Musique

Sexion d’Assaut – Dawala : « La victoire on la savoure mieux en groupe qu’individuellement »

Dawala, producteur du groupe de rap français Sexion d'Assaut.

Dawala, producteur du groupe de rap français Sexion d'Assaut. © Camille Millerand pour JA

Dadia Diakité, dit Dawala, est devenu en presque 20 ans le patron d’une petite entreprise de 50 personnes devenue un mastodonte de l’industrie musicale en France. Mais pas seulement. Entretien avec l’entrepreneur franco-malien, fondateur du Wati B, qui a lancé le groupe de rap français Sexion d’Assaut.

Lorsque l’article de Jeune Afrique consacré au groupe de rap français Sexion d’Assaut est paru en kiosque le 27 juin, Dawala a immédiatement contacté la rédaction. S’il ne nous avait pas répondu, c’est tout simplement que nos sollicitations ne lui étaient pas parvenues. Et comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, ni pour rétablir certaines vérités, le producteur du Wati B nous a reçu rue de Châteaudun, dans les locaux qu’il partage avec Sony dans le 9e arrondissement de Paris.

Jeune Afrique : quand est-ce que votre carrière dans la musique a commencé ?

Dawala : L’aventure a commencé en 1999 dans le 19e. J’étais entraîneur de foot, employé par la ville de Paris, pour les jeunes du quartier. Un jour certains d’entre eux m’ont dit qu’ils voulaient chanter. Je leur ai alors trouvé un studio en face du gymnase et on a commencé a travailler sur la première compilation qui s’appelait Pur Son Ghetto, PSG. Ça mélangeait bien la rue et le football. De là on a sorti le premier volume puis le second. On a mis sur la couverture la Tour Eiffel, parce que de Clignancourt à Beaubourg, les touristes, quand ils venaient, ils achetaient la tour Eiffel. On s’est dit : on va leur donner la musique de France. Après c’est parti jusqu’à Marseille.

Il y a eu des bon retours et de là j’ai produit mon premier groupe qui s’appelait Intouchable, avec Demon One et Dry. On a fait un morceau avec Tonton David, “Si tu cherches pas la gagne”, qui a fait un buzz. J’étais alors un peu connu.

Et votre rencontre avec Sexion d’Assaut ?

Je suivais Dry, il allait un peu partout faire des feat. Un jour je l’ai accompagné, c’était à Paris, et on est arrivé dans une cave. Là je vois plein de petits jeunes qui me disent : « c’est toi Dawala de Pur Son Ghetto ?” Ils me connaissaient parce que la compilation avait fait parler d’elle. Ils m’ont demandé de les produire. Moi je leur ai dit que je n’y étais pas opposé mais que ça allait être compliqué.

À cette époque jamais je me serais dit que ces jeunes-là que j’ai vus auraient pu contrôler la musique aujourd’hui en France, en Europe. Qu’ils allaient être au top. C’est vrai qu’ils avaient des qualités, mais se dire qu’ils allaient arriver à ce niveau-là, même moi j’aurais pas parié dessus. Je me suis surtout vu en eux à l’âge de onze ans. Je me suis dit “ce sont des petits comme moi, ils me ressemblent et je vais leur donner un petit coup de main”.

Comment expliquez-vous la longévité du collectif ?

Quand j’ai produit Sexion d’Assaut, il n’y avait pas beaucoup de grand collectifs, à part la Mafia K’1fry, ou le Secteur A qui se disloquait… C’était dur d’avoir un tel groupe et de le tenir. Au moment de la sortie de L’écrasement de tête, les médias demandaient déjà aux artistes quand ils comptaient sortir leur album solo. Mon but c’était que nous restions ensemble, car je savais que ça serait facile plus tard pour un Black M ou pour un Maître Gims d’exploser. On a fait un travail familial.

