Culture

France – RD Congo : Dycosh, des vannes et des vues

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Mis à jour le 06 juillet 2016 à 10h32
Dycosh, sapé pour son clip "Équilibre", 2015

Dycosh, sapé pour son clip "Équilibre", 2015 © Capture d'écran Youtube

Jusqu’au 30 août, « Jeune Afrique » vous propose un rendez-vous hebdomadaire consacré aux influenceurs africains et/ ou de la diaspora qui agitent la toile. Cette semaine, Dycosh, humoriste franco-congolais (RD Congo) qui cartonne depuis deux ans sur YouTube avec ses vidéos déjantées et sa clique de sapeurs pas comme les autres.

Vous l’avez peut être connu sous le nom d’Eli Kitengué, ce sapeur auto-proclamé « fils caché de Papa Wemba » , qui garde ses chaussures au frigo pour pouvoir rester « frais ». Dans sa série de vidéos sur la sapologie, Dycosh fait le buzz avec ses punchlines plus absurdes les unes que les autres, et un geste, l’ « Équilibre », qui résume à lui seul l’excentricité de ces dandys congolais prêts à tout pour afficher leur style.

Si les deux premières vidéos de la série des sapeurs ont chacune dépassé le million de vues, la dernière en date, sobrement intitulée « La veste en fémur de singe et le Gang des Sapeuses », explose déjà les compteurs avec plus de 120 000 vues en l’espace d’une semaine.

Les conditions de tournage de cette vidéo n’étaient pourtant pas idéales pour pondre un tel délire. « La vidéo a été tournée un dimanche, dans un entrepôt collé à une église évangélique, confie à le youtubeur à Jeune Afrique. On reprenait alors le tournage entre chaque chant religieux. C’était pas forcément facile de faire nos conneries dans cette ambiance de culte, au milieu de fervents pasteurs… ». Il ajoute : « Mais pour le coup, on s’est bien marrés ». On n’en doute pas.

Sur sa chaîne YouTube, on trouve donc tout un catalogue de ces mini-séries, réunissant des vidéos hilarantes aux allures de délires entre potes (mais attention, toujours en HD !). Du barbecue qui tourne au cauchemar, au salon de coiffure à Château d’eau, où Dycosh, armé de sa tondeuse, affirme qu’il « n’a pas de diplôme pour coiffer les Blancs », le youtubeur de 28 ans affiche un univers décalé qui a déjà séduit plus de 110 000 d’abonnés.

La finance, c’est pas son truc

Dycosh, de son vrai nom Christian Nsankete, baigne dans la comédie depuis son enfance, durant laquelle il joue dans des spectacles de théâtre tout en se consacrant à son autre passion, le basket. Le bac en poche, il hésite entre une carrière sportive et la poursuite d’études supérieures. Va pour la deuxième option, qui le mène à décrocher un master en achats internationaux.

« C’était le moment ou jamais de m’essayer à la comédie, je ne voulais pas passer à côté ».

Une fois diplômé, il s’essaie au monde de la banque… Très peu pour lui. Il abandonne et se donne une chance pour réaliser son rêve de gamin : « À ce moment là, j’étais confronté à un choix, » raconte Dycosh. « C’était le moment ou jamais de m’essayer à la comédie, je ne voulais pas passer à côté ».

Des premiers pas qui ne font « pas le grand buzz »

À ses débuts, il écume les salles de spectacles parisiennes et tente de se faire un nom dans le stand-up. « Ça marchait plutôt bien… Mais, ensuite c’est difficile d’en vivre quand on n’a pas beaucoup de visibilité ». Il décide alors de créer sa chaîne YouTube, qui ne fait « pas le grand buzz au début » avec à peine 4 000 visionnages pour sa première vidéo.  Il enchaîne ensuite les « mini-buzz », jusqu’à la publication de cette vidéo qui le propulse au devant de la scène : « Rendez-nous le tchip ».

