Culture

Cinéma marocain : Sarim Fassi-Fihri, un patron en période d’essai

Mis à jour le 5 février 2015 à 12:51

Sarim Fassi-Fihri se veut rassurant sur la liberté d’expression des cinéastes. © Hassan Ouazzani pour J.A.

Selon Sarim Fassi-Fihri, le nouveau directeur du Centre cinématographique marocain, l’indépendance artistique n’est pas menacée par le gouvernement actuel. Revue de détail de ses objectifs pour le secteur.

Difficile début d’année pour l’ancien producteur Sarim Fassi-Fihri. En fonction depuis à peine trois mois, le tout nouveau directeur du Centre cinématographique marocain (CCM) a déjà dû s’expliquer sur l’interdiction d’exploitation qui a visé il y a quelques semaines le film Exodus : Gods and Kings, de Ridley Scott.

Une affaire que Fassi-Fihri trouve injuste : il s’est vigoureusement défendu d’y être lui-même pour quoi que soit dans cette mesure décidée par une commission de contrôle indépendante… Le producteur et le réalisateur du film, accusés d’avoir introduit une représentation de Dieu dans une scène de moins de cinq secondes, ont finalement accepté de se censurer, soulignant par ailleurs que le film ne montrait qu’un messager de Dieu et non Dieu lui-même.

Il a pris la succession d’un homme réputé "éclairé" et efficace, Noureddine Saïl, démis de ses fonctions par un gouvernement dominé par les islamistes.

Si Sarim Fassi-Fihri a dû se justifier avec autant d’énergie, c’est sans doute parce que les circonstances de sa nomination toute fraîche l’y ont incité. Il a en effet pris la succession d’un homme réputé "éclairé" et efficace, Noureddine Saïl, démis de ses fonctions par un gouvernement dominé par les islamistes. Même si, professionnel reconnu, Fassi-Fihri se défend vigoureusement d’avoir quoi que soit à prouver, il n’ignore pas qu’on scrute attentivement ses premiers pas. D’autant que, lors de l’installation du gouvernement qui l’a nommé, on en avait entendu certains exiger que le Maroc s’engage désormais dans la promotion d’un "art propre"

Respecter la liberté d’expression des cinéastes

Mais ces paroles regrettables, qui n’étaient, selon le nouveau directeur du CCM, pas imputables aux responsables gouvernementaux eux-mêmes, n’ont heureusement été suivies d’aucun effet. S’est-il pour autant assuré, lors de sa nomination, de ne pas avoir à subir un jour des pressions pour que l’on favorise, notamment par le biais des nominations dans les commissions répartissant les aides à la production, des films "politiquement corrects" aux yeux des islamistes ?

Réponse catégorique : "Pas du tout. Simplement parce qu’une telle crainte n’aurait eu aucune raison d’être. Cela fait trois ans que, comme responsable de la Chambre marocaine des producteurs de films, je travaille avec eux. Et je n’ai pas senti la moindre différence avec ce qui se passait avant. Ils ont respecté, sans exception, la liberté d’expression des cinéastes. Et les commissions d’avance sur recettes, composées de personnes issues d’horizons très divers, maintiendront sans aucun doute leur indépendance."

Conserver et développer la vitalité du cinéma marocain

Quelles sont donc aujourd’hui les priorités de Sarim Fassi-Fihri pour conserver et développer la vitalité du cinéma marocain, qui, avec une vingtaine de longs-métrages réalisés chaque année, est le plus dynamique du continent ? Il faut "maintenir voire augmenter, grâce à des moyens supplémentaires, le nombre de films réalisés au Maroc, d’autant qu’il y a de plus en plus de jeunes qui arrivent sur le marché".

Il faut aussi se pencher sur "le problème très préoccupant" de la disparition des salles : "On a déjà réussi à moderniser la majorité des cinémas existants, passés au numérique. Il faut désormais faciliter la création de salles en impliquant les régions et les communes. À elles d’imposer ensuite des cahiers des charges – quota de films marocains, d’auteurs, etc. – aux exploitants qu’elles aideront."

Il est en outre urgent de remédier à deux faiblesses majeures du cinéma marocain si l’on veut que la qualité des films s’améliore : "Il faut inciter les réalisateurs à travailler avec des producteurs pour élargir leurs sources de financement, et former des directeurs de production capables d’intervenir au moment de la réalisation des films, explique Fassi-Fihri. Il faut aussi impérativement perfectionner l’écriture des scénarios en aidant à la formation des auteurs." Vaste programme !