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Haïti : annulé, le premier tour de la présidentielle sera réorganisé en octobre

Le premier tour de la présidentielle haïtienne a été annulé et un nouveau scrutin se tiendra début octobre, selon l’annonce faite lundi par le président du Conseil électoral provisoire.

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Mis à jour le 7 juin 2016 à 10:00

Des écoliers haïtiens passent devant des affiches électorales du candidat à la présidentielle Jovenel Moise, le 21 janvier 2016 à Port-au-Prince. © Hector Retamal/AFP

« Le conseil a décidé la reprise du premier tour de l’élection présidentielle » a déclaré, lundi 6 juin, Léopold Berlanger, le président du Conseil électoral provisoire (CEP), annonçant que les deux tours de la présidentielle en Haïti auront lieu le 9 octobre prochain et le 8 janvier 2017.

Le CEP a suivi les conclusions du rapport de la commission de vérification électorale qui avait recommandé le 30 mai, après un mois de travail sur les documents électoraux, l’annulation du premier tour du scrutin présidentiel, tenu le 25 octobre 2015, en raison de fraudes.

Doutes sur 40% des votes

Les résultats du premier tour, auquel seul un quart des électeurs avait participé, avaient été largement contestés par l’opposition qui avait condamné un coup d’État électoral au profit de l’ancien président Michel Martelly, dont le dauphin attendu, le candidat du pouvoir Jovenel Moïse, avait recueilli 32,76% des voix contre 25,29% pour son adversaire, Jude Célestin.

En expliquant qu’il était notamment impossible de retracer l’origine de 40% des votes, la commission a confirmé les accusations de fraudes formulées par l’opposition et les principales organisations de la société civile. Les 54 candidats en lice lors du vote d’octobre dernier ont jusqu’au 22 juin pour confirmer au CEP leur participation à la nouvelle élection présidentielle.

Les législatives maintenues

S’il n’a pas été décidé l’annulation des législatives qui s’étaient pourtant tenues le même jour et donc dans les mêmes conditions, l’avenir de certains parlementaires en poste depuis janvier est néanmoins remis en question.

« Le conseil a décidé d’examiner, au cas par cas, 42 dossiers (3 sénateurs et 39 députés) concernant des députés et sénateurs, signalés au CEP par la commission dans son rapport », a indiqué Léopold Berlanger.

Nouveau marathon électoral

Haïti entame donc un nouveau marathon électoral car, en plus de la présidentielle, le pays va aussi organiser le deuxième tour des législatives partielles, toutes les élections locales, certaines initialement prévues en 2011, ainsi que les deux tours pour le renouvellement d’un tiers du sénat.

« Reprendre les élections à zéro va considérablement prolonger la période pendant laquelle Haïti reste sans président démocratiquement élu », a réagi lundi Kenneth Merten, responsable de la coordination avec le pays au département d’État américain. « Cela pourrait également remettre en question la capacité américaine à soutenir financièrement le processus électoral haïtien », a-t-il prévenu.

Inquiétude sur le coût de l’élection

Le Core Group, qui réunit les missions des Nations unies et de l’Organisation des États d’Amérique ainsi que les ambassades de plusieurs pays dont la France et les États-Unis, appelle dans un communiqué au respect du nouveau calendrier. Il s’est toutefois déclaré vivement préoccupé par la décision de reprendre l’élection présidentielle qui aura des conséquences en matière financière et allongera le processus électoral débuté en 2015.

Le CEP, de son côté, n’a pas pu indiquer le budget global de ces opérations électorales mais ce long processus représente une dépense exceptionnelle que le pays le plus pauvre de la Caraïbe ne peut assumer seul. Pour les élections avortées de 2015, le budget de près de 100 millions de dollars avait été majoritairement financé par la communauté internationale.