Société

Black Lives Matter : un Africain-Américain meurt lors de son arrestation, une enquête fédérale est ouverte

La mort d’un Africain-Américain lors d’une altercation avec la police en Louisiane a provoqué mardi une vague d’indignation à travers les États-Unis. Une enquête fédérale a été ouverte et deux policiers ont été suspendus.

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Mis à jour le 7 juillet 2016 à 08:19

Manifestants rassemblés devant le supermarché de la ville de Bâton-Rouge, en Louisiane (sud-est) où est décédé Alton Sterling lors d’une altercation avec la police, le 5 juillet 2016. © Travis Spradling/AP/SIPA

La victime, Alton Sterling, 37 ans, un vendeur ambulant Africain-Américain, a été tuée par balle mardi 5 juillet, à 12h35 heure locale, lors d’une altercation avec la police sur le parking du supermarché Triple S Food Mart où il vendait des CD, indique le communiqué de la police de Bâton-Rouge, capitale de l’État de Louisiane, dans le sud-est des États-Unis, posté le jour-même tard dans la soirée.

D’après le communiqué, les agents de police ont répondu à la plainte d’un individu qui rapporte avoir été menacé avec une arme à feu par un homme noir portant un T-shirt rouge et qui vendait des CD. « Les deux agents font l’objet d’une suspension administrative, conformément à la procédure en vigueur », indique le communiqué, sans donner plus de détails sur « l’altercation ».

« À l’arrivée des policiers, Sterling était armé et l’altercation qui a suivi s’est conclue par la perte de sa vie », a déclaré Carl Dabadie, le chef de la police locale, lors d’une conférence de presse organisée mercredi.

Enquête fédérale

Depuis, les autorités fédérales ont ouvert une enquête. « Le principal organe chargé de l’enquête sera la division des droits civiques du ministère de la Justice, assistée du bureau du procureur de la Louisiane et du FBI », a déclaré mercredi le gouverneur de l’État de Louisiane, John Bel Edwards, lors d’une conférence de presse.

Se disant « profondément préoccupé », le dirigeant a appelé au calme alors que plusieurs métropoles américaines, comme Baltimore ou Ferguson, ont été le théâtre d’émeutes après de tels drames. La Maison Blanche a d’ailleurs proposé son aide, a indiqué Kip Holden, le maire de Bâton-Rouge.

L’enquête fédérale « marque une réponse inhabituellement rapide du ministère américain de la Justice. Normalement une enquête locale se déroule d’abord. Mais désormais tout le monde s’intéresse à ces tirs policiers. Il y a encore cinq ans, cela n’attirait l’attention de personne », a commenté à l’AFP Phil Stinson, un expert en droit pénal.

Nous poursuivrons jusqu’à ce que justice soit faite

Connu sous le surnom de « CD man », Alton Sterling était père de cinq enfants. Lors d’une conférence de presse, empreinte d’émotions, ses proches ont affiché leur unité et exigé des comptes.

L’un de ses enfants, Cameron, 15 ans, a éclaté en sanglots tandis que sa mère, Quinyetta McMillon parlait au micro. »Nous poursuivrons jusqu’à ce que justice soit faite », a-t-elle lancé. « J’appelle quiconque avec assez de courage dans cette ville à aller arrêter ces deux agents. Si le système est le même pour tous, il doit l’être aussi pour eux ».

Vidéo choc

Mardi après-midi une vidéo de la scène tournée par un passant avec son téléphone portable depuis l’intérieur d’une voiture circulait sur les réseaux sociaux. On y voit un homme à terre, maîtrisé par deux policiers, une arme braquée sur sa tempe avant que n’éclatent plusieurs coups de feu.

https://www.youtube.com/watch?v=CaAik-EvI3o

Selon l’AFP, sur une seconde vidéo apparue plus tard, filmée sous un autre angle, Alton Sterling est vu saignant abondamment du thorax, un des deux policiers retirant de la poche de son short ce qui pourrait être une arme.

D’après le site du média local The Advocate, quelque deux-cent personnes se sont rassemblées mardi en fin d’après-midi, sur le parking du supermarché où a eu lieu le drame. Sur les pancartes brandies par les manifestants, on pouvait lire « Black Lives Matter » (« La vie des Noirs compte »), du nom du mouvement citoyen né aux États-Unis après les événements de Ferguson, et entendre parmi les slogans, « hands up, don’t shoot » (« Mains en l’air, ne tirez-pas! ») ou encore « No justice, no peace » (« pas de justice, pas de paix »).

« Trop c’est trop », a tweeté Black Lives Matter.

Dans un communiqué, Cédric Richmond, représentant au Congrès de la Louisiane, s’est dit profondément troublé, ému et en colère suite à la diffusion de cette vidéo. Tout en présentant ses condoléances à la famille du défunt, le député démocrate a appelé ses concitoyens à se joindre à lui « pour exprimer [leur] colère avec dignité » et faire preuve de « persévérance ». « Sa famille et les citoyens de Bâton-Rouge méritent des réponses et nous les aurons », a-t-il lancé.

Le précédent Freddie Gray

Le 23 juin dernier, l’un des policiers poursuivis pour l’homicide de Freddie Gray, un jeune noir de 25 ans décédé lors se son arrestation par la police de Baltimore, a été acquitté. C’est le deuxième officier de police à bénéficier d’une telle décision depuis que la justice s’est saisie de l’affaire. Sa mort il y a plus d’un an avait déclenché de violentes émeutes cette ville du Maryland, dans l’est des États-Unis.