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RD Congo : le M23 demande un nouveau programme de démobilisation

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Mis à jour le 17 juin 2016 à 19:14

Des membres de l’ex-rebellion congolaise du M23 sur une base aérienne en Ouganda, dans l’attente d’être transportés en RD Congo, le 16 décembre 2014. © AFP

Le Mouvement du 23-Mars (M23) souhaite un nouveau programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) pour les miliciens ou anciens combattants de l’ex-rébellion congolaise en RD Congo, indique un communiqué diffusé vendredi.

Dans ce texte daté du 17 juin, le président du M23, Bertrand Bisimwa, revient sur les affrontements qui ont fait plusieurs mort mercredi, entre des militaires et des ex-rebelles cantonnés dans la base de Kamina, dans le sud-est de la RDC.

« Les graves incidents mortels à répétition, l’incapacité du gouvernement à faire aboutir son propre programme, les mauvaises conditions de vie entretenues dans les centres de démobilisation ont transformé ces lieux en véritables mouroirs », a déclaré  Bertrand Bisimwa depuis Kampala, la capitale ougandaise.

Demande d’une commission d’enquête

Le M23, vaincu fin novembre 2013, « voudrait être associé à la conception, à l’élaboration et à la conduite d’un nouveau programme plus réaliste » et « attrayant », a-t-il ajouté. Le mouvement souhaite également être associé à une commission d’enquête sur les heurts meurtriers à Kamina et sur la mutinerie d’anciens rebelles ayant touché en février une autre base militaire accueillant le DDR, Kitona, dans l’extrême ouest du pays.

Interrogé par l’AFP sur les demandes du chef de l’ex-rebellion, le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende a déclaré : « Le M23 n’existe pas. Nous n’avons pas à réagir à des entités qui n’existent pas, nous ne recevons pas de revendications d’une entité qui s’est auto-dissoute ».

Le bilan des heurts de Kamina fait polémique

Deux jours après les affrontements à Kamina, le nombre de morts continue de faire polémique. Du côté du gouvernement on dément le moindre mort parmi les rebelles. « Il n’y a pas eu de morts parmi les démobilisés » à Kamina. Il n’y a eu aucun tir sur les démobilisés. Il y a eu des tirs de sommation, en l’air, et il sont rentrés à la base », a déclaré Lambert Mende qui n’a confirmé la mort que d’un officier des Forces armées de la RDC (FARDC) « tué à coup de machette ».

Les démobilisés responsables de ce « désordre », et « qui ne sont pas tous du M23 », ont « terminé leur formation » professionnelle et « ont voulu faire pression pour rentrer vers leur province d’origine », a ajouté le porte-parole du gouvernement, annonçant qu’une « première rotation aérienne » ramenant chez eux des démobilisés de Kamina devrait avoir lieu dans quelques jours.

Interrogé vendredi par l’AFP, Emmanuel Cole, président de la Fondation Bill Clinton pour la paix, organisation de défense des droits de l’homme basée à Kinshasa, parle lui de douze morts, « neuf parmi les démobilisés et trois du côté de l’armée ». « La colère est montée parmi les ex-rebelles démobilisés parce qu’on leur a coupé la nourriture, le processus d’intégration traîne et leur avenir est devenu incertain », a-t-il ajouté.

Les limites du programme de DDR

Ces heurts meurtriers sont le signe patent des limites du programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR3), censé ramener à la vie civile plus de 12000 miliciens congolais encore en activité. En plus d’accumuler les retards, ce programme ne touche aujourd’hui que quelques milliers d’anciens combattants rebelles. Et, hormis un petit financement débloqué par l’ONU, les principaux bailleurs refusent de mettre la main à la poche pour un programme qu’ils jugent trop flou.