Politique

Venezuela : à la grâce de Dieu !

Le successeur de Hugo Chávez, en octobre 2014. © Ariana Cubillos/AP/Sipa

Les recettes pétrolières s'effondrent, la faillite menace et les pénuries se multiplient. Mais Nicolás Maduro diffère les réformes, accroît la dépense publique et compte sur... la protection céleste.

Confronté à une chute brutale des prix du pétrole et à des perspectives économiques plus qu’inquiétantes, le président Nicolás Maduro a annoncé la mise en oeuvre de quelques réformes, le 21 janvier devant le Parlement. Seront-elles suffisantes pour surmonter la crise ? Il n’est pas interdit d’en douter. Le déficit budgétaire représente par exemple 20 % du PIB – chiffre énorme. Conséquence de la chute du prix de l’or noir – 96 % des recettes en devises de l’État -, la croissance, déjà négative en 2014 (- 4 %), devrait plonger encore un peu plus cette année (- 7 %), s’il faut en croire les chiffres du FMI.

"Le pétrole ne remontera jamais à 100 dollars, a admis le chef de l’État dans une allocution de près de trois heures, mais Dieu pourvoira à ce manque à gagner. Le Venezuela ne manquera jamais de rien." Le problème est qu’il manque déjà de beaucoup de choses ! Les pénuries de produits alimentaires et de médicaments sont par exemple sévères, comme en témoignent les interminables queues devant les supermarchés et les pharmacies. Le gouvernement cherche, paraît-il, des solutions…

La vérité est que, les législatives devant avoir lieu à l’automne, Maduro est déjà en campagne électorale : il attaque ses adversaires de manière virulente, se déclare victime d’un complot visant à le renverser et tente de reconquérir son électorat traditionnel – les inconditionnels de feu Hugo Chávez, qu’il a pas mal déçus depuis son accession au pouvoir en 2013. "Il ne peut se permettre de se retrouver face à un Parlement dominé par l’opposition qui ne lui laisserait que peu de marge de manoeuvre, analyse le journaliste espagnol Rogelio Nuñez. Sa faiblesse actuelle explique la timidité de ses réformes." Le vice-président, Jorge Arreaza, est censé faire des propositions prochainement, mais "rien ne presse", a averti Maduro devant les députés.

Dans l’immédiat, alors qu’on aurait pu s’attendre une réduction drastique de la dépense publique pour compenser l’effondrement des recettes pétrolières, c’est l’inverse qui a lieu. À compter du 1er février, le salaire minimum et les retraites augmenteront de 15 % et les bourses étudiantes de plus de 100 %, tandis que quelque 400 000 logements vont être construits. Fidèle parmi les fidèles au "socialisme" chaviste, Maduro se refuse farouchement à prendre une quelconque décision qui ne figurerait pas explicitement dans le "Plan pour la patrie", le vade-mecum laissé par son prédécesseur.

Alors que le pays est au bord du défaut de paiement, il a évoqué la mise en place d’un nouveau système de change, mais sans plus de détails. Ce qui est sûr, c’est que, pour "protéger l’économie et la société vénézuéliennes", le dollar continuera de valoir 6,30 bolivars (la monnaie locale) au cours officiel, taux intenable compte tenu de l’effondrement du prix du pétrole. Autant dire que le marché noir a de beaux jours devant lui !

"Je crois que Maduro est pris au piège, commente l’analyste María Teresa Romero. Il ne peut pas changer de politique, et, en même temps, tenter un coup d’État militaire serait très aléatoire. Il semble d’ailleurs que le débat fasse rage dans les rangs chavistes pour déterminer le plus sûr moyen de se maintenir coûte que coûte au pouvoir." Bref, en annonçant un plan d’ajustement lent, progressif et passablement confus sans renoncer aux fondamentaux du chavisme, Maduro cherche surtout à gagner du temps.

Dénoncer les pénuries alimentaires

Le 24 janvier, les chefs de file de l’opposition ont appelé à une "marche des marmites vides" pour dénoncer les pénuries alimentaires. Mais seules quelques milliers de personnes sont descendues dans la rue, alors que, selon les sondages, l’opposition a le soutien de 75 % de la population. Mais depuis l’échec des manifestations monstres de l’an dernier, il y a une sorte de désenchantement. Fatigués de la politique, les Vénézuéliens n’ont plus qu’une idée en tête : survivre comme ils peuvent.

Venus le 25 janvier rendre visite à l’opposant Leopoldo López, écroué depuis un an à la prison militaire de Caracas, Sebastián Piñera et Andrés Pastrana, les ex-présidents chilien et colombien, ont été accueillis par ces mots de Maduro : "Sachez que vous venez soutenir un groupe d’extrême droite qui conspire et ourdit des complots pour renverser le gouvernement." L’accès à l’établissement pénitentiaire leur a, comme il se doit, été refusé.

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