Politique

20 ans après sa création, où en est la Communauté des pays de langue portugaise ?

Les drapeaux des pays membres de la CPLP en 2004 à São Tomé. © ARMANDO FRANCA/AP/SIPA

Le 17 juillet 1996, la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) voyait le jour à Lisbonne. Bien moins puissante que l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la CPLP détient tout de même une certaine influence en Afrique, qui abrite la majorité de ses membres. Quatre questions pour comprendre l'évolution de la lusophonie africaine.

Qui fait partie de la CPLP ?

Représentée sur quatre continents, la CPLP compte neuf États-membres, dont sept sont présents depuis la naissance de l’organisme. Parmi les États fondateurs, tous sont d’anciennes colonies portugaises : l’Angola, le Brésil, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, et São Tomé-et-Príncipe.

Sept ans plus tard, le Timor-Oriental les rejoignait en 2002 après que l’ancienne colonie portugaise a acquis son indépendance auprès de l’Indonésie.

L’élargissement ne s’est pas arrêté là. Après de longs et âpres débats, la CPLP s’est élargie en 2014 à un sixième pays africain, cette fois-ci hispanophone : la Guinée équatoriale.

La CPLP est donc en grande majorité composée de pays africains :

Quels sont les rapports de force au sein de la lusophonie ?

L’élargissement à la Guinée équatoriale, véritable tournant pour la CPLP, ne s’est pas fait sans heurts. Preuve en est, deux ans après son entrée, le cas équato-guinéen divise toujours. Notamment au sujet de la peine de mort, que Malabo, malgré la mise en place d’un moratoire, n’a pas abolie.

« C’est à nous de convaincre la Guinée équatoriale. Ce ne sera pas facile. Si nous formons une communauté, c’est que nous défendons des valeurs et des principes communs », expliquait en avril à Jeune Afrique Patrice Trovoada, Premier ministre de São Tomé-et-Príncipe, dont le pays prend la tête de la CPLP en juillet.

Cela illustre la perte d’influence du Portugal, qui voit peu à peu le centre de gravité de la CPLP se déplacer. « Les décisions s’y font à l’unanimité, sinon au consensus. Clairement, l’ancienne métropole coloniale n’est pas en position de force. Puisque le Brésil, véritable poids lourd de la lusophonie, a décidé de ne pas peser de tout son poids au sein de l’organisme et que les pays africains sont les plus nombreux, leur influence est certaine », explique Michel Cahen, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la lusophonie.

Une influence que les États africains de langue officielle portugaise font également valoir au niveau international. Ce fut le cas lors des négociations sur le climat à Paris en décembre 2015, lorsque le Brésil avait promis de défendre les positions du Cap-Vert, expliquait le président cap-verdien Jorge Carlos Fonseca à Jeune Afrique au mois de novembre 2015.

Quelle est l’influence de la CPLP ?

Malgré ces jeux d’alliances, la CPLP reste un poids plume diplomatique. En particulier face à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et ses 29 États-membres sur le continent.

Avant leur adhésion à la CPLP, la majorité des pays africains de langue portugaise étaient d’ailleurs déjà membres de l’OIF. C’est le cas de la Guinée-Bissau, du Cap-Vert et même de la Guinée équatoriale. São Tomé-et-Príncipe y a adhéré en 1999. Quant au Mozambique, il avait rejoint le Commonwealth un an avant son adhésion à la CPLP, en 1995.

Sur le terrain, cette lutte d’influence inégale s’illustre notamment par la rivalité entre la CPLP et la Cedeao (Union économique ouest-africaine). Dernier exemple en date, les crises en Guinée-Bissau, dont les soubresauts politiques conduisent régulièrement la CPLP à envoyer des émissaires dans le pays. Des interventions qui n’ont pas été couronnées de succès : en 2012, la médiation de l’Angola à la demande de la CPLP avait tourné au fiasco à Bissau. Quatre ans plus tard, l’envoi de l’ancien chef d’État nigérian Olusegun Obasanjo par la Cedeao lors de la dernière crise a, semble-t-il, davantage pesé que la présence de son homologue lusophone.

« Les pays africains de langue officielle portugaise sont globalement plus à l’écoute de la francophonie et du Commonwealth car les investissements attendus en retour sont plus importants que ceux en provenance du Portugal ou du Brésil, même si l’engagement économique de Brasilia en Afrique augmente », souligne Michel Cahen.

Vers une communauté économique ?

Si la lusophonie est encore un poids plume diplomatique, elle l’est aussi d’un point de vue économique. Pour 2015, le budget du secrétaire exécutif de la CPLP avait été fixé en 2014 à 2,7 millions d’euros, bien loin des 85 millions d’euros de budget annuel moyen de l’OIF pour 2010-2013.

Pour autant, la CPLP opère depuis quelques années un tournant économique, symbolisé par l’intégration de la Guinée équatoriale, troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne. Certains y ont en effet vu la volonté de transformer l’espace africain de la CPLP en une sorte d' »Opep lusophone » aux côtés de l’Angola et de São Tomé-et-Príncipe, dont l’exploitation pétrolière n’a pas encore commencé. Mais avec l’effondrement des cours du baril de pétrole, pas sûr que la lusophonie trouve son salut économique dans l’or noir.

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