Politique

Algérie : Amar Ghoul nommé sénateur du tiers présidentiel

Amar Ghoul, ex-ministre du Tourisme algérien en tournée d'inspection des projets en cours à Alger, 10 juin 2016. © Capture d'écran/YouTube/Algerian Press Service

Amar Ghoul est désormais sénateur. L’ancien ministre de l'Aménagement du territoire, du Tourisme et de l'Artisanat a été nommé à cette fonction par le président Abdelaziz Bouteflika.

Écarté du gouvernement à la faveur du dernier remaniement ministériel, Amar Ghoul, l’ancien ministre de l’Aménagement du territoire, du Tourisme et de l’Artisanat, a été désigné sénateur du tiers présidentiel au sein du Conseil de la Nation (Sénat), a appris Jeune Afrique auprès de cette instance. À 55 ans, il succède au général Mustapha Cheloufi, ancien secrétaire général du ministère de la Défense nationale, décédé le 16 mai dernier.

Au nombre de 45, les sénateurs du tiers présidentiel sont nommés par le président de la République. De nombreux ministres ayant exercé sous différents gouvernements au cours des quinze dernières années, à l’instar d’Aboubakr Benbouzid, Hachemi Djiar ou Nouara Djaafar, y siègent pour un mandat de six ans renouvelable selon les souhaits de la présidence. « Il reste encore un poste de sénateur vacant qui n’a pas encore été pourvu par la présidence », affirme une source autorisée au sein du Sénat.

Islamiste BCBG

Avant d’hériter du portefeuille du Tourisme en 2015 et bien avant de celui des Transports en 2013, cet islamiste BCBG qui a obtenu son doctorat d’État en génie nucléaire en France avait dirigé pendant onze ans le département des Travaux publics. Amar Ghoul avait été chargé de superviser la réalisation du « chantier du siècle », la construction de l’autoroute Est-Ouest qui relie le pays des frontières avec le Maroc jusqu’aux frontières avec la Tunisie.

Amar Ghoul avait été cité par des prévenus dans l’affaire de corruption liée au projet d’autoroute est-ouest

L’attribution en 2006 de ce contrat pour un montant officiel de 11,4 milliards de dollars à deux consortiums chinois et japonais avait donné lieu à des soupçons de corruption dans lequel aurait trompé l’homme d’affaires Pierre Falcone. Toutefois, la justice algérienne n’a pas enquêté sur ces soupçons de corruption mais sur un autre scandale toujours lié à la réalisation de cette autoroute. Des investigations menées en 2009 par le DRS (Département du renseignement et de la sécurité, dissous en janvier 2016), avaient débouché sur l’inculpation de plusieurs cadres du ministère des Travaux publics, des responsables de l’agence chargée du suivi des travaux ainsi que des intermédiaires. Au cours de l’instruction, des prévenus avaient cité le nom d’Amar Ghoul comme bénéficiaire de commissions liées à ce projet. Interrogé par écrit par un juge d’instruction, Mr. Ghoul a réfuté en bloc les accusations.

L’affaire de l’autoroute Est-Ouest a connu son épilogue le jeudi 7 mai, lorsque le tribunal criminel d’Alger a condamné Chani Medjdoub, consultant international et homme d’affaires algéro-luxembourgeois poursuivi pour corruption présumée, à 10 ans de prison ferme. Intervenant pour le compte de l’entreprise chinoise CITIC en charge de la réalisation d’une partie de l’autoroute, Chani Medjdoub était soupçonné d’avoir empoché 30 millions de dollars de commissions.

Une des autoroutes les plus chères au monde

Poursuivi dans le cadre de la même affaire, Addou Tajedine, homme d’affaires proche d’Amar Ghoul, avait quant à lui écopé lui de 7 ans de prison ferme. Mohamed Khelladi, ex-directeur à l’agence nationale des autoroutes (ANA), est condamné à 10 ans de prison ferme. Lors du procès, cet ancien haut cadre de la Marine et de la gendarmerie a expliqué aux juges que le montant de la réalisation de l’autoroute dépasse 17 milliards de dollars dont 5 milliards détournés en pots-de-vin aux différents intermédiaires. Ex-secrétaire général du ministère du Travaux publics, Mohamed Bouchama a lui bénéficié de la relaxe.

Au-delà des malversations qui ont émaillé ce dossier, les malfaçons et détériorations subies par de nombreux tronçons du projet mettent en doute la qualité du travail réalisé par les deux consortiums japonais et chinois. Alors qu’elle devait être livrée officiellement en 2009, l’autoroute n’est toujours pas totalement achevée. Plus de 150 kilomètres doivent encore être réalisés afin de rallier la frontière tunisienne. Certains tronçons ont déjà été refaits après avoir été réceptionnés alors que d’autres seront partiellement reconstruits par des entreprises chinoises ou locales, faisant ainsi de cette autoroute longue de 1 280 kms l’une des plus chères au monde.

Même si Amar Ghoul est sorti indemne de cette affaire, et même si aujourd’hui son poste de sénateur lui garantit une immunité de six ans – bien qu’il soit très peu probable que la justice décide de rouvrir ce dossier -, son nom sera longtemps associé à un scandale qui marque encore l’esprit des Algériens.

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte