Société

Euro 2016 – Pierre Kompany : « La Belgique a une génération fantastique »

Pierre Kompany, député du Parlement bruxellois (Centre démocrate humaniste), est le père de Vincent, l’international belge d’origine congolaise forfait pour l’Euro 2016 (10 juin-10 juillet). L’homme politique, ancien joueur du TP Mazembe, il évoque l’engouement autour des Diables Rouges, qui font leurs débuts lundi dans la compétition face à l’Italie, et où les joueurs d’origine africaine sont nombreux.

Mis à jour le 13 juin 2016 à 09:03

Le député Pierre Kompany et son fils Vincent, capitaine de la sélection belge, forfait pour l’Euro 2016. © DR

Jeune Afrique : Pour la première fois de son histoire, la Belgique est considérée comme l’un des favoris d’une grande compétition de football…

Pierre Kompany : C’est vrai. Quand la Belgique avait l’une des meilleures sélections d’Europe, dans les années quatre-vingt, elle était un outsider. Cette fois-ci, on sait que cette équipe peut aller loin. Parce qu’elle dispose d’une génération fantastique. Pendant plusieurs années, il n’y a pas eu de résultats (la Belgique a disputé en 2014 la Coupe du monde au Brésil, après douze ans d’absence au plus haut niveau international), et aujourd’hui, on cite les Diables rouges parmi les favoris, avec la France, l’Allemagne ou l’Espagne. Moi-même, je suis persuadé que cette équipe peut atteindre les demi-finales. Et après… Il y a un engouement incroyable autour de cette équipe.

Comment se manifeste-t-il ?

C’est l’un des principaux sujets de conversation dans tout le pays. Nous sommes en train de nous rendre compte que les Belges aussi peuvent être chauvins. Même les bébés sont habillés avec la tenue des Diables rouges ! Les Belges savent qu’en sport, ils peuvent gagner. La victoire est inscrite dans notre ADN. On l’a montré dans d’autres disciplines, comme le tennis.

Dans les années quatre-vingt, les joueurs d’origine africaine n’avaient pas la nationalité belge. Aujourd’hui, les choses ont changé

On retrouve dans l’effectif beaucoup de joueurs d’origine africaine. Cela n’avait jamais été autant le cas auparavant…

C’est exact, mais il ne faut pas comparer les années quatre-vingt et aujourd’hui. À l’époque, les joueurs d’origine africaine n’avaient pas la nationalité belge. Aujourd’hui, les choses ont changé. Les Diables rouges d’origine africaine sont quasiment tous nés en Belgique. Ils sont belges, très attachés au pays. Je ne veux donc surtout pas stigmatiser le fait que l’apparition de joueurs d’origine étrangère en sélection soit assez récente, même s’il y avait eu des exemples par le passé.

Comment cette diversité est-elle perçue en Belgique ?

Relativement bien. Et ce n’est pas parce que les résultats de la sélection sont bons. Bien sûr, on trouvera toujours des personnes pour formuler certaines interprétations, mais globalement, cela ne semble pas poser de problèmes que dans l’effectif, on retrouve des flamands, des wallons, et des joueurs d’origine congolaise, malienne ou marocaine.

Votre fils Vincent (30 ans), qui ne joue pas l’Euro pour cause de blessure, est une des personnalités préférées des belges…

Oui, car il est né en Belgique, il y a grandi, il a joué à Anderlecht avant de partir à l’étranger. Il parle français et flamand, il est discret et il a une bonne image. Prenez la liste des joueurs qui vont disputer l’Euro, et vous verrez que tous (seuls Benteke et Kabasele sont nés en RD Congo) ont vu le jour en Belgique. Il n’y a pas de questions identitaires.

Vous avez joué il y a plus de 40 ans au TP Mazembe. Suivez-vous encore ses résultats ?

Bien sûr. J’ai fait une année dans ce club, où j’évoluais attaquant. C’était je crois en 1972. Je venais de Kinshasa et lors d’un match à Lubumbashi, je m’étais mis en évidence et Mazembe m’avait proposé de signer chez eux. Mais j’ai arrêté pour faire de la politique, et ensuite m’exiler vers la Belgique. Mais je suis aussi un supporter de l’AS Dragons, un club de Kinshasa.