Vie des partis

Tunisie : BCE plaide pour un gouvernement d’union nationale

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, devra convaincre l'opposition pour faire aboutir son projet. © Ons Abid/J.A.

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, a révélé jeudi un projet de gouvernement d'union nationale élargi au patronat et à la centrale syndicale UGTT. Une composition atypique dont l'objectif prioritaire serait d'aider le pays à sortir de sa crise économique et sociale.

Béji Caïd Essebsi a profité d’une interview télévisée diffusée sur la première chaîne tunisienne en première partie de soirée, jeudi 2 juin, pour annoncer une possible orientation vers un gouvernement d’union nationale. Une idée promue également par Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, au cours de la campagne électorale de 2014 comme par d’autres partis, dont Al Joumhoury.

Pour BCE, comme le surnomment les Tunisiens, cet exécutif aurait une configuration atypique puisque le patronat (Utica) et le puissant syndicat de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) en seraient partenaires. Des discussions en ce sens paraissent déjà entamées puisque le président de la République tunisienne a révélé que les deux centrales souhaiteraient une refonte de la structure du gouvernement, sans toutefois s’accorder sur les portefeuilles à supprimer. 

Habib Essid sur la sellette ?

Ce changement trouverait sa justification dans la situation économique et sociale très dégradée du pays. Pour appuyer sa proposition, Béji Caïd Essebsi cite la plupart des indicateurs économiques en assurant que l’actuel gouvernement ne peut faire plus que ce qu’il a déjà accompli. Il sous-entend ainsi que Habib Essid, l’actuel chef de l’exécutif, pourrait être sur la sellette. Toutefois, son départ ne dépend pas du locataire de Carthage mais d’un retrait de la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) ou d’un empêchement physique, voire de l’intéressé lui-même, qui devrait présenter sa démission. 

Il s’agira surtout de tenir compte des partis de l’opposition dont Béji Caïd Essebsi semble considérer qu’ils ont peu de poids

À ce stade rien n’est donc joué. Il faudrait d’abord que les partis actifs dans la coalition gouvernementale acceptent de réduire leur représentativité afin d’élargir le cercle du pouvoir, mais il s’agira surtout de tenir compte des partis de l’opposition dont Béji Caïd Essebsi semble considérer qu’ils ont peu de poids. L’initiative du président, qui a souligné en début d’interview que l’acquis le plus important de la Tunisie était la démocratie, risque aussi de mettre à mal les grands équilibres issus de la révolution.

BCE vainqueur à tous les coups

« Si l’ UGTT et l’UTICA intègrent un gouvernement d’union nationale… où seront alors les contrepouvoirs ? », s’interroge par exemple Asma Bouraoui Khouja, promotrice du think tank Ifrikiya pour le dialogue économique (IDÉ). D’autres estiment que Béji Caïd Essebsi fait un simple calcul politique afin de désamorcer les tensions dans le pays mais également les critiques contre sa politique de rapprochement avec Ennahdha. 

La proposition de Béji Caïd Essebsi rebat ainsi les cartes mais c’est lui qui en sortirait grand gagnant, quoi qu’il advienne. En prenant l’initiative, il affirme sa position de dirigeant… et en cas d’échec, il pourra toujours rejeter la faute sur les autres composantes de ce gouvernement d’union nationale en herbe. 

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