Sécurité

Mali : près de Douentza, Imghads et Peuls ne veulent pas « se partager » le territoire

Le général Gamou, fondateur du Gatia, en février 2013, à Gao. © Émilie Régnier pour J.A.

Que s’est-il passé le 11 juin à Tiofol Ngoradji, un village situé à l’est de Douentza, dans le centre du Mali ?

Comme souvent dans cette région désertée depuis plusieurs années par les autorités et les ONG, les sources sont multiples, contradictoires et intéressées. Une chose est sûre : il n’y a pas eu huit à dix morts, comme annoncé dans un premier temps dans la presse. Plusieurs interlocuteurs assurent qu’il n’y a pas eu un seul mort, et qu’il n’y aurait eu qu’un à trois blessés. Trois hommes seraient cependant portés disparus.

Tout se déroule très vite, ce samedi après-midi. Plusieurs dizaines de Peuls de la région viennent de se réunir à Tiofol Ngoradji. Il y a là des notables et des chefs de village venus de quatre communes, ainsi que des militants qui, depuis des semaines, parcourent les régions du Seeno, du Hayré et du Gourma pour pousser les jeunes – des bergers pour la plupart – à déposer les armes et à adhérer au processus DDR (Désarmement, démobilisation, réintégration) prévu par l’accord de paix d’Alger. « Ce rendez-vous de sensibilisation était important car c’était le dernier de ce genre dans la zone », explique l’un de ses promoteurs.

« On leur a demandé s’ils pouvaient aller dans une commune à côté »

Deux mouvements se disputent la paternité de cette réunion : d’un côté Tabital Pulaaku, une association de Peuls qui travaille depuis quelques mois à démobiliser les jeunes qui ont pris les armes dans le centre du pays et à déradicaliser ceux qui ont rejoint des groupes jihadistes ; de l’autre Ganda Izo, un mouvement armé à dominante peule fondé en 2012 à Sévaré, qui a rejoint la Plateforme, une coalition de groupes armés longtemps considérée comme étant proche de Bamako, et qui tente de recruter des jeunes portant une arme en vue du futur cantonnement.

Problème : la zone est contrôlée depuis plusieurs mois par le Gatia, un groupe armé à dominante imghad, membre lui aussi de la Plateforme, qui compte un camp à sept kilomètres de là, à Tin-Habou. « Le Gatia considère cette zone comme étant la sienne, indique une source militaire. Ils ont déjà eu à se battre contre les Peuls, et notamment contre Ganda Izo. Quand ils ont appris qu’ils se réunissaient, ils sont allés sur place. Ils pensaient que les Peuls voulaient implanter une base chez eux ».

« On leur a demandé s’ils pouvaient aller dans une commune à côté, a expliqué de son côté Fahad Al-Mahmoud, le secrétaire général du Gatia. Les Peuls n’avaient pas compris cela, ils se sont énervés et c’est parti de là ». Il semble que la présence sur les lieux de quatre éléments de Ganda Izo, dont son chef militaire, a attisé les tensions. Rapidement, des tirs fusent. Les hommes se dispersent. Le Gatia en arrête 51, dont un blessé par balle, les fait prisonniers, et les amène dans un autre de ses camps situé dans le cercle de Gourma-Rharous.

Combler l’absence de l’État

Selon le représentant politique de Ganda Izo, Mohamed Attayib Cissé, les hommes du Gatia auraient également emporté avec eux de la nourriture, des animaux et des motos. Le lendemain, un contingent de l’armée malienne se rend au camp du Gatia et obtient la libération d’un blessé, aussitôt hospitalisé. Dans le même temps, des représentants des deux communautés se retrouvent à Bamako et négocient la libération des autres prisonniers – « des otages », selon Ganda Izo – qui seront finalement relâchés le lundi 13 juin.

Cette escarmouche, relativement banale dans le Mali d’aujourd’hui, en dit long sur la situation dans le centre du pays. Le Macina, le Hayré, le Seeno et le Gourma, des territoires enclavés et livrés à eux-mêmes, sont le théâtre de nombreux affrontements depuis quelques mois, à tel point que cette zone est désormais considérée comme le nouvel épicentre de la guerre au Mali.

Les groupes armés, souvent basés sur des appartenances communautaires, y pullulent, et les enjeux, parfois contradictoires, s’y entrecroisent. « L’EÉtat est absent, les groupes en profitent et se battent pour contrôler le territoire. C’est vieux comme le monde », soupire un bon connaisseur de la région, basé à Sévaré.

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