Dans cette parodie de reportage télévisé, Dycosh « dénonce » l’appropriation du tchip par les outsiders de la communauté noire en y mettant tout son cœur (enfin, sans manquer d’exhiber sa fameuse « veste en fémur de singe »). Le résultat est complètement déjanté … et ça marche : la vidéo est virale et cumule plus d’1,2 million de vues sur sa chaîne.

Une forme particulière de création

Dycosh réalise ses vidéos en binôme, et la musique est assurée par le rappeur Faraone. Selon les besoin de tournage, il fait aussi appel à d’autres amis « entertainers » comme Ahmed Sparrow, youtubeur maghrébin s’étant attifé d’un accent antillais improbable.

Touche-à-tout, Dycosh s’essaie aussi à la musique, comme par exemple avec son clip humoristique « Équilibre », qui reprend sur un beat de Faraone et Jessy Matador le délire d’Eli Kitengé et sa bande de sapeurs déjantés.

En général, Dycosh ne s’impose pas de fréquence particulière et avoue travailler à son rythme : « je ne sais pas si c’est une force ou une faiblesse, mais après, c’est comme ça que je fonctionne. » Cette année, il a quand même de belles échéances : sous contrat avec la chaîne France Ô, il livre sa chronique « L’oeil de Dycosh » pour l’émission hebdomadaire Flash Talk.

Mais alors, c’est possible de rester libre de créer quand on est sous contrat ? « C’est un travail différent, dans ce cas, j’ai affaire à un client », explique Dycosh, qui sait rester rationnel. « Le client me demande d’être créatif tout en suivant la logique de l’émission… Je suis libre d’apporter mes propositions, après, forcément, je suis soumis à une validation. C’est juste une forme particulière de création ».

Puiser dans son vécu

Côté public, il affirme ne pas viser d’audience précise dans ses vidéos, mais admet que « les vidéos à racine africaine sont de loin celles qui marchent le mieux ».

Né à Paris de parents congolais venus s’installer en France dans les années 1980, Dycosh vit à cheval entre deux cultures : « À la maison, c’est à la fois la France et la RD Congo ». Son pseudo, Dycosh, lui a d’ailleurs été donné par ses oncles congolais en référence à la forme particulière de sa tête [Dikoshi signifie « nuque » en Tshiluba]. Ses meilleures vannes, il dit ainsi les « puiser dans son vécu » : « Quand je parle de la sapologie, c’est quelque chose qui a été présent autour de moi durant mon enfance, ça fait partie intégrante de ma double culture ».

À la maison, c’est à la fois la France et la RD Congo

Et d’ajouter : « Je ne suis pas le premier à avoir parlé du tchip ou de la sapologie. Ceux comme moi qui mettent ces aspects culturels en scène contribuent à les diffuser en France et partout ailleurs ». En visite dans sa famille en RD Congo cette année, Dycosh a pu y constater son succès : « J’y ai été très bien accueilli, et j’y ai reçu beaucoup de retours positifs sur mes vidéos ».

Vers plus de collaborations sur le continent ?

En Afrique, Dycosh coopère déjà avec la société Objis et le web-média Totem World, qui lui ont confié la mini-série « African Geek » pour promouvoir les formations informatiques auprès des jeunes africains. Le jeune homme se dit ouvert à d’autres partenariats sur le continent : « Pour moi, c’est essentiel de promouvoir le continent, surtout si je reçois des propositions qui m’emballent sur le plan créatif. »

L’ancien étudiant en finances glisse quand même : « Mais je ne perds pas de vue la logique économique, il faut aussi que ce soit intéressant à ce niveau ! ». Car s’il a commencé à vivre de sa passion cette année, Dycosh rappelle que « rien n’est acquis pour l’année suivante » : le comique n’a pas l’intention de se reposer sur ses lauriers, et compte se dépasser pour poursuivre sa percée dans l’univers des vidéastes… et peut-être trouver son « équilibre » en Afrique.

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