Finance

La Banque centrale du Nigeria introduit la flexibilité du naira

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Mis à jour le 15 juin 2016 à 18h56
Billets de nairas, émis par la Banque centrale nigériane, gardienne de la politique monétaire et régulatrice du secteur bancaire.

Billets de nairas, émis par la Banque centrale nigériane, gardienne de la politique monétaire et régulatrice du secteur bancaire. © Sunday Alamba/AP/SIPA

La Banque centrale a annoncé ce mercredi l’introduction, à partir du 20 juin, d’un marché de change interbancaire libre, qui sera soumis à la loi de l’offre et de la demande, ouvrant ainsi la voie à une flexibilité plus grande du naira. Cette décision intervient alors que les réserves de change du pays sont sous pression et que le cours du naira dégringole sur le marché informel.

Trois semaines après les avoir annoncées, la Banque centrale du Nigeria vient de dévoiler les mesures prises afin d’assurer un régime de change plus flexible pour la devise nationale, le naira.

S’exprimant ce mercredi 15 juin, Godwin Emefiele, le gouverneur de la Central Bank of Nigeria (CBN), a annoncé la mise en oeuvre, à partir du lundi 20 juin, d’un taux de change fluctuant sur le marché interbancaire.

Une rupture avec la tradition

Concrètement, la CBN va sélectionner huit à dix « traders principaux », qui pourront acheter et revendre du naira contre des devises étrangères à un taux de change déterminé par la concurrence et non plus encadré, comme aujourd’hui, dans une marge fixe autour du taux de change officiel déterminé par la Banque centrale.

Cette mesure rompt avec la politique de strict contrôle du taux de change du naira face au dollar pratiquée jusqu’à présent par la Banque centrale.

Elle ouvre la porte à une dévaluation du cours de la devise nationale du Nigeria. Au taux de 199 nairas pour un dollar américain, fixé par la Banque centrale du Nigeria, le billet vert se fait rare sur les marchés officiels. Sur le marché noir, le cours de la monnaie nigériane s’effondre jusqu’à 350 nairas pour un dollar.

Interventions « périodiques » de la Banque centrale

Il faut noter, cependant, que la CBN n’entend nullement s’abstenir de soutenir la devise nationale. Durant son intervention, ce mercredi, Godwin Emefiele a indiqué que la Banque centrale entendait « intervenir périodiquement » sur le marché pour acheter ou vendre des devises afin de soutenir le cours du naira, sans toutefois dévoiler à quel cours ces interventions auraient lieu.

Le gouverneur de la CBN a également averti que les négociants autorisés à intervenir sur le nouveau marché interbancaire libre en seraient exclus s’ils y laissaient y pénétrer « la spéculation et la recherche de rente ».

Pressions sur l’économie

Dans un contexte de recul drastique des revenus pétroliers (90 % des recettes extérieures) du Nigeria, la Banque centrale s’est longtemps opposée à un taux de change flexible, imposant le strict rationnement des devises étrangères et le contrôle des importations, afin de soutenir le cours du naira, contrôler l’inflation et protéger la balance commerciale du pays.

Ces mesures ont eu un impact limité : l’inflation a grimpé à environ 15 %, loin de l’objectif de 6 %-9 % de la Banque centrale, et les réserves de change sont en recul de -10,7 % sur un an à 26,5 milliards de dollars fin mai. L’économie s’est contractée de -0,4 % au premier trimestre 2016 (contre +2,1 % fin 2015) et les économistes craignent désormais une croissance proche de 0 % cette année.

Le président Muhammadu Buhari, qui s’est longtemps opposé à une dévaluation du naira et à la modification du régime de change, s’y est finalement résolu.

Dans une tribune publiée le 13 juin dans le quotidien financier américain The Wall Street Journal, Muhammadu Buhari a décrit l’introduction d’un régime de change flexible comme « un acompte sur la capacité du peuple nigérian à réussir ».

 

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