Sécurité

Retour sur les deux jours de violence qui ont secoué la Centrafrique

Des Casques bleus rwandais lors du dépouillement lors du second tour de la présidentielle à Bangui en février 2016.

Des Casques bleus rwandais lors du dépouillement lors du second tour de la présidentielle à Bangui en février 2016. © Jerome Delay/AP/SIPA

Une trentaine de personnes ont perdu la vie entre dimanche et lundi dans des heurts à Bangui et dans le nord de la Centrafrique, dans la région de Batangafo à une centaine de kilomètres à l’ouest de Kaga-Bandoro.

Pourquoi le Km 5 à Bangui s’est embrasé ?

  • Une arrestation qui tourne mal

Dimanche 19 juin, les policiers centrafricains, qui ont renforcé les contrôles aux entrées de Bangui depuis plusieurs jours, arrêtent une quinzaine de personnes, des Peuls, au niveau du Pk 12 (point kilométrique 12). Si la majorité est rapidement libérée, cinq sont maintenus en détention à la Section de recherches et d’investigation (SRI).

Plusieurs font partie des groupes d’autodéfense du Kilomètre 5, quartier limitrophe du 3e arrondissement, certains seraient même des parents de leur leader, Haroun Gaye. Ce dernier est membre du FRPC (la branche de l’ex-Séléka dirigée par Noureddine Adam et Michel Djotodia). La Minusca a plusieurs fois tenté de l’arrêté, en vain.

Mécontents, les membres de cette milice réclament leur libération, avant d’attaquer le commissariat du 3e arrondissement. Grâce au soutien d’Abdoulaye Hissène, un des principaux « généraux » de l’ex-Séléka, brièvement arrêté mi-mars avant de s’échapper de la prison de Bangui, ils parviennent à prendre en otage cinq policiers.

  • Opération de police au cœur du Km 5

Le lendemain, après plusieurs heures de négociations infructueuses, les forces de police centrafricaines lancent une opération au cœur du Km 5. Rapidement débordées par des miliciens en nombre important, elles demandent l’aide de la Minusca. L’arrivée d’un contingent rwandais mettra fin aux troubles dans le sang : selon le ministre de la Sécurité, Jean-Serge Bokassa, le bilan des combats s’élève à 7 morts et 13 blessés. L’ONU affirme qu’un Casque bleu a été blessé par une grenade.

Si les violences ont cessé mardi, la confusion régnait toujours mercredi sur le sort des otages. La Minusca a affirmé que « tous les officiers de police ont pu être extraits sains et saufs », mais le gouvernement n’a pas encore confirmé l’information.

Pourquoi Peuls et ex-Séléka se sont affrontés dans le Nord ?

Autres violences, dimanche et lundi, à plusieurs centaines de kilomètres de Bangui. Selon un officier de la gendarmerie cité par l’AFP, « ces affrontements ont commencé dans la région de Batangafo [à une centaine de kilomètre à l’ouest de Kaga-Bandoro, ndlr] et se sont étendus aux localités de Wandago et Gondava ».

Ces affrontements sont le résultat de conflits communautaires et de luttes d’influence. Tout débute, dimanche, quand un groupe de Peuls armés, accompagnés par des éléments de l’UPC (Union pour la paix en Centrafrique) du général peul Ali Darassa, arrivent dans une zone contrôlées par le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC, une autre faction de l’ancienne rébellion dirigée par Mahamat Alkhatim).

Les liens entre l’UPC et les éleveurs peuls sont forts. Il est fréquent que des combattants de cette mouvance de l’ex-Séléka les accompagnent lors de la transhumance du bétail. Mais leur présence passe mal auprès des membres du MPC. La situation s’envenime à un de leurs barrages et tourne à l’affrontement.

Bilan : une vingtaine de morts et plus d’une vingtaine de blessés.

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