Immigration

Crise des réfugiés : ce que l’Afrique peut nous apprendre

Par

Makhtar Diop est vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique.

Le camp de M'Poko à Bangui, Centrafrique. © carcamp1Stephan Gladieu/World Bankb

Il est temps de changer notre mode de pensée en privilégiant des solutions de développement favorisant l’intégration des réfugiés dans leurs communautés d’accueil tout en épaulant les pays et les populations qui les reçoivent.

Tandis que le monde entier a les yeux rivés sur les réfugiés en provenance du Moyen-Orient qui tentent désespérément de gagner l’Europe, nombreux sont les pays d’Afrique qui peinent à gérer le phénomène à long terme des réfugiés et déplacés.

Les chiffres sont effarants : l’Afrique recense plus d’un quart de la population mondiale de personnes contraintes à l’exode. Sur un total de 18 millions de personnes déplacées en Afrique, plus de 12,5 millions sont des déplacés internes. Il s’agit en majorité d’enfants et de jeunes de moins de 18 ans. En Afrique, certains camps existent depuis une quarantaine d’années. Les enfants qui y sont nés n’ont pas d’autres attaches que ces campements de fortune. Les générations qui s’y succèdent sont en quelque sorte les oubliées du développement.

Le flot d’images montrant des millions de personnes parquées dans des camps ou autres installations de fortune nous bouleverse. Mais il est temps de changer notre mode de pensée en privilégiant des solutions de développement favorisant l’intégration des réfugiés dans leurs communautés d’accueil tout en épaulant les pays et les populations qui les reçoivent.

Le monde a beaucoup à apprendre de l’Afrique, voici pourquoi

Premièrement, l’Afrique a réalisé plus de progrès que n’importe quel autre continent en élaborant des cadres juridiques parmi les plus progressistes  en matière de déplacements forcés. La Convention de Kampala, entrée en vigueur en 2012, est considérée comme un texte phare pour les droits de l’homme. À ce jour, 25 États ont ratifié cette convention qui impose aux pouvoirs publics d’assurer le bien-être des personnes déplacées.

Deuxièmement, certains pays ont compris que la manière la plus efficace de gérer les réfugiés consistait à les laisser participer à l’économie locale. Ainsi, la Tanzanie a accordé la citoyenneté à 200 000 réfugiés, leur donnant accès à la propriété foncière et leur permettant de prendre part à la vie politique. C’est aussi ce qu’a fait la Zambie, qui a accordé aux réfugiés de longue date le statut de résidents et des droits d’accès aux terres. En Ouganda, les réfugiés se voient allouer de petites parcelles de terrain dans les villages et sont ainsi intégrés à la communauté d’accueil.

Troisièmement, au niveau régional, les pays d’Afrique commencent à collaborer afin d’élaborer des solutions et d’améliorer les conditions de vie des réfugiés. La logique est simple : dès que les réfugiés franchissent la frontière, le problème prend une dimension régionale.

Quels enseignements faut-il en tirer ?

Pour les partenaires au développement ou les organisations humanitaires, il est temps de s’intéresser davantage aux populations hôtes. Donner aux autorités locales les moyens d’apporter des services aux camps et aux communautés d’accueil sera donc essentiel. En leur permettant de participer conjointement à la prise de décisions par le biais d’une approche communautaire du développement, on donnera une voix à ceux qui n’en ont pas tout en favorisant la cohésion sociale entre la communauté d’accueil et les personnes déplacées.

Pour relever cet immense défi, la Banque mondiale injectera 250 millions de dollars au cours du présent exercice afin de venir en aide aux populations qui accueillent des personnes déplacées en République démocratique du Congo (RDC), en Éthiopie, à Djibouti, en Ouganda et en Zambie. Dans le Nord-Est du Nigéria, qui accueille 1,8 million de personnes déplacées en conséquence de l’insurrection de Boko Haram, la Banque s’est engagée à verser un demi-milliard de dollars pour améliorer l’accès des personnes déplacées et des communautés d’accueil aux soins de santé, à l’éducation et aux moyens de subsistance et pour leur permettre de rentrer chez elles de leur plein gré et dans des conditions de sécurité.

Dans le monde entier, des milliers de personnes risquent leur vie chaque jour en tentant désespérément d’échapper à la guerre et à la violence. Si l’on veut que les personnes déplacées, et notamment les jeunes, puissent mener une vie productive en dehors des camps, il faut aborder la question du déplacement sous l’angle du développement.

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