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France-Afrique, un new deal ?

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Politique

Afrique – France : la nouvelle tactique du gendarme

Mis à jour le 5 février 2015 à 12:39

François Hollande vient de le réaffirmer en conférence de presse, jeudi 5 janvier : en matière de lutte contre le terrorisme international, « la France prendra ses responsabilité, mais pas partout ». En Afrique, en tout cas, l’Hexagone reste l’un des rares pays occidentaux à disposer de forces permanentes. Cependant, les missions ont évolué, et les postes avancés supplantent les bases d’antan. Enquête.

La France est encore le gendarme du continent africain. Un gendarme qui a certes changé de visage et de méthodes, qui n’a plus les mêmes objectifs ni les mêmes ennemis, mais un gendarme tout de même. Ses interventions se sont multipliées ces dernières années : en Libye et en Côte d’Ivoire en 2011, au Mali et en Centrafrique en 2013, un peu partout dans le Sahel depuis quelques mois.

>> Lire aussi : François Hollande : "Nous devons aider davantage les Africains pour lutter contre le terrorisme"

Aujourd’hui, la France, qui compte près de 10 000 soldats en Afrique et dans les eaux alentour (soit, de loin, le plus gros contingent de soldats non africains), est en première ligne dans la plupart des conflits qui ensanglantent le continent. Elle se permet même de tenter de mettre de l’ordre dans des zones qui ne relèvent pas de son influence historique, comme au Nigeria, où elle est en pointe dans la lutte contre Boko Haram depuis mai 2014.

>> Voir aussi : carte interactive, 1960-2013 : 53 ans d’intervention française en Afrique

Le désengagement à la mode

Pour Paris, il s’agit en quelque sorte d’un retour vers le passé. La France disposait, aux indépendances, de 30 000 soldats en Afrique. Ils n’étaient plus que 15 000 en 1980 et 5 000 en 2012. Le désengagement était à la mode. La France venait de renégocier la totalité des accords de défense conclus au lendemain des décolonisations avec ses anciennes possessions, et son armée pliait déjà bagages. La cure d’amaigrissement, dictée autant par des considérations budgétaires que par des visées stratégiques et annoncée dans le Livre blanc sur la sécurité et la défense nationale publié en 2008, était alors drastique. Rien qu’en 2011, près de 2 500 soldats avaient quitté Dakar, Djibouti et Abidjan. "Ce Livre blanc faisait de l’Afrique un enjeu mineur. C’était une grave erreur", estime-t-on aujourd’hui dans les milieux militaires à Paris.

Depuis, la menace jihadiste est devenue prioritaire. Poussée à intervenir au Mali (opération Serval) pour contrer l’avancée des hommes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et de leurs alliés, puis en Centrafrique (opération Sangaris) pour éviter, dit-on à Paris, un génocide, la France a revu son dispositif à la hausse. L’opération Barkhane, lancée en août 2014 à la suite de Serval, mobilise plus de 3 000 hommes dans cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger, Tchad) et compte une constellation de bases à leur périphérie.

Fini le temps des bases imposantes auxquelles il était impossible d’échapper à Dakar, Libreville ou Djibouti. La mode est désormais à la base discrète et sans prétention.

Ce dispositif est à l’image de la nouvelle doctrine française. Fini le temps des bases imposantes auxquelles il était impossible d’échapper à Dakar, Libreville ou Djibouti. La mode est désormais à la base discrète et sans prétention, souvent nichée dans un coin d’aéroport, parfois même perdue au fin fond d’un désert. "Notre mission a évolué, indique un officier français. Nous n’avons plus pour fonction de soutenir un État ou un régime contre des agressions extérieures ou intérieures, mais de lutter contre les trafics et le terrorisme. Pour cela, on n’a pas besoin de grosses bases." Certaines, que l’on appelle à Paris des "postes avancés" et qui se situent au plus près du front jihadiste, n’abritent pas plus de 50 hommes.

Le fer de lance de le nouvelle ambition française

Pour autant, la France n’a pas fait table rase de tout le passé et reste le seul pays occidental (avec les États-Unis) à disposer de forces prépositionnées sur le continent. Elle a ainsi maintenu, au prix d’une forte réduction d’effectifs, ses bases historiques et permanentes de Dakar (qui a perdu les deux tiers de ses hommes en 2011 et en compte aujourd’hui 350), Libreville (450 hommes, contre 900 auparavant) et Djibouti (1 950) et tend à faire de sa base "provisoire" d’Abidjan (450) une place à durée indéterminée.

Abidjan doit servir de pôle logistique à l’opération Barkhane. Quant aux bases de Dakar et de Libreville, désormais pôles opérationnels de coopération à vocation régionale (POC), elles constituent le fer de lance de la nouvelle ambition française : former les armées africaines. Paris veut désormais donner la priorité à la coopération avec les forces de sécurité africaines, afin qu’elles assurent elles-mêmes leur défense, tout en admettant que cela "prendra du temps". D’ici là, la France continuera de jouer son rôle de gendarme.