Ils ont aujourd’hui de véritables identités artistiques distinctes. Mais ils vont malgré tout sortir un nouvel album ensemble…

Ils ont leur propre couleur, ce n’est plus la même chose. Ça toujours été comme ça dans le rap. Le but c’est d’essayer de rassembler pour essayer de faire ce que les autres n’ont pas pu faire. Car il y a beaucoup d’ego et beaucoup de problèmes. Là, réussir à faire un album après des solos qui réussissent, c’est énorme, ça n’existe pas. On peut rentrer dans l’histoire de la musique.

L’album sortira quand ?

En 2017.

Vous vous imaginiez un tel succès lorsque vous avez créée Wati B ?

Quand j’ai créé Wati B en 2002, le but c’était pas d’arriver mais de rester. J’ai vu plein de gens arriver… c’est ça qui m’a fait prendre ce nom qui signifie “tout le temps”, 24h/24h. Quand tu vois les traits qui sont sur notre logo, c’est une dédicace à Adidas qui était numéro 1 à l’époque. Je me suis dit que le jour où j’aurais une marque, le rêve serait de passer au-dessus d’Adidas.

Quand on a pris la première fois nos deux trophées à Cannes, c’était exceptionnel… La victoire on la savoure mieux en groupe qu’individuellement.

Quelles sont vos relations avec le continent africain ?

Sur le continent africain, on a la chance d’être soutenu aussi bien au Maghreb qu’en Afrique subsaharienne. Même les anglophones commencent à nous connaître. La musique, c’est comme le foot, il n’y a pas de frontières.

On est aussi apprécié parce que nous avons une association au Mali depuis plus de trois ans. Notre partenaire Clairefontaine nous fait don de cahiers que nous distribuons. Moi j’ai grandi là-bas, j’essaie d’aider.

Vous avez également énormément diversifié vos activités…

Oui. On fait du textile, nous avons ouvert un pôle sport et un club de foot qui évolue en 2e division au Mali. On fait aussi du management de sportif de haut niveau, de la boisson avec la Wati bulle qui se développe bien. On fait aussi de la communication digitale pour des marques, des restaurants, des commerces de proximité. Et nous accompagnons aussi des influenceurs comme Toniolife.

Comme on a maintenant la chance d’être vu partout, les gens se voient en nous. Moi j’ai commencé dans le coffre d’une voiture à Paris 19 avec rien du tout et je me retrouve rue de Châteaudun. Eh bien ils se disent : lui il a réussi, alors nous aussi on peut. Dawala est arrivé en France en boubou, aujourd’hui il est dans une société où il fait travailler plus de 50 personnes. Si lui est capable de le faire avec le peu de diplômes qu’il a, on peut le faire aussi. Après, c’est juste une question d’envie et de courage. Dans notre histoire il y a plein de petites histoires.

D’ailleurs vous sortez à l’automne un film, La pièce.

Oui, on se sert de notre aventure pour faire un film dans lequel on montre une autre vision de la France. Alors que certains disent “Aime la France ou quitte-là”, nous on dit “Aime la France, ou change-là”. Quand tu viens au monde, tu choisis pas où tu nais. Mais quand tu grandis dans un quartier, il y a pas de couleur. C’est seulement quand tu en sors que ça change. Mais dans le quartier tout le monde s’aime, et c’est une force. C’est ce qui m’a permis d’arriver où je suis… En t’accrochant tu peux faire changer les gens.

Comment avez-vous vécu l’épisode Black M à Verdun ?

Pour moi Black M c’est un Français qui a grandi en France. Il ne devrait pas y avoir de différence. Ça ne devrait pas exister. La meilleure réponse dans tout ça c’est de continuer à travailler, montrer ce qu’on sait faire et changer la mentalité des gens. C’est ce qu’on a toujours fait au Wati B, on a toujours essayé de rassembler les gens.

 


Le label français a une actualité chargée avec la sortie de la BO du film une compilation (16 septembre), le nouvel album de Maître Gims (26 août) et celui de Black M en novembre. En attendant l’album qui marquera le retour de Sexion d’Assaut en 2017.

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