Société

Algérie : une pétition appelle au rapatriement des restes d’anciens résistants conservées en France

Mis à jour le 10 juin 2016 à 19:59

Les restes mortuaires de plusieurs dizaines de résistants algériens sont entreposés à Paris dans le Musée de l’Homme, qui dépend du Muséum national d’Histoire naturelle. © Francois Mori/AP/SIPA

Depuis le 30 mai, une pétition en ligne demande le rapatriement en Algérie de têtes de résistants entreposées au Musée de l’Homme à Paris. Mais la complexité de la démarche de restitution empêche cet acte précieux de mémoire.

Un épisode de plus dans l’histoire douloureuse et compliquée entre la France et l’Algérie. Celui des restes mortuaires de dizaines d’Algériens, morts dans de violents combats contre la colonisation française au 19ème siècle, et qui sont entreposés dans le Musée de l’Homme à Paris.

À l’initiative d’un écrivain algérien, Brahim Senouci, une pétition demandant la restitution de ces restes à l’Algérie a été mise en ligne le 30 mai. Il s’agit de 36 crânes entreposés « dans de vulgaires conditions, rangés dans des armoires métalliques », et qui appartiendraient à des résistants connus comme Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif  Boubaghla, Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaatchas qui a eu lieu dans la région de Biskra en 1849, de Moussa El-Derkaoui et de Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui.

Héros oubliés

« La tête momifiée d’Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de ces restes, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Émir Abdelkader », ajoute la pétition qui demande que ces restes soient rapatriées en Algérie pour qu’elles aient une digne sépulture.

Au 10 juin, la pétition a collecté 1790 signatures. Un soutien trop faible pour que ses initiateurs puissent exercer une pression sur les autorités françaises. D’autant que la procédure de restitution est extrêmement compliquée et avait déjà mis en échec une pétition similaire, lancée en 2011, mais restée sans suite. 

Le Musée de l’Homme est favorable, mais…

Par la voix de son directeur des Collections, Michel Guiraud, le Musée de l’Homme se dit « ouvert aux demandes concernant les restes humains nommés, c’est-à-dire identifiés, sur la base que le lien familial est un principe de droit universel ». En effet, la demande doit provenir de descendants (de ces soldats) et être relayée par l’État algérien.

Mais ceci ne signifie nullement qu’il n’y a pas d’obstacle juridique à la restitution car ces restes sont à l’origine des donations qui font partie du patrimoine national français, « sauf si le musée arrive à démontrer la perte de leur intérêt public, extrêmement difficile à argumenter, pour ne pas dire impossible », tranche Michel Guiraud qui tient à rassurer sur leur bonne conservation dans les locaux du musée.

Avec cette procédure semée d’embûches, autant dire que cette pétition appelant à la réhabilitation de ces oubliés de la guerre coloniale française en Algérie a peu de chances d’aboutir. La seule issue possible serait un accord entre les États algérien et français en faveur de ce rapatriement