Politique

Soudan du Sud : l’ONU craint une reprise des combats

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Mis à jour le 13 juillet 2016 à 18:45

Photo fournie par l’ONU d’habitants ayant trouvé refuge dans un camp de l’ONU à Juba. © afp.com – BEATRICE MATEGWA

Les armes étaient visibles mais silencieuses mercredi dans la capitale sud-soudanaise où un cessez-le-feu a été décrété lundi soir, après quatre jours de combats. Les ressortissants étrangers commencent à être évacués. Alors que l’ONU de dit très inquiète d’une possible reprise des combats, le président Salva Kiir a décrété l’amnistie pour les ex-rebelles qui ont pris les armes contre le gouvernement d’union.

Aucun tir n’a été entendu dans la nuit ou dans la matinée, aucun hélicoptère de combat n’a décollé, et les rues retrouvaient petit à petit une activité normale, a rapporté le correspondant de l’AFP. La situation était toutefois différente dans le quartier de Jebel, situé à l’ouest de Juba, où les combats ont été parmi les plus violents de vendredi à lundi soir entre forces loyalistes fidèles au président Salva Kiir et ex-rebelles aux ordres du vice-président Riek Machar, la population apeurée n’osant pas s’aventurer dans les rues.

Interrogé par l’AFP, un habitant de Djouba souhaitant conserver l’anonymat a évoqué une forte présence militaire dans la capitale, avec de nombreuses patrouilles des forces loyalistes. « Ils patrouillent par groupes de cinq ou dix », dans des pick-ups équipés de mitrailleuses, dans des voitures, à vélo ou à pied, a affirmé la même source. « Mais ils n’embêtent personne, ils s’occupent de leurs affaires. »

Aucun bilan des quatre jours de combats n’est pour l’instant disponible, mais la plupart des acteurs s’accordent à dire que « des centaines » de personnes, militaires et civils, ont été tuées dans ce déferlement de violence.

Les étrangers évacués

A l’aéroport, des avions ont décollé, mais les vols commerciaux restent suspendus. les étrangers présents sur place sont en train d’être évacués par l’armée de l’air allemande, a annoncé, mercredi 13 juillet, le ministère allemand des Affaires étrangères. « La cellule de crise a décidé d’évacuer les ressortissants allemands, de l’Union européenne et des autres États dans le monde ; cette évacuation est en cours et se déroule par la voie des airs avec les avions de la Luftwaffe », l’armée de l’air allemande, a indiqué une porte-parole du ministère.

Au moins 36 000 habitants apeurés ont dû fuir leurs foyers à la hâte, selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) et se sont réfugiés dans les installations de l’ONU, les églises et les écoles de la capitale.

« Nous avons reçu des information de la part de notre personnel sur le terrain, faisant état d’attaques ciblées à connotation ethnique contre les populations » a déclaré à JA Adama Dieng, Conseiller Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la prévention du génocide. « Les milices Dinka et les forces gouvernementales auraient attaqué des civils Nuer qui tentaient de se réfugier dans l’enceinte de la Mission des Nations Unies », a-t-il précisé, ajoutant que « si la  situation politique et sécuritaire continue de se détériorer, les populations civiles seront les premières victimes. Il est urgent de mettre un terme à leurs souffrances. »

« Ne tuez pas les pauvres gens »

La ville doit également surmonter à présent un approvisionnement en eau défaillant ces derniers jours. Djouba, qui abrite plus d’1,5 million d’habitants, compte peu de puits et l’acheminement de l’eau se fait par camions citernes, immobilisés par les affrontements depuis vendredi. « Sans nourriture et sans eau, où pouvons-nous aller ? », s’est lamentée mardi 12 juillet Jaen Nyoka, une habitante réfugiée dans une église, où la Croix-Rouge procédait à une distribution de nourriture.

« Riek Machar, Salva (Kiir), aidez les Sud-Soudanais, nous les enfants n’avons de problème avec personne, alors si vous voulez tuer, ne tuez pas les pauvres gens n’ayant rien à voir avec la politique », a lancé, en pleurs, Stephen Saba, un jeune garçon disant avoir perdu ses parents et ses frères en raison des combats.

L’ONU « très inquiète » d’une possible reprise des combats

Le patron des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous a estimé mercredi devant le Conseil de sécurité « qu’on ne peut exclure de nouveaux affrontements à Djouba, bien que le cessez-le-feu tienne et qu’il semble que la SPLA (l’armée gouvernement, ndlr) contrôle totalement la capitale sud-soudanaise ».

Le responsable a également signalé une « mobilisation » des forces gouvernementales et rebelles dans la région du Haut Nil, autour de Malakal et Leer, dans le nord du pays. « Nous continuons d’être très inquiets du risque de reprise de la violence et nous redoutons qu’elle ne s’étende à d’autres parties du pays », a-t-il déclaré, soulignant que que « la situation actuelle est changeante et incertaine ».

« L’objectif, a ajouté Hervé Ladous, est de sécuriser Djouba et si possible son aéroport et de parvenir à une démilitarisation. Ces plans doivent être discutés lors du sommet de l’Union Africaine (UA) dimanche à Kigali.

Bilan revu à la hausse

Profitant du calme relatif depuis deux jours à Djouba, « des démineurs de l’ONU ont évalué les dégâts sur les pistes de l’aéroport où le trafic non commercial a repris. Ils n’ont trouvé aucune munition non explosée mais ont constaté qu’un hélicoptère et deux avions de l’ONU avaient été endommagés par des tirs », a-t-il affirmé.

En revanche, le patron des opérations de l’ONU a déploré le fait que « les Casques bleus de la mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) ont pu mener des patrouilles limitées mais [que] leur liberté de mouvement, de même que celle des humanitaires, est toujours entravée par les autorités ».

Par ailleurs, l’ONU a revu à la hausse son bilan provisoire, faisant étant de 42 000 civils déplacés par les combats à Djouba (contre 36 000 auparavant). Parmi eux, 7 000  ont rejoint les camps protégés par la Minuss, a précisé Hervé Ladsous. 

Amnistie accordée aux ex-rebelles

Mercredi après-midi, le président Salva Kiir a décrété une amnistie pour les ex-rebelles fidèles à Riek Machar « qui ont pris les armes contre le gouvernement d’union nationale du 8 au 10 juillet », a-t-il fait savoir par communiqué.