Politique

RDC : à quoi rime l’inaction de la Monusco contre les FDLR ?

Mis à jour le 4 février 2015 à 15:43
Diogène Bideri

Par Diogène Bideri

Diogène Bideri est conseiller juridique principal à la Commission nationale de lutte contre le génocide, Rwanda.

Le 2 janvier 2015 expirait l’ultimatum lancé aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR*) installées dans l’est de la République démocratique du Congo. Un calendrier de désarmement volontaire avait été scellé entre la Conférence internationale sur la région des Grands lacs (CIGRL), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco) et le Gouvernement de la RDC.

Depuis mai 2014, seulement 337 combattants FDLR, dont des vieux et des malades, ont, d’après ce qui a été dit, déposé les armes, et n’en ont remis que 234 rouillées et inutilisables. Des combattants qui ont été installés dans des camps de transit en RDC. Ces chiffres ne représentent qu’à peu près 24 % de tous les éléments des FDLR. Parmi ces 337 combattants, il n’y a aucune figure connue comme  le général Gaston Iyamuremye ou ses alliés comme le général Sylvestre Mudacumura et le colonel Pacifique Ntawunguka.

Il faut rappeler que les FDLR sont constitués dès l’origine de génocidaires, qui, après avoir massacré plus d’un million de Tutsis ont fui le Rwanda. Ils ont créé ce groupe terroriste dans l’est de la RDC, entretenu et exporté l’idéologie génocidaire et continué à commettre de nombreux  crimes, dont des viols, des pillages, et des déplacements forcés de populations dans les territoires congolais qu’ils contrôlent à la frontière du Rwanda. Tout ceci se passe sous l’œil relativement bienveillant de la Monusco, et du gouvernement de la RDC.

L’on peut rappeler que pour les autres groups armés, la Monusco et le gouvernement de la RDC ont déjà lancé des attaques sans préavis et sans condition. Mais, pour les FDLR, plusieurs raisons, des plus surprenantes, ont été invoquées pour justifier l’inaction, notamment l’idée d’une réunion in extremis de la CIGRL et la SADC que proposait l’Afrique du Sud.

Comment comprendre une telle inaction de la Monusco ? Pourquoi s’être précipité pour endosser un mandat si important, dont le résultat ne se résume qu’à une guerre meurtrière contre le M23 (mouvement rebelle issu d’une mutinerie au sein de l’armée congolaise, mutinerie induite par le non respect d’un accord formel par le gouvernement congolais ).

On peut se demander aujourd’hui si les atermoiements de la Mission onusienne dans l’est de la RDC ne sont pas une répétition de l’histoire des Nations unies au Rwanda, lorsque depuis les années 1960, et surtout en 1994 les Nations unies ont préféré retirer leurs troupes plutôt que de combattre des génocidaires toujours actifs aujourd’hui avec leurs descendants sous la peau des FDLR ?

C’est ce mouvement, qui aujourd’hui revendique une légitimité politique, en bénéficiant de l’appui de certains pays africains, ses membres se rendent régulièrement et s’approvisionnent. D’autres groupes d’opposition cherchent ouvertement à s’y allier. Le dénominateur idéologique commun à tout cet agrégat n’est autre que la volonté de mener une guerre contre le Rwanda, de continuer et d’achever le génocide.

D’où, le questionnement légitime général, face à cette attitude des Nations unies, pour ne pas dire cette complicité au moins passive caractérisant la Monusco, qui se refuse à intervenir militairement pour opérer un désarmement forcé des FDLR après l’expiration de l’ultimatum lancé en août 2014.

On peut constater que c’est avec une toute autre célérité qu’elle a repoussé le M23 en novembre 2013. Il est manifeste que la Monusco, le gouvernement de la RDC, la SADC ne respectent pas le cadre strict du mandat qui leur est confié, soit celui de combattre TOUTES les forces négatives établies dans l’est de la RDC, pour se ranger ouvertement aux côtés des FDLR, qui ont combattu le M23 comme la Monusco, les FARDC et de la brigade d’intervention.

Ce groupe terroriste est établi à la frontière du Rwanda avec le rêve, au delà de quelques provocations terroristes actuelles, de reconquérir le Rwanda.

La conséquence est qu’aujourd’hui avec des moyens financiers manifestes et des appuis politiques peu discrets, ce groupe terroriste est établi à la frontière du Rwanda avec le rêve, au delà de quelques provocations terroristes actuelles, de reconquérir le Rwanda.

L’échec du désarmement des FDLR signifie, selon le rapport de "Crisis Group" du 17/12/2014, la continuation d’exactions contre les populations locales et la création de tensions dans la région qui discréditent la mission des Nations unies en RDC.

Cette situation traduit bien l’effet pervers des liens que les FDLR ont tissé avec des acteurs régionaux et internationaux, notamment grâce à la vente des minerais qu’elles exploitent au su et au vu de tous. Les multinationales étrangères estiment que sur le court terme, les FDLR sont un partenaire important pour leur établissement dans l’est de la RDC. Les pays étrangers dont sont issus ces multinationales savent que l’insécurité dans cette région est actuellement un facteur propice aux affaires. Ce sont ces gros moyens et le réseau mis en place qui ont permis aux FDLR de survivre et de continuer des recrutements dans la région.

À ceux qui pensent encore que la Monusco et ses alliés mèneront une action militaire contre les FDLR,  on peut conseiller vivement de se reporter aux différentes déclarations contradictoires et quasi inaudibles de la Tanzanie* et de la République sud-africaine. Il n’y a que palabres, atermoiements en tous genres et autant de gesticulations de façade qui font reculer tout espoir de voir les FDLR désarmés.

  • *Le rapport des experts des Nations unies du 12 janvier 2015 est on ne peut plus clair sur ce point : "Les chefs des FDLR et leurs alliés en Europe ont tenu régulièrement des réunions en Tanzanie".

Les vingt mille hommes de la Monusco, avec un budget annuel insensé d’un milliard et demi de dollars, suréquipés et munis du mandat clair que leur donnent les résolutions 2098 (2013), et 2147 (2014) du Conseil de sécurité suffisent pour désarmer les 1 500-2 000 combattants des FDLR.

Les troubles politiques actuels de la RDC vont au minimum distraire la Monusco de son mandat et au mieux servir ouvertement de prétexte pour s’abstenir de toute intervention contre les FDLR. Pourtant, aux dires des Nations unies, le désarmement des FDLR s’impose, il n’est pas négociable.