Défense

Libye : les forces progouvernementales sont entrées dans Syrte, bastion de Daesh

Photo du 16 mars 2015 montrant des membres des forces loyales au Parlement. © AFP

Les forces progouvernementales sont entrées jeudi dans Syrte, fief du groupe État islamique (EI) en Libye. Elles espèrent libérer totalement la ville dans « deux ou trois jours ».

Cette offensive contre la ville portuaire située à 450 kilomètres à l’est de Tripoli est menée par des forces terrestres, aériennes et maritimes. Elle a permis aux troupes du gouvernement d’union nationale (GNA) d’avancer jusqu’au centre de Syrte, « où les affrontements continuent », a déclaré, jeudi 9 juin leur porte-parole, Mohamad Ghassri.

« L’opération ne va pas durer encore longtemps », a-t-il poursuivi, espérant « être en mesure d’annoncer la libération de Syrte dans deux ou trois jours ». Le blocage par la marine de la façade maritime empêche les jihadistes « de s’enfuir par la mer », selon un autre responsable militaire.

Le Pentagone se réjouit de cette avancée

Les forces loyales au GNA libyen « avancent rapidement contre l’EI en Libye et ont commencé à entrer dans son bastion de Syrte », a déclaré sur Twitter Brett McGurk, l’envoyé spécial du président américain Barack Obama auprès de la coalition anti-EI.

Le Pentagone s’est réjoui des développements en cours à Syrte. « Nous surveillons la situation très étroitement et nous sommes encouragés par ce que nous voyons », a déclaré à la presse le porte-parole du secrétariat américain à la Défense, Peter Cook. Ces développements « montrent que le gouvernement d’union nationale comme les forces qui le soutiennent progressent », a-t-il ajouté.

Vaste offensive

Les forces loyales au GNA avaient annoncé le 12 mai le début de l’offensive pour chasser l’EI de la bande littorale d’environ 200 kilomètres de long qu’il a conquise depuis 2015. Elles ont déjà repris Abou Grein (130 kilomètres à l’ouest de Syrte), puis l’importante base aérienne d’al-Gordabia, la centrale thermique de Syrte, et trois casernes situées à une vingtaine de kilomètres du centre-ville.

L’armée a en outre annoncé jeudi la reprise de Harawa, l’une des trois plus importantes localités de la région, à 70 kilomètres à l’est de Syrte. La réalité de la situation militaire reste néanmoins confuse en raison de l’absence de journalistes et de sources indépendantes sur le terrain.

« Ce ne sera pas la fin du groupe en Libye »

« L’EI va être prochainement défait à Syrte mais ce ne sera pas la fin du groupe en Libye », prévoit en revanche Mohamed Eljareh, expert libyen au Centre Rafic Hariri pour le Moyen-Orient. Mattia Toaldo, expert au groupe de réflexion European Council on Foreign Relations, est du même avis : « Si Syrte tombe, l’EI sera toujours présente, que ce soit par l’intermédiaire de groupes agissant dans le désert libyen ou par des attaques terroristes à Tripoli ou Misrata ».

Le nombre de jihadistes présents à Syrte n’est pas connu. Les services étrangers estimaient à 5 000 hommes les effectifs de l’EI en Libye il y a quelques semaines. De même, il est impossible de déterminer le nombre de civils toujours présents dans la ville. En trois semaines d’offensive, 115 combattants ont été tués et 300 blessés, selon Aziz Issa, de l’hôpital de Misrata.

Milices et « croissant pétrolier »

Les forces du GNA sont essentiellement composées de combattants des milices de la ville de Misrata (150 kilomètres à l’ouest de Syrte) ayant rallié le gouvernement d’union dirigé par le Premier ministre désigné Fayez al-Sarraj, qui a exclu le 5 juin toute intervention militaire internationale pour lutter contre l’EI.

Les pays européens espèrent qu’une stabilisation de la Libye permettra de limiter le nombre de migrants

Elles sont soutenues par les Gardes des installations pétrolières situées dans le « croissant pétrolier », une région très convoitée par l’EI qui, à maintes reprises, a tenté de prendre le contrôle de ces ressources énergétiques. Ces Gardes ont lancé une offensive en direction de Syrte depuis l’est et ont repris Ben Jawad, à 160 km de Syrte, et Nofliya à 130 km.

L’ONU appelle à l’unité contre l’EI

L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Martin Kobler, a récemment appelé toutes les forces armées du pays à « s’unir » pour vaincre l’EI, malgré les profondes divisions politiques qui persistent. Il a par ailleurs laissé entendre dimanche 5 juin que des forces spéciales américaines et françaises se trouvaient en Libye, une présence qui n’a pas été confirmée officiellement.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a cependant indiqué mercredi que la France y faisait « du renseignement depuis déjà un certain temps ». Les pays européens espèrent qu’une stabilisation de la Libye permettra de limiter le nombre de migrants, notamment africains, partant de ses côtes pour rejoindre l’Italie puis le reste de l’UE.

 

 

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