Économie

La croissance, c’est notre affaire

Mis à jour le 5 février 2015 à 10:14
Lionel Zinsou

Par Lionel Zinsou

Co-président de la fondation AfricaFrance

Lionel Zinsou est le président de la Fondation franco-africaine pour la croissance.

La croissance économique africaine, mesurée par l’évolution du PIB, est depuis vingt ans régulière, homogène, forte et lisible aussi bien dans les paysages que dans les indicateurs sociaux. Elle résiste aux pandémies, aux troubles politiques, aux crises mondiales et aux rechutes européennes… Longtemps inaperçue ou même niée, elle apparaît aujourd’hui comme sous-estimée quand on avance le chiffre de 5 % sur une longue période.

Les prévisions récentes des comptes nationaux du Ghana et du Nigeria ont conduit à les rehausser respectivement de 40 % et 80 %. D’autres pays importants suivront, conduisant à la même conclusion : le rythme du changement en Afrique a égalé celui de l’Asie sur deux décennies.

On rendrait cependant un très mauvais service à l’Afrique si l’on pensait que 5 % de croissance économique est un chiffre magique, suffisant pour relever les défis du continent.

On doit accélérer le rythme. Si nous faisions le rêve d’une production suffisante d’électricité, d’infrastructures de transports modernisées, d’une formation professionnelle adéquate, d’une plus grande intégration des marchés régionaux, de meilleurs accès au financement pour les PME et l’agriculture, etc., nous pourrions, dans de nombreux pays, rejoindre le petit groupe des croissances à deux chiffres.

Ce n’est pas qu’une question de rythme, c’est aussi un besoin de meilleure qualité de la croissance. Laissée au marché, celle-ci ne va pas spontanément produire des normes environnementales adaptées au changement climatique ; elle ne va pas d’elle-même produire un contenu suffisant d’emplois pour les jeunes ; elle ne sait pas trouver les moyens de fournir ces biens publics que sont l’éducation, la santé ou la sécurité.

Si on veut la croissance sans la surchauffe et sans l’anomie sociale, il faut que la génération qui monte aujourd’hui aux affaires pour créer l’Afrique de 2040 sache produire plus et mieux. Elle ne le fera pas seule.

C’est la raison d’être de la Fondation franco-africaine pour la croissance, AfricaFrance, dont les opérations commencent en février 2015. Proposée par un groupe de travail réunissant Hubert Védrine, Tidjane Thiam, Jean-Michel Severino et Hakim El Karoui, elle avait été entérinée lors du sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité, en décembre 2013, par les chefs d’État africains et français. Elle rassemble des États, des entreprises, des collectivités locales, des associations, des établissements d’enseignement et de recherche.

>>>> Rapport Védrine-Zinsou : la guerre (économique) a commencé !

Ces acteurs, venus de la société civile et de la sphère publique, vont travailler ensemble dans des clubs sectoriels rassemblant des opérateurs africains aussi bien que français. Pour la première fois naît simultanément en France et en Afrique une forme d’institution qui n’est pas une administration mais une véritable communauté, organisée à la manière d’un réseau social, qui n’est pas financée par l’impôt mais par des cotisations et contributions volontaires, dont la gouvernance n’est pas politique mais associative et privée.

Ses premiers programmes, lancés le 6 février, sont des programmes de formation. Ses premiers objectifs : l’emploi, les jeunes, les réseaux de femmes, l’environnement. Ses méthodes : le partenariat direct d’entreprise à entreprise, de métropole à métropole, de communauté rurale à communauté rurale, d’université à laboratoire… Dans l’Afrique 2.0, il s’agit de susciter la collaboration de la société civile et de la société marchande, à l’appui des politiques publiques de développement.

L’Europe a besoin de croissance économique, elle a donc besoin de ce continent si proche – qui en connaît aujourd’hui une quatre fois plus élevée que la sienne -, de sa créativité et de son énergie humaine. Et l’Afrique a besoin de tous les alliés possibles, et donc des Européens, parce qu’il y a urgence : urgence des technologies, urgence des qualifications, urgence du capital. Entre les deux mondes, un atout essentiel : les diasporas. Leurs cultures, leurs langages, leurs loyautés et leurs enthousiasmes sont métis.

Pour leur sécurité et leur paix intérieure, ni la France ni l’Afrique ne peuvent différer leur mobilisation pour une croissance partagée.

>>> Découvrez également le site de la Fondation franco-africaine pour la croissance