Justice

Algérie : la veuve de Lounès Matoub porte plainte contre Hassan Hattab pour assassinat

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Des centaines de Berbères rassemblés à Paris affichent des drapeau kabyles et un portrait de Lounès Matoub en avril 2002.

Des centaines de Berbères rassemblés à Paris affichent des drapeau kabyles et un portrait de Lounès Matoub en avril 2002. © FRANCOIS MORI/AP/SIPA

Nadia Matoub, la veuve du chanteur kabyle, Lounès Matoub, assassiné le 25 juin 1998 sur une route de Kabylie, a déposé plainte contre Hassan Hattab, fondateur du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, devenu Al-Qaïda au Maghreb islamique en 2007), a appris Jeune Afrique vendredi.

La veuve du célèbre chanteur qui avait elle-même été grièvement blessée lors de l’attentat qui a coûté la vie à son mari a déposé plainte le 2 juin dernier devant un tribunal d’Alger pour « assassinat et tentative d’assassinat » contre Hassan Hattab.

Dans une déclaration rendue public une semaine avant la commémoration du 18e anniversaire de la mort de Lounès Matoub, sa veuve explique que sa « démarche consiste à utiliser tous les éléments juridiquement exploitables et le premier d’entre eux est la revendication de l’assassinat de Lounes par celui qui s’affirmait émir des GIA au moment des faits. »

Sa famille n’a eu cesse de réclamer la vérité sur sa mort

Depuis l’assassinat de Lounès Matoub, artiste immensément adulé en Kabylie et ailleurs, sa famille et ses fans n’ont de cesse de réclamer la vérité sur sa mort. Pour certains, le chanteur connu pour son engagement pour la culture et l’identité berbère et pour son hostilité à l’égard des islamo-conservateurs a été tué par des islamistes.

Pour d’autres, le pouvoir algérien aurait un lien avec sa mort. Un procès sur l’assassinat de Matoub s’est tenu en 2011 mais celui-ci a été boycotté par la sœur et la mère du chanteur ainsi que par Nadia Matoub, résidant en France depuis la disparition de Lounès Matoub. Pour la partie civile, les deux prévenus qui avaient été condamnés lors de ce procès ne sont pas concernés par l’assassinat du barde kabyle.

Lounès Matoub, 42 ans, a été tué de plusieurs balles en début d’après-midi le 25 juin 1998 dans un guet-apens tendu sur une route de montagne de Kabylie. Son véhicule, dans lequel avaient pris place son épouse et ses deux belles-sœurs, a été la cible de tirs nourris de la part de plusieurs hommes armés. Sorti de sa voiture, le chanteur a été achevé d’une balle alors que les trois occupantes ont été grièvement blessées.

Revendication du GIA

Cinq jours après la mort de celui qu’on appelait le rebelle, un communiqué du GIA, signé par Hassan Hattab, revendiquait la mise à mort de cet artiste qui avait déjà été kidnappé par des islamistes armés à l’automne 1995. « Une unité de moudjahidins a pris pour cible l’ennemi de Dieu, Lounès Matoub, l’a tué et pris ses armes », indiquait le texte reçu par le bureau de l’AFP à Londres.

Ayant pris des distances avec le GIA, Hassan Hattab, 49 ans, a fondé le GSPC en 1998, a mené le djihad essentiellement en Kabylie avant de bénéficier des dispositions de la loi sur la réconciliation nationale initiée par le président algérien pour amnistier les anciens terroristes et mettre ainsi un terme à l’effusion de sang.

Amnistie pour Hassan Hattab

Depuis sa reddition en 2007, Hattab a été assigné à résidence et vivait sous la protection des services de sécurité dans une villa sur les hauteurs d’Alger. Selon nos informations, l’ex-chef du GSPC a quitté son repère et vit actuellement dans un appartement d’une banlieue de la capitale et bénéficie encore aujourd’hui d’une protection discrète.

La justice algérienne accepterait-elle d’ouvrir enfin le procès du chanteur en convoquant pour la première fois Hassan Hattab qui a bénéficié d’une amnistie judiciaire en vertu de la loi sur la charte et la réconciliation nationale ? Si le président algérien s’était engagé en septembre 1999 à faire la lumière sur l’assassinat de Matoub, il est peu probable qu’un juge d’instruction décide d’entendre Hassan Hattab qui ne s’est jamais expliqué sur tous les assassinats perpétrés par les groupes armés qu’il avait dirigés durant les quinze années qu’il avait passées dans le maquis.

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