Transports

Syphax Airlines dans la tourmente

L'homme d'affaire Mohamed Frikha (désormais député) a lancé Syphax Airlines avec un capital de 10 millions de dinars. © Nicolas Fauquéé

Un peu plus de deux ans après son lancement, la compagnie privée tunisienne enchaîne les difficultés et doit se recapitaliser. Au risque de finir par rester clouée au sol.

À Tunis comme à Paris, l’état-major de Syphax Airlines le martèle : « L’arrêt de nos activités n’est pas d’actualité. Nous venons d’ailleurs d’ouvrir les réservations pour l’été prochain. Notre programme pour les vols réguliers est quasiment prêt – il sera presque identique à celui de l’année dernière – et nous peaufinons celui des charters », soutient mordicus Ferid Fetni, le directeur France du transporteur privé tunisien. Avant de poursuivre : « Une compagnie privée proposant des lignes régulières est vraiment nécessaire en Tunisie, et Syphax a réussi à prendre cette place. Il n’y a aucune raison d’abandonner. »

Selon un analyste, « les dirigeants de Syphax Airlines ont sous-estimé les besoins en capitaux nécessaires à leur projet »

Pourtant, l’incertitude n’a jamais été aussi grande sur l’avenir de cette compagnie aérienne créée fin 2011 par l’homme d’affaires tunisien Mohamed Frikha, entré en politique en se faisant élire député lors des législatives d’octobre. Syphax Airlines, qui a transporté 330 000 passagers l’an dernier, enchaîne les déboires depuis la mi-novembre.

Après la suspension du titre à la Bourse de Tunis en raison d' »anomalies comptables et organisationnelles », puis son retrait de l’indice Tunindex ; après aussi le départ forcé de Christian Blanc, ancien patron d’Air France recruté en septembre comme PDG pour donner un nouvel élan à la compagnie, voilà que celle-ci se retrouve privée de l’un de ses trois appareils.

Le transporteur a dû résilier le contrat de location de son A330-200 auprès d’Airbus Industrie, filiale de l’avionneur européen. L’appareil, qui devait lui permettre de reprendre les vols long-courriers entre Tunis et Montréal à partir d’avril, étant tombé en panne.

Tunisair sur la piste des bénéfices

Entre la chute du cours du pétrole qui vient donner une bouffée d’oxygène à l’ensemble de l’industrie aérienne et les difficultés de Syphax Airlines, le transporteur public tunisien espère tirer profit de la situation pour renouer avec les bénéfices. Ou du moins pour réduire significativement ses pertes.

Mais d’après Kais Kriaa, d’Alpha Mena, ce seul contexte favorable ne suffira pas : « 2015 peut être une bonne année à condition que Tunisair concrétise la mise en oeuvre de son plan de restructuration. »

Tombée dans le rouge à partir de la révolution de 2011, la compagnie nationale tente d’appliquer depuis 2014 un plan de redressement prévoyant la suppression de 1 700 postes sur les 8 000 qu’elle compte. Ce qui devrait lui permettre d’économiser au passage 10 millions de dinars (4,5 millions d’euros).

Le 26 janvier, pour la première fois en deux ans, la société a publié ses résultats : en 2013, ses pertes ont atteint un niveau record de plus de 205 millions de dinars (contre 124,87 millions de dinars en 2012), et son chiffre d’affaires a quant à lui baissé de 2,6 %, tombant à un peu plus de 1 milliard de dinars.

Les chiffres de 2014, qui n’ont pas encore été publiés, ne seront guère plus brillants puisque, selon la presse tunisienne, sur les neuf premiers mois de l’année dernière, le transporteur a vu son trafic de passagers reculer de 0,8 %, à un peu plus de 2,8 millions de passagers.

Manque à gagner

Toutes ces déconvenues ont rendu encore plus délicate la situation de la compagnie, déjà mal en point. Interrogée par Jeune Afrique, la direction du groupe reste évasive : « Notre bilan est en cours de finalisation, cependant nous pouvons d’ores et déjà dire que nous serons en déficit, comme le prévoit notre business plan. Nous avons été pénalisés par la conjoncture difficile aux niveaux national et international, et surtout par l’arrêt des vols vers la Libye, qui a engendré un énorme manque à gagner chez tous les transporteurs. »

Alors que les données obtenues auprès d’analystes situés à Tunis font état de pertes estimées à environ 11 millions de dinars (4,8 millions d’euros) en 2013, Ferid Fetni assure qu’en 2014 ces résultats suivront « une courbe ascendante par rapport à 2012 et à 2013 ». Avant d’ajouter que la compagnie est en train de « négocier une recapitalisation ».

C’est ce que préconise Kais Kriaa, analyste chez Alpha Mena : « Les dirigeants de Syphax Airlines ont sous-estimé dès le départ les besoins en capitaux nécessaires à leur projet. Pour se relancer, ils doivent mobiliser entre 150 millions et 160 millions de dinars. »

En 2012, c’est avec un capital de 10 millions de dinars que Mohamed Frikha avait lancé Syphax Airlines, avant de lever 25 millions de dinars environ sous forme d’augmentation de capital à la Bourse de Tunis.

Des montants jugés insuffisants pour financer le développement d’une compagnie qui s’est lancée dans des liaisons intercontinentales avant même de s’être assuré une solide assise régionale. Pénalisée par la chute du tourisme, la liaison Tunis-Montréal – qui perdait de l’argent – a été suspendue.

>>>>> Lire aussi – Tunisie : très léger rebond des recettes touristiques en 2014

Désormais, le transporteur tunisien affirme être en discussion avec une autre compagnie aérienne africaine pour lui louer pendant deux ans l’un de ses deux A319. L’opération, dont il espère tirer un montant total de 60 millions de dollars (43,6 millions d’euros), lui permettrait de se renflouer. « Nous sommes sur le point de signer ce partenariat », assure Ferid Fetni, qui n’a toutefois pas souhaité donner plus de précisions.

À Tunis, les analystes restent sceptiques. « Je ne vois pas comment la compagnie peut se relancer réellement avec un seul avion », avance l’un d’eux sous le couvert de l’anonymat.

Réponse de Ferid Fetni : « Nous négocions en parallèle la location d’un autre appareil de plus grande capacité, un A320, dans l’objectif de consolider nos axes stratégiques, c’est-à-dire les vols domestiques et régionaux. » Ce pari pourra-t-il être gagné ? Les observateurs semblent circonspects.

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