Sécurité

Que sait-on de Larossi Abballa, le terroriste de Magnanville ?

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Mis à jour le 15 juin 2016 à 15h12
Capture d’écran d’une vidéo postée sur internet par Larossi Abballa.

Capture d'écran d'une vidéo postée sur internet par Larossi Abballa. © DR

En France, l’enquête sur les circonstances du meurtre d’un policier et de sa compagne en banlieue parisienne par Larossi Abballa progresse. Impliqué dans une filière jihadiste démantelée en 2013, le jeune homme qui a fait allégeance à l’État islamique était connu des autorités françaises. Voici ce que l’on sait jusqu’à présent de lui.

Origines marocaines

Larossi Abballa est né à Mantes-la-Jolie, dans le département des Yvelines. Ses parents, originaires du Maroc, se trouveraient au royaume chérifien depuis quelques mois. Il semble que Larossi Abballa occupait seul leur logement au moment des faits.

Passé judiciaire

Lorassi Abballa était connu des services de police. En 2008, il écope d’une première condamnation pour conduite sans permis et refus d’obtempérer. Deux ans plus tard, pour vol avec effraction et recel. En 2011, il est placé en détention car soupçonné d’ « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Les enquêteurs le soupçonnent de faire partie d’une filière jihadiste œuvrant entre la France et le Pakistan.

En 2013 il est condamné à trois ans de prison, et libéré le 30 septembre de la même année après avoir purgé deux ans et demi de détention provisoire. Abballa fait alors l’objet d’une fiche S émise par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), et depuis janvier d’une autre fiche de recherche émise par la Sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (SDAT).

L’ancien vice-président chargé de l’instruction au pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris, le juge Trévidic, a accordé une interview au Figaro dans laquelle il revient sur la personnalité d’Abballa qu’il a à l’époque mis en examen. Il décrit « un bonhomme comme il en pullule dans les dossiers islamistes, imprévisible, dissimulateur. Il voulait faire le djihad, c’est certain. Il s’était entraîné en France non pas militairement, mais physiquement. Mais concrètement, à l’époque, à part ses mauvaises fréquentations et quelques joggings pour entretenir sa forme, il n’y avait pas grand-chose à lui reprocher au strict plan des poursuites pénales. »

Dirigeant d’une petite entreprise de restauration rapide

Et il semblerait que le futur terroriste a adopté un comportement laissant penser qu’il s’était déradicalisé. Il avait monté en janvier 2016 DR Food, une petite entreprise de livraison nocturne de sandwich halal. Sur Facebook il postait régulièrement des petites vidéos où il racontait son quotidien de jeune entrepreneur. Cette entreprise pourrait lui avoir servi de couverture pour déjouer l’attention des services de sécurité.

Une petite amie pendant 5 ans

Larossi Abballa a été en couple pendant 5 ans. Son ex-petite amie, « la première et la dernière » selon elle, a été interviewée par la radio France info. Elle décrit le jeune homme comme « un petit jeune de quartier qui pensait à s’amuser, à faire la fête. Après, il a changé mais dans le bon sens », a-t-elle déclaré. Elle raconte que Larossi est devenu plus religieux, tout en précisant qu’à l’époque elle n’a rien vu « d’alarmant ».  Un tournant s’est opéré à sa sortie de prison. Elle se souvient : « Il s’était beaucoup isolé, il préférait prendre ses distances. Il n’avait plus les mêmes amis qu’avant ». Et d’ajouter : « Il m’avait dit qu’il était sur écoute par rapport à son ancienne condamnation, qu’il avait une fiche S. Ça le faisait rire ».

Le jihadiste était à nouveau entré en contact avec elle il y a trois jours. Il lui avait envoyé un sms disant : « J’ai besoin de te voir dix minutes, il faut qu’on se parle ». Elle a essayé de le joindre le lendemain, mais le téléphone ne marchait plus, a-t-elle expliqué.

Un passage à l’acte longuement médité

En mai 2011, lorsqu’Abballa est arrêté au domicile de ses parents dans le cadre de l’enquête sur la filière jihadiste, les enquêteurs mettent la main sur son ordinateur et son téléphone portable. ils découvrent des conversations téléphoniques dans lesquelles le jeune homme, alors âgé de 20 ans, est explicite sur ses intentions.  Il écrit à l’un de ses complices : « Crois-tu vraiment qu’ils ont besoin de nous là-bas ? » (au Pakistan, NDLR), « Allah avec sa volonté va nous donner les moyens de hisser le drapeau ici (en France, NDLR) », « Faut commencer le taf », ou encore « J’ai soif de sang. Allah m’en est témoin », déclare-t-il à un proche. Les enquêteurs découvrent également une liste de cibles : des commissariats, des mosquées et des lieux touristiques dans le département des Yvelines.

Les conclusions de l’enquête sont alors formelles, Abballa « semble volontaire pour commettre des actions violentes en France ».

Allégeance à l’État islamique

Avant qu’il ne soit abattu par le raid au domicile du couple qu’il a assassiné, Abballa a déclaré aux négociateurs qu’il avait «prêté allégeance» à Abou Bakr al-Baghdadi, chef du groupe de l’État islamique (EI). Une information rapportée mardi par le procureur de Paris François Molins au cours d’une conférence de presse. « Il a ajouté avoir répondu à un communiqué de cet émir qui demandait, je cite, de ‘tuer des mécréants, chez eux’ avec leur famille », a ajouté le procureur. Une information confirmée quelques heures après l’attaque par l’agence Amaq, organe de presse de l’EI, qui a affirmé qu’un « combattant de l’État islamique » avait tué le couple près de Paris.

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