intérieur et de loisirs.

Les principaux obstacles au développement du tourisme en Afrique de l’Ouest

Le manque de visibilité sur les principaux marchés, la carence des réseaux routiers et ferroviaires, l’insuffisance et à la cherté des dessertes aériennes, ainsi que l’absence d’un cadre institutionnel et administratif incitatif constituent les principaux obstacles en Afrique de l’Ouest.


Ce texte est adapté d’une tribune de Mossadeck Bally publiée par Secteur Privé & développement, le blog de Proparco, filiale de l’Agence française de développement. Il est repris ici avec l’autorisation expresse de SP&D. Retrouvez sur le site de SP&D la version complète de ce témoignage et de nombreuses contributions d’acteurs du secteur privé sur leurs réponses aux problématiques des pays en développement.


Malgré les directives de l’UEMOA (à l’exception notable du Mali), le secteur hôtelier, voire touristique, n’est pas, dans les faits, un secteur prioritaire d’investissement et ne bénéficie pas de mesures incitatives à l’investissement (facilités douanières et fiscales etc.) qui soient compétitives, contrairement aux industries extractives et manufacturières, pourtant peu créatrices de valeur ajoutée locale.

En outre, les risques liés à l’insécurité ternissent l’image des destinations et limitent les flux touristiques.

D’autres problématiques compliquent la donne : la concentration des parcs hôteliers dans les zones urbaines qui limite le tourisme d’intérieur ou de loisirs ; ainsi que le faible niveau des formations de personnel en hôtellerie dans l’espace Uemoa qui influe sur la qualité des prestations proposées.

Le développement des filières d’hébergement informel et le non-respect des normes de construction réduisent le taux d’occupation des hôtels et induisent un manque à gagner fiscal.

Deux autres facteurs achèvent de compléter ce tableau.

D’une part, les taxes appliquées dans les États membres de l’Uemoa et les coûts élevés de certains services de base (eau, électricité, télécommunications) alourdissent le coût de fonctionnement qui se répercute sur les coûts de séjour des touristes, ce qui limite la compétitivité et l’attractivité des infrastructures hôtelières et touristiques de la zone.

D’autre part, les hôtels africains sont quasi absents des plates-formes électroniques de gestion des réservations (GDS) et l’instabilité des débits de l’internet rend difficiles les paiements en ligne.

Cinq mesures phares pour dynamiser le secteur

Pour rendre plus fluide le secteur touristique et hôtelier, il est important de créer un marché régional permettant d’exploiter tout le potentiel touristique des États de la zone.

Cinq mesures fortes permettraient d’assurer le développement de l’activité touristique et hôtelière en Afrique de l’Ouest :

  • Le développement de l’offre touristique communautaire : aménagement des sites touristiques et renforcement des infrastructures de base comme les aéroports, les routes, les hôtels ou encore l’offre de restauration ;
  • L’amélioration de la visibilité et de la compétitivité des destinations touristiques de l’Uemoa par la promotion du tourisme international et intracommunautaire ;
  • La mise en œuvre de mesures incitatives à l’investissement dans le secteur ou l’amélioration des mesures existantes. Le Mali a, par exemple, adopté un plan stratégique de développement du secteur touristique qui a renforcé le Code des investissements et vise la mobilisation de l’épargne nationale et l’attrait de capitaux étrangers, la création d’emplois tout en formant une main d’œuvre qualifiée, la promotion d’un tissu économique performant et complémentaire ;
  • La construction d’infrastructures routières et ferroviaires (voire aéroportuaires) pour désenclaver les zones touristiques et faciliter leur accès aux touristes nationaux et étrangers ;
  • Le renforcement des capacités des acteurs du secteur touristique tels que les administrations nationales du tourisme et les cadres de concertation et de perfectionnement des acteurs, la mise en place d’un système régional d’information sur le tourisme.

La rigueur de la gestion et le respect des engagements sont primordiales pour gagner la confiance des bailleurs de fonds tels que la SFI ou Proparco. C’est ainsi que le groupe Azalaï Hotels a notamment acquis une certaine facilité à lever des crédits.

Il faut tenir compte des impacts environnementaux et sociaux générés par l’industrie touristique.

Un mécanisme spécialisé de financement du tourisme et de l’hôtellerie s’impose de façon urgente pour accompagner l’accroissement de la capacité hôtelière. Une telle structure peut passer par la création d’un fonds d’investissements touristiques pour accorder des crédits à long terme aux acteurs du secteur.

En la matière, le Maroc, la Tunisie et Maurice sont des pionniers dont les réussites peuvent largement inspirer les pays d’Afrique de l’Ouest. Ces efforts d’assainissement et d’amélioration de l’environnement des affaires doivent être poursuivis par les États pour ne pas rester vains.

Impacts environnementaux et sociaux

Il est crucial, aussi, de tenir compte des impacts environnementaux et sociaux générés par l’industrie touristique et d’identifier ces problèmes lors de la définition et de la mise en œuvre des politiques sectorielles afin d’édicter des règles claires et objectives en matière de protection de l’environnement, de la jeunesse et des valeurs sociétales et humaines.

En étendant les pratiques respectueuses de l’environnement, le tourisme pourra se prévaloir d’une certaine responsabilité sociale et environnementale, qui est un atout à part entière et qui peut aussi attirer des financeurs ainsi qu’une clientèle à la recherche de produits nouveaux tout en réduisant leur empreinte écologique.

Face aux nouveaux défis sécuritaires de l’Afrique de l’Ouest, seule une réponse positive permettra d’endiguer cette menace.

Une réponse aux risques sécuritaires

Cette tribune ne serait pas complète aujourd’hui si elle faisait l’économie des derniers événements tragiques qui ont secoué la région. Malheureusement, les bilans meurtriers des attaques terroristes ont encore une fois démontré que personne, quelle que soit sa nationalité, n’était épargnée par ce fléau.

Aussi, l’ouverture prochaine d’un hôtel du groupe Azalaï en Côte d’Ivoire sera d’autant plus symbolique que les récents attentats commis au Mali et en Côte d’Ivoire ont mis à mal le secteur touristique.

Face à ces nouveaux défis sécuritaires qui touchent l’Afrique de l’Ouest, seule une réponse positive permettra d’endiguer cette menace, qui plonge notamment ces racines dans les conditions économiques difficiles de ces régions, mais aussi dans le manque d’ouverture et d’échange à l’autre tant par méconnaissance que par les barrières érigées.

Nous sommes intimement convaincus que notre activité contribue, même modestement, à lutter contre ce fléau et à abattre les murs d’incompréhension afin de nous (re)découvrir et de nous rassembler.

Car, quel autre secteur représente à la fois l’ouverture vers l’autre, la stabilité et la paix, si ce n’est le secteur touristique et hôtelier, haut lieu d’échanges et de rencontres ?

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