Diplomatie

Têtes-à-têtes, couacs, tensions… Dans les coulisses du sommet de l’UA

Les chef d'État et de gouvernement africains à Addis-Abeba, le 30 janvier 2015.

Les chef d'État et de gouvernement africains à Addis-Abeba, le 30 janvier 2015. © AFP

Parce qu'un sommet de chefs d'État se déroule aussi en coulisses, voici quelques informations glanées dans les couloirs du siège de l'Union africaine et dans les grands hôtels d'Addis-Abeba.

  

Les ministres sahéliens plaisent à Paris

Préoccupés aussi bien par la Libye et le Mali que par Boko Haram, les ministres sahéliens des Affaires étrangères étaient très demandés, à Addis-Abeba. Ce n’est pas un hasard si Hélène Le Gal, la "Madame Afrique" de François Hollande a pris soin de rencontrer en tête-à-tête le Malien Abdoulaye Diop et le Nigérien Mohamed Bazoum. Elle s’est également entretenu avec l’Algérien Ramtame Lamamra. "Il n’y a pas à dire, commentait un diplomate français, citant aussi le ministre tchadien Moussa Faki Mahamat. Ceux-là, ils connaissent leurs dossiers."

La conseillère du président français a par ailleurs profité de sa présence dans la capitale éthiopienne pour déjeuner avec l’Ivoirien Alassane Ouattara, puis pour s’entretenir avec le Gabonais Ali Bongo Ondimba.

>> Lire aussi l’interview de Ramtane Lamamra : "Un accord de paix peut être signé au Mali dans moins de six mois"

Quand des présidents s’arrachent Ban Ki-Moon

On s’est bousculé pour voir le secrétaire général de l’ONU. À tel point qu’on a frôlé le cafouillage diplomatique quand les présidents tunisien, Béji Caïd Essebsi, et kényan, Uhuru Kenyatta, se sont présentés en même temps devant la pièce où Ban Ki-moon recevait, en début d’après-midi, le vendredi 30 janvier. Leurs délégations respectives s’en sont offusquées, chacune assurant avoir la priorité.

Sassou fait des mécontents

Ils sont nombreux ceux qui, apprenant que Denis Sassou Nguesso, le médiateur dans la crise centrafricaine, avait donné son aval à l’ouverture d’un round de négociations parallèles au Kenya, se sont dit très mécontents. "C’est contreproductif, fulmine un diplomate africain en poste dans la sous-région. Cela mine tous les efforts faits jusque-là et jamais l’UA n’avait approuvé la démarche. Il fallait s’en tenir à l’accord de Brazzaville".

Le 27 janvier, le chef de l’État congolais a finalement estimé que l’accord signé au Kenya n’allait pas dans le bon sens et l’a signifié par écrit à son homologue kényan – une missive qu’un de ses conseillers diplomatiques et que Soumeylou Boubeye Maïga, le vice-médiateur de l’UA pour la Centrafrique, ont été chargés d’apporter à son destinataire. Souhaitant évoquer la question avec le président congolais, ses homologues de la sous-région espéraient organiser une réunion de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), le 31 janvier.

Michel Kafando en VIP

Pour son premier sommet de l’Union africaine, le président de transition burkinabè, Michel Kafando, a été très sollicité. Arrivé mercredi soir, parmi les premiers chefs d’État, il a inauguré la nouvelle ambassade du Burkina à Addis-Abeba jeudi matin avant de s’entretenir avec Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la commission de l’UA, dans l’après-midi.

Le lendemain, vendredi, Michel Kafando a vu en tête-à-tête Hélène Le Gal, la conseillère Afrique de François Hollande, et Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies.

Réunion discrète à Alger

C’est à l’initiative de Mongi Hamdi, le nouveau patron de la Minusma, la mission des Nations unies au Mali, que les ministres des Affaires étrangères du Mali et de ses voisins se retrouveront à Alger, le 6 février, juste avant la reprise officielle des pourparlers intermaliens. Tous ont accepté l’invitation. Le but ? Consolider le cessez-le-feu et faire accepter l’avant-projet d’accord de paix par toutes les parties.

Les Kényans tractent pour Kenyatta

La délégation kényane n’en finit plus de savourer "sa" victoire contre la Cour pénale internationale (CPI). Vendredi soir, à l’entrée du diner de gala des chefs d’État et de gouvernement organisé à l’hôtel Sheraton, les invités se sont vu distribuer un petit fascicule intitulé "La poursuite d’Uhuru Kenyatta à la Cour pénale internationale".

Le texte est signé par Steven Kay, l’avocat britannique qui a défendu le président kényan à la CPI – laquelle a renoncé à poursuivre Kenyatta pour son rôle dans les violences postélectorales de 2007, en décembre. Au fil d’une trentaine de pages, il explique pourquoi son client est innocent, comment il a été persécuté par la juridiction internationale, dans des chapitres aux titres savoureux tels que "Les preuves fabriquées contre Kenyatta" ou "L’échec du procureur à vérifier des déclarations contradictoires".

Ça coince toujours entre Kiir et Machar

Derrière les poignées de main et les sourires de façade, les discussions sont extrêmement serrées entre Salva Kiir et Riek Machar, les frères ennemis du Soudan du Sud. Le 29 janvier, à l’hôtel Sheraton d’Addis-Abeba, trois heures de négociations n’ont rien donné, malgré la présence de tous les chefs d’État et de gouvernement de la sous-région – le Soudanais el-Béchir, l’Éthiopien Haile Mariam, le Djiboutien Omar Guelleh, l’Ougandais Museveni et le Kenyan Kenyatta. Un nouveau round de négociations était prévu le 31 janvier.

Un Monsieur "anti-corruption" pris la main dans le sac

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’UA n’a pas apprécié de découvrir que l’un des membres de son organe anti-corruption – originaire d’Afrique de l’Ouest – était fortement soupçonné de détournement de fonds. Alors qu’elle réfléchissait à la manière d’éviter que cela ne se reproduise, en durcissant ses critères de sélection, et procédait à la désignation des nouveaux membres du Conseil consultatif sur la corruption, le 27 janvier, l’UA laissait entendre qu’elle allait demander l’ouverture d’une enquête judiciaire.

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Anne Kappès-Grangé et Benjamin Roger, envoyés spéciaux à Addis-Abeba

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