Culture

Théâtre : Sony Congo, pièce pour un mort bien vivant

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Photo de la pièce Sony Congo.

Photo de la pièce Sony Congo. © Pierre Van Eechaute

Dans sa dernière création, le metteur en scène Hassane Kassi Kouyaté donne à réentendre un illustre méconnu, le Congolais Sony Labou Tansi.

Boutiques pillées, supermarché incendié, immeubles éventrés et le cadavre d’un enfant, son cartable encore sur le dos, gisant sur le bas-côté d’une route… C’est sur ces images des affrontements de 1997 à Brazzaville, projetées en fond de scène du Tarmac à Paris, que s’ouvre le spectacle. L’horreur, l’écrivain Sony Labou Tansi (1947-1995) l’avait prédite, il se vantait même de parler "avec trente mots d’avance" sur son siècle. Mais dans cette "époque où l’homme est plus que jamais résolu à tuer la vie", il osait dans son récit le plus connu "La vie et demie" "envoyer le monde entier à l’espoir." "Et comme l’espoir peut provoquer des sautes de viande, j’ai cruellement choisi de paraître comme une seconde version de l’humain – pas la dernière bien entendu – pas la meilleure – simplement la différente."

La langue de celui qu’on surnommait le “Molière africain”, le “Black Shakespeare”, le “Rabelais noir” ou le “Mohammed Ali de la plume”, n’est pas la plus évidente à comprendre. Ils sont quatre, dans cette pièce "Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi", pour la décortiquer tendrement, lui redonner son souffle et sa fièvre. D’abord le Français Bernard Magnier, journaliste, directeur de la collection Lettres africaines aux éditions Actes Sud, compagnon épistolaire de l’écrivain disparu il y a 20 ans. Il livre dans ce texte théâtral, son premier, un récit impressionniste constellé d’extraits de la vingtaine d’œuvres de Sony. Ensuite Hassane Kassi Kouyaté, né au Burkina Faso, nommé récemment directeur de la future Scène nationale martiniquaise. Lui, à l’origine du projet, a imaginé une mise en scène épurée au service d’un théâtre qu’il veut «  documentaire  ». Des images d’archives de l’INA, des photos, des extraits de texte sont projetés en arrière-plan. Sur scène, au sol, des ouvrages dessinent un cercle ou les deux derniers artisans de la réanimation du poète, les comédiens congolais Marcel Mankita et Criss Niangouna, (jouant un lecteur et Sony lui-même) interprètent des passages de ses pièces.

Prophétique

J’écris pour être vivant. Pour le demeurer. Je sais que je mourrai vivant"

Cette entreprise de résurrection littéraire est périlleuse. L’auteur et sa troupe, le Rocado Zulu Théâtre, ont fait vibrer les scènes de Paris à New York. Ils ont fait trembler de nombreuses capitales africaines, y compris Brazzaville, malgré la censure. Ils ont inspiré de grands metteurs en scène, comme Daniel Mesguich, en France… "Pourtant, regrette Hassane Kassi Kouyaté, les pièces de Sony ont été très peu jouées depuis sa mort. Peu de gens ont encore conscience de son importance, y compris en Afrique où toute une génération ne le connaît pas. Il est urgent de le redécouvrir. Alors qu’on renvoie toujours l’Afrique à une oralité, lui propose une écriture chargée, hérissée de métaphores, de proverbes, prophétique."

Les mousquetaires de l’opération "Sony Congo sont victorieux à la fin de la pièce. Le Molière africain est là, parmi les spectateurs, il envahit le théâtre. Et l’on ne désire en sortant que de retrouver dans le texte cette écriture hurlante, ventrale, provocant à l’amour et à la révolution. Cela tombe bien, pour le 20e anniversaire de sa mort, Lansman et le Seuil doivent rééditer la plupart de ses œuvres. Quant à la pièce de Bernard Magnier, après les dates parisiennes, elle doit passer par Limoges en octobre prochain et une grande tournée africaine incluant au moins par le Burkina Faso et le Congo est prévue. "J’écris pour être vivant. Pour le demeurer. Je sais que je mourrai vivant", écrivait  Sony Labou Tansi. Prophétique on vous dit.

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"Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi", du 11 au 14 février, Le Tarmac, www.letarmac.fr

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