Défense

Centrafrique : HRW accuse d’exactions des Casques bleus du Congo-Brazzaville

Des soldats de la Minusca dans les rues de Bangui le 30 novembre 2015. © Andrew Medichini/AP/SIPA

Dans un rapport rendu public mardi, Human Rights Watch (HRW) accuse des militaires du Congo-Brazzaville déployés en Centrafrique d'avoir tué au moins 18 personnes. Le gouvernement congolais réfute ces allégations et dénonce une tentative de "déstabilisation".

Ces exactions auraient eu lieu en Centrafrique entre décembre 2013 et juin 2015, période pendant laquelle les soldats congolais étaient intégrés dans la mission de maintien de la paix de l’Union africaine (UA), la Misca, et dans la mission de maintien de la paix des Nations unies, la Minusca.

Une source au ministère congolais de la Défense, cité par Reuters, a affirmé qu’une enquête était en cours et rejeté les accusations de Human Rights Watch (HRW) selon lesquelles les autorités avaient ignoré ces accusations. L’ONG assure avoir donné un mois à Brazzaville pour réagir à leur rapport, sans obtenir de réponse. Mais sur RFI, mercredi matin, Pierre Mabiala, le ministre congolais de la Justice, a vivement rejeté les allégations de HRW, et dénoncé une « tentative de déstabilisation » de son pays.

HRW se base notamment sur la découverte d’un fosse commune située à 500 mètres d’une base des forces de maintien de la paix à Boali (96 km au nord de Bangui). « Exhumée le 16 février 2016, elle a révélé les restes de 12 personnes identifiées comme celles ayant été détenues par les soldats de maintien de la paix en mars 2014 », affirme HRW dans son rapport rendu public mardi 7 juin.

L’exhumation « a révélé 12 crânes, des vêtements correspondant à ceux des individus qui avaient été portés disparus en 2014, et plusieurs amulettes anti-balaka qui avaient été arborées par le général et ses combattants », précise le rapport.

« Un crime effroyable »

« La découverte de 12 corps est une preuve accablante d’un crime effroyable commis par des soldats de maintien de la paix congolais, qui avaient été envoyés pour protéger la population, et non pour s’attaquer à elle », estime Lewis Mudge, chercheur sur l’Afrique pour l’ONG. Les autorités de la république du Congo ne devraient pas fermer les yeux sur les preuves croissantes de meurtres commis par leurs soldats à Boali et ailleurs. »

Selon HRW, les victimes ont été arrêtées suite à un violent incident ayant eu lieu le 24 mars entre des soldats et un leader anti-balaka, l’autoproclamé général Maurice Konoumo. Au cours de cet incident, un soldat de maintien de la paix avait perdu la vie. En réaction, 20 soldats de la Misca « ont cerné la maison du leader anti-balaka, ont arrêté cet homme ainsi qu’au moins 12 autres personnes, y compris cinq femmes, dont une enceinte de 6 mois, et deux enfants, un d’environ 10 ans et l’autre de 7 mois », affirme le rapport.

Plusieurs témoins affirment que ces victimes ont ensuite été emmenées dans une maison avant d’être exécutées. Lors de l’exhumation de la fosse commune, un ancien combattant anti-balaka de Boali, a reconnu la veste de Maurice Konomou, poursuit HRW.

Torture, exécution, passages à tabac

Dans son rapport, Human Rights Watch formule d’autres accusations. L’ONG évoque la mort par torture de deux leaders anti-balaka à Bossangoa en décembre 2013, l’exécution publique de deux anti-balaka présumés à Mambéré en février 2014, et les passages à tabac ayant entraîné la mort de deux civils en juin 2015 par des soldats de maintien de la paix congolais.

Des enquêtes ont été ouvertes par les Nations unies, mais il incombe au pays contributeurs d’entamer une procédure judiciaire. En l’absence de mesures prises par les autorités judiciaires congolaises, les autorités nationales de la République centrafricaine avec le soutien des Nations Unies devraient ouvrir leurs propres enquêtes pour traduire les responsables de ces crimes en justice », demande HRW.